Les États-Unis et l’armée nigériane intensifient leurs frappes contre l’ISWAP

Les forces américaines et nigérianes ont mené de nouvelles frappes aériennes contre l’ISWAP dans la zone de Metele, dans l’État de Borno, tuant plus de vingt combattants selon Abuja et l’AFRICOM. Cette opération intervient deux jours après l’élimination annoncée d’Abu-Bilal al-Minuki, présenté par Washington comme le numéro deux mondial de l’État islamique, dans un secteur hautement symbolique de l’insurrection jihadiste au Nigeria.

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Les États-Unis et l’armée nigériane intensifient leurs frappes contre l’ISWAP
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Les armées du Nigeria et des États-Unis ont mené lundi 18 mai de nouveaux frappes aériennes de précision dans la zone de Metele, État de Borno, dans le nord-est du Nigeria, tuant plus de vingt combattants de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), a annoncé le directeur de l’information de la Défense, le général de division Samaila Uba, dans un communiqué transmis à la presse. L’AFRICOM, le commandement américain pour l’Afrique, a confirmé l’opération sur ses comptes officiels. Ces frappes ont été déclenchées à la suite de renseignements indiquant un mouvement et un regroupement d’éléments terroristes dans le secteur de Metele, selon le communiqué.

Ces nouvelles frappes interviennent quarante-huit heures après l’élimination d’Abu-Bilal al-Minuki, présenté par Washington comme le numéro deux mondial de l’organisation État islamique, lors d’une opération aéroterrestre conjointe conduite dans la nuit du 15 au 16 mai, entre minuit et 4h00 du matin, également à Metele. Plusieurs de ses lieutenants avaient été tués lors de cette première frappe, selon les déclarations du président nigérian Bola Ahmed Tinubu, confirmées par son homologue américain Donald Trump.

Le profil d’Abu-Bilal al-Minuki

Abu-Bilal al-Minuki, également connu sous le nom d’Abubakar Mainok, du nom de sa ville natale dans l’État de Borno, était né en 1982 et portait la nationalité nigériane. Avant de rejoindre l’État islamique en 2015, il était un commandant de Boko Haram. Il avait été inscrit en juin 2023 sur la liste des « terroristes mondiaux spécialement désignés » du département d’État américain et figurait dans le registre fédéral des sanctions de l’OFAC. Au sein de l’organisation État islamique, il occupait le titre d’Émir du bureau Al-Furqan au Nigeria, relevant de la Direction générale des provinces, l’organe chargé de coordonner les orientations financières et opérationnelles du groupe à l’échelle planétaire.

Al-Minuki avait consolidé son influence après la disparition en 2018 du commandant de terrain vétéran Mamman Nur. Des sources sécuritaires et l’armée nigériane lui attribuent un rôle central dans la coordination des flux de financement de l’ISWAP en Afrique de l’Ouest et au Sahel, dans l’acquisition de drones militaires et dans la direction des opérations médiatiques du groupe. Les autorités nigérianes avaient annoncé sa mort à tort en 2024, ce qui avait conduit certains analystes à exprimer des réserves sur la confirmation définitive de l’élimination du 15 mai, jusqu’à ce que l’annonce américaine en valide la probabilité.

Vincent Foucher, chercheur spécialiste de l’insurrection jihadiste au nord du Nigeria, a déclaré à l’Agence de presse africaine (APA) que si les États-Unis « sont généralement sérieux sur ce type d’annonces » et « disposent de capacités d’interception », les frappes de décapitation « ne semblent pas avoir beaucoup d’impact à court terme sur l’EI, qui dispose d’instances de régulation solides ».

La résonnance de Metele dans la mémoire militaire nigériane

Le choix du secteur de Metele comme théâtre des opérations n’est pas sans signification dans le contexte de l’histoire militaire nigériane. Le 18 novembre 2018, des combattants de l’ISWAP y avaient submergé la base du 157e bataillon de la Force opérationnelle de l’armée, tuant son commandant, le lieutenant-colonel Ibrahim Sakaba, dans l’une des plus lourdes défaites militaires du pays face à l’insurrection. Metele est située dans les terres marécageuses du nord du Borno, à la convergence des frontières du Nigeria, du Niger, du Tchad et du Cameroun, dans le bassin du lac Tchad.

L’État de Borno subit depuis dix-sept ans une insurrection menée par Boko Haram et sa scission, l’ISWAP, qui a fait des milliers de morts et déplacé deux millions de personnes, selon les Nations Unies. L’ISWAP compte entre 8 000 et 12 000 combattants selon les estimations de 2025. Dans la seule nuit du 7 au 8 mai, l’ISWAP avait lancé une offensive de grande ampleur contre le quartier général de la 27e brigade à Buni Gari, repoussée par les forces nigérianes avec l’appui de l’aviation militaire.

Une coopération renforcée depuis octobre 2025

La collaboration militaire entre Washington et Abuja dans sa forme actuelle a pris forme lors de la rencontre entre Tinubu et le général Dagvin Anderson, commandant de l’AFRICOM, en marge du sommet antiterroriste du processus d’Aqaba à Rome en octobre 2025. Le 25 décembre 2025, la marine américaine avait lancé des frappes Tomahawk depuis l’USS Paul Ignatius contre des cibles de la Province de l’État islamique au Sahel dans l’État de Sokoto, dans le nord-ouest du Nigeria. En 2026, les États-Unis ont déployé quelque 200 soldats et des drones MQ-9 en appui aux forces nigérianes dans un rôle déclaré non combattant, ainsi qu’accéléré leurs ventes d’armements à Abuja et intensifié le partage de renseignements. Le général John Brennan, haut responsable de l’AFRICOM, avait déclaré fin janvier à l’AFP que sous l’administration Trump, les États-Unis étaient devenus « beaucoup plus agressifs » dans le ciblage des menaces, « principalement l’EI ».

Trump avait par le passé accusé le Nigeria de ne pas protéger les chrétiens contre les groupes islamistes armés. Après l’opération du 15 mai, il a remercié le gouvernement nigérian pour son partenariat. Tinubu avait début mai effectué une visite au Royaume-Uni dans un contexte d’attaques jihadistes sur le territoire nigérian ayant fait au moins 23 morts et 108 blessés, selon la police. Par ailleurs, des frappes aériennes militaires nigérianes distinctes dans l’État de Zamfara auraient tué plus de 100 civils sur un marché de Tumfa le 12 mai, selon Amnesty International, dans un dossier non lié aux opérations de Metele.

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