Les obstacles qui éloignent les jeunes Africaines des études scientifiques et des carrières tech
Seuls 23 % à 30 % des postes dans les secteurs des sciences et technologies sont occupés par des femmes en Afrique, selon une étude du cabinet McKinsey présentée lors du Forum sur les femmes dans les secteurs de la technologie et de l’innovation en Afrique, clôturé vendredi 4 septembre à Nairobi, au Kenya. Professionnels et chercheurs du continent y ont dressé un même constat : l’inégalité entre filles et garçons face aux filières scientifiques se construit dès l’école primaire.

Selon la Banque mondiale, 65 % des jeunes filles d’Afrique subsaharienne ne parviennent pas à résoudre des problèmes d’arithmétique de base à l’âge de 10 ans. Les stéréotypes de genre réduisent de 28 % leur inscription dans les filières scientifiques. « Ces discriminations commencent dès l’âge de 5 ans, surtout dans les zones rurales. Les petites filles font déjà des travaux domestiques ; on leur dit : va chercher l’eau, le bois, accompagne ta mère, ta tante », souligne Mary Nyasimi, du bureau d’Afrique de l’Est de l’Unesco. Pour elle, « pousser plus de femmes vers les sciences devrait démarrer dès la maternelle », en laissant aux filles le temps de développer leur curiosité.
Becky Aloo en sait quelque chose. Enseignante de microbiologie à l’université d’Eldoret, dans l’ouest du Kenya, elle a dû repousser son doctorat, obtenu à 38 ans seulement, pour s’occuper de sa famille. « J’avais déjà des enfants. J’étais déchirée entre mes responsabilités à la maison et celles au travail (…) Tout au long de ma carrière, j’en ai entendu, des remarques, surtout de la part des hommes : qui s’occupe de tes bébés, de tes enfants ou de ton mari ? », témoigne-t-elle.
Malgré ces obstacles, l’Afrique affiche la plus forte proportion au monde de femmes diplômées en sciences et technologies, avec 47 %, contre 42 % en Europe et 39 % en Amérique du Nord.
De nombreux préjugés à surmonter
Cet avantage à la sortie des études s’efface toutefois dès l’entrée sur le marché du travail. Selon l’étude de McKinsey, les femmes occupent moins de 12 % des postes de direction dans le secteur et ne reçoivent que 1 % à 2 % du financement total des start-up sur le continent.
« Dans ce type de forum, on entend beaucoup : vous savez, le problème avec les femmes, c’est qu’elles sont trop émotives et qu’elles ont peur d’assumer certaines responsabilités, mais ce n’est vraiment pas vrai », relève Velma Amundi, directrice générale pour l’Afrique de l’Est chez IBM. Pour elle, le secteur des sciences et technologies reste avant tout dominé par les hommes, ce qui pose une question de visibilité autant que de compétence.
Velma Amundi appelle les jeunes Africaines à s’appuyer sur des mentors sans attendre une reconnaissance acquise d’avance : « Les gens ne vous feront confiance que s’ils ont pu constater ce que vous avez déjà accompli, notamment en matière de prise de décision. Alors, allez-y, relevez ces défis et assumez ces responsabilités. »
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