CAN 2025 : les supporters sénégalais détenus au Maroc enfin libres
Le roi Mohammed VI a accordé la grâce royale aux seize supporters sénégalais encore détenus au Maroc après les incidents de la finale de la CAN 2025. Accueillis à Dakar par le président Bassirou Diomaye Faye, ces supporters retrouvent la liberté dans un contexte où le contentieux sportif entre le Sénégal et le Maroc reste pendant devant le Tribunal arbitral du sport.

Le roi du Maroc Mohammed VI a accordé samedi 23 mai la grâce royale aux seize supporters sénégalais encore incarcérés à Rabat depuis les incidents de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, à l’occasion de la fête de l’Aïd al-Adha. L’annonce a été faite par le Cabinet royal, qui a invoqué des « considérations humaines » et l’excellence des « relations fraternelles séculaires et multidimensionnelles » liant le Maroc et le Sénégal.
Sur les dix-huit supporters initialement condamnés, neuf avaient écopé d’un an de prison ferme, six de six mois et trois de trois mois. Deux de ces derniers avaient déjà purgé leur peine et regagné Dakar. Les seize restants ont été libérés dans la nuit du 23 au 24 mai. Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye s’est personnellement rendu au pavillon spécial de l’Aéroport international Blaise Diagne, aux environs de 1h00 du matin, pour accueillir ses compatriotes à leur descente d’avion. Il arborait pour l’occasion le maillot de l’équipe nationale. Il a confirmé la libération en ces termes : « Nos compatriotes retenus au Maroc à la suite des incidents survenus en marge de la CAN sont libres. Nous saluons ce geste de haute portée du Royaume chérifien. »
Les faits remontent au 18 janvier 2026, lors de la finale disputée au Complexe sportif Moulay Abdellah de Rabat. Les incidents avaient éclaté après qu’un penalty eut été accordé au Maroc dans les dernières minutes, quelques instants après un but refusé au Sénégal. Des supporters avaient envahi la pelouse, lancé des projectiles et affronté les forces de l’ordre. Des agents de sécurité avaient été blessés et d’importants dégâts matériels avaient été enregistrés.
Une procédure judiciaire en trois temps
Le verdict de première instance avait été rendu le 19 février 2026 par le tribunal de première instance de Rabat, en présence de la représentation consulaire sénégalaise et de l’avocat des prévenus, Me Patrick Kabou. Le parquet avait réclamé des peines pouvant aller jusqu’à deux ans, mais le tribunal avait prononcé des condamnations de trois mois, six mois et un an — accompagnées d’amendes de 1 000, 2 000 et 5 000 dirhams respectivement.
En appel, le 13 avril 2026, la Cour d’appel de Rabat avait confirmé les peines prononcées en première instance, refusant de suivre le parquet qui demandait leur aggravation. La défense avait sollicité la comparution du président de la CAF Patrice Motsepe comme témoin, estimant que son audition aurait pu apporter un éclairage sur le contexte organisationnel entourant les incidents, sans obtenir satisfaction.
Les supporters condamnés avaient affirmé s’être retrouvés sur la pelouse à la suite d’un mouvement de foule et non à dessein, un argument écarté par les deux juridictions. Un collectif de citoyens sénégalais avait remis fin février un mémorandum à l’ambassade du Maroc à Dakar pour protester contre ce qu’il estimait être des peines disproportionnées.
Un contexte diplomatique et sportif lourdement chargé
La libération des supporters intervient dans un contexte de contentieux sportif toujours non résolu entre les deux pays. Le Sénégal avait fait appel fin mars devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) de Lausanne de la décision de la CAF du 17 mars d’attribuer sur tapis vert la CAN 2025 au Maroc. Le Sénégal avait en effet remporté le match sur le terrain — les Lions de la Téranga étaient officiellement vainqueurs de la finale jouée le 18 janvier 2026 — avant que la CAF ne rende un verdict disciplinaire inversant le résultat sportif en raison des incidents.
La CAF avait par ailleurs infligé une amende de 300 000 dollars à la Fédération sénégalaise de football pour le comportement de ses supporters, une amende supplémentaire de 300 000 dollars pour le comportement antisportif de ses joueurs et encadrement, ainsi qu’une suspension de cinq matches du sélectionneur Pape Bouna Thiaw pour comportement antisportif. Le Maroc avait également été sanctionné par la CAF.
La CAF a salué la grâce royale dans un communiqué, remerciant Mohammed VI pour « l’esprit de dépassement » dont il a fait preuve. La grâce royale clôt la procédure pénale marocaine mais n’a pas d’incidence sur les procédures en cours devant le TAS concernant le résultat sportif de la finale.
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