Le Mali se tourne vers la Russie pour sécuriser ses livraisons en carburant et engrais
Le Mali et la Russie ont adopté à Kazan un plan destiné à sécuriser l’approvisionnement malien en hydrocarbures et en engrais, dans un contexte de fortes tensions logistiques liées aux attaques du JNIM contre les convois et à la flambée mondiale des prix du pétrole. Bamako espère ainsi stabiliser ses livraisons de carburant et anticiper les besoins agricoles, alors que le pays reste fortement dépendant des ports de transit régionaux.

Le Mali et la Russie ont adopté le 16 mai à Kazan un plan de sécurisation des hydrocarbures et des intrants agricoles, selon un communiqué publié le même jour par le gouvernement malien de transition. La délégation malienne, conduite par Alfousseyni Sanou, ministre d’État chargé de l’Économie et des Finances, comprenait Moussa Alassane Diallo, ministre de l’Industrie et du Commerce. La partie russe était représentée par Sergueï Tsivilev, ministre de l’Énergie. Les discussions se sont tenues en marge du Forum économique international Russie-Monde islamique, organisé à Kazan.
Les deux parties ont convenu d’un calendrier de livraison des hydrocarbures russes vers des ports de transit, à partir desquels les opérateurs maliens assurent la distribution sur l’ensemble du territoire. Un agenda opérationnel détaillant les volumes, les délais et les modalités de paiement doit encore être établi, selon le même communiqué. Diallo a déclaré que « cette coopération va permettre de stabiliser notre système d’approvisionnement en hydrocarbures, mais également de donner au Mali des perspectives d’approvisionnement à moyen et long terme ».
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L’accord s’inscrit dans un contexte d’approvisionnement dégradé qui cumule deux facteurs distincts. Depuis septembre 2025, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, multiplie les attaques contre les convois de camions-citernes qui alimentent le Mali depuis les ports de Dakar et d’Abidjan. Ces actions ont provoqué un rationnement à 10 000 francs CFA par véhicule et par jour à Bamako à l’automne 2025, la suspension de cours scolaires et une paralysie des transports, selon plusieurs témoignages recueillis par Tama Media en mars 2026. Human Rights Watch avait documenté en janvier 2026 l’exécution de dix chauffeurs de camions-citernes et de deux apprentis par le JNIM dans le sud-ouest du pays.
À cette crise logistique locale s’est ajouté le blocage du détroit d’Ormuz, déclenché par l’Iran en représailles aux frappes américano-israéliennes du 28 février 2026. Bien que les flux directs de pétrole vers l’Afrique via Ormuz restent marginaux selon l’Agence internationale de l’énergie (environ 0,8 million de barils par jour au total vers le continent), la réorganisation des marchés mondiaux a entraîné une hausse généralisée des prix. Le 28 mars, les autorités maliennes ont relevé les prix plafonds à la pompe : le supercarburant est passé de 775 à 875 francs CFA le litre (+13 %) et le gazole de 725 à 940 francs CFA le litre (+29,5 %), selon un communiqué officiel de l’Organe malien de pilotage des prix (OMAP) signé le 27 mars par son directeur général Diakaridia Dembélé.
Des chiffres qui illustrent la dépendance
Le gouvernement malien chiffre la consommation nationale à environ 200 millions de litres de carburant par mois et les besoins annuels en intrants agricoles à plus de 350 000 tonnes, selon le communiqué officiel. La Russie fournirait entre 160 000 et 200 000 tonnes d’hydrocarbures par mois, selon des discussions citées par le site malien Bamada.net. Pour les intrants agricoles, les deux parties ont insisté sur la nécessité d’un approvisionnement anticipé respectant le calendrier cultural local.
Le Mali est enclavé et dépourvu d’accès maritime direct. Ses importations d’hydrocarbures transitent essentiellement par le Sénégal et la Côte d’Ivoire, deux pays membres de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) dont le Mali s’est retiré en janvier 2024, à la suite du coup d’État de 2021 qui a porté le colonel Assimi Goïta à la tête du pays.
L’accord s’inscrit dans un resserrement plus large des liens entre Bamako et Moscou, engagé depuis 2021 avec le retrait des forces françaises et le déploiement du groupe paramilitaire russe Africa Corps. Le Mali est membre fondateur de l’Alliance des États du Sahel (AES), constituée avec le Burkina Faso et le Niger en septembre 2023. Des analyses citées par Bamada.net évoquent une possible extension du dispositif aux deux autres pays de l’AES, qui font face à des difficultés d’approvisionnement similaires, sans que cela ne soit confirmé par les délégations officielles à Kazan.
Le calendrier opérationnel de livraison et les modalités financières doivent être finalisés dans les prochaines semaines, selon le communiqué du gouvernement malien.
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