Internet mobile au Bénin : colère après la fin des forfaits illimités à 5 000 et 10 000 FCFA

Les forfaits Internet illimités à 5 000 et 10 000 FCFA ont disparu des offres actuellement proposées par MTN Bénin et Moov Africa Bénin. Les abonnés doivent désormais débourser au moins 15 100 FCFA pour bénéficier d’une formule mensuelle avec navigation maintenue après épuisement du volume principal. Cette évolution provoque une nouvelle vague de colère, mais les critiques dirigées contre les opérateurs occultent en partie le rôle central de l’Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste dans l’encadrement des tarifs.

Paul Arnaud DEGUENON
Paul Arnaud DEGUENONVoir tous ses articles
Publié le à · Mis à jour le
Société
495vues
Internet mobile au Bénin : colère après la fin des forfaits illimités à 5 000 et 10 000 FCFA
Publicité
7 min de lecture
Google NewsCommenter

L’Internet mobile à moindre coût s’éloigne davantage pour les consommateurs béninois. Les forfaits mensuels avec « fair use », jusque-là accessibles à 5 000 et 10 000 FCFA chez MTN Bénin et Moov Africa Bénin, ne figurent plus dans les nouvelles grilles commerciales des deux opérateurs. Pour conserver une formule dite illimitée sur une période de 30 jours, les abonnés doivent désormais prévoir au moins 15 100 FCFA. Le montant représente une augmentation de 5 100 FCFA par rapport à l’ancienne formule de 10 000 FCFA et plus du triple du prix payé par les utilisateurs du forfait de 5 000 FCFA.

Chez MTN Bénin, l’offre mensuelle la moins chère de cette catégorie est proposée à 15 100 FCFA. Elle comprend un volume initial de 20 Go+, après lequel l’abonné continue de naviguer à un débit réduit à 1 Mbps jusqu’à l’expiration de la période de validité. Les autres formules sont affichées à 20 000, 25 000 et 30 000 FCFA, avec des offres pouvant atteindre 100 000 FCFA selon le volume de données, le débit et les conditions de navigation appliquées.

Moov Africa Bénin présente une grille tarifaire similaire. Son premier forfait illimité est également fixé à 15 100 FCFA pour 30 jours, avec un volume initial de 25 Go+ et un débit réduit à 1 Mbps après consommation de l’enveloppe principale. L’opérateur propose ensuite d’autres formules à 15 500, 20 000, 25 000 et 30 000 FCFA, ainsi que des offres plus coûteuses destinées aux utilisateurs ayant des besoins plus importants en données et en vitesse de connexion.

Cette évolution contraste avec les tarifs encore recensés quelques mois plus tôt. Dans son Observatoire des tarifs de l’Internet mobile au 31 mars 2026, l’Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste, Arcep Bénin, mentionnait toujours des forfaits mensuels avec « fair use » à 5 000 et 10 000 FCFA chez MTN et Moov Africa.

À 5 000 FCFA, les deux opérateurs proposaient environ 11,6 Go de données. Une fois le volume initial consommé, les abonnés pouvaient poursuivre leur navigation avec une vitesse ramenée à 1 Mbps.

Pour 10 000 FCFA, MTN proposait 23,3 Go, contre 23,2 Go chez Moov Africa, avec le même principe de débit réduit après épuisement de l’enveloppe principale. Ces offres représentaient une solution relativement accessible pour les étudiants, les travailleurs indépendants, les enseignants, les petites entreprises et les utilisateurs réguliers des plateformes numériques.

Une hausse qui dépasse les seuls choix commerciaux des opérateurs

Sur les réseaux sociaux, la disparition de ces forfaits suscite incompréhension et mécontentement. Les critiques visent principalement MTN Bénin et Moov Africa Bénin, accusés d’avoir supprimé des offres devenues essentielles pour une partie de leurs abonnés. Cette lecture ne tient toutefois pas entièrement compte du fonctionnement du marché béninois des télécommunications. Les opérateurs ne disposent pas d’une liberté absolue pour fixer leurs tarifs. Leurs offres sont soumises aux règles établies par l’Arcep, qui peut encadrer les prix de détail en imposant des plafonds, mais également des tarifs planchers.

Le Code du numérique autorise notamment le régulateur à imposer des obligations tarifaires aux opérateurs disposant d’une influence significative sur le marché. L’objectif affiché est d’éviter les pratiques anticoncurrentielles, les subventions croisées, les effets de ciseau ou encore les offres anormalement basses susceptibles d’affaiblir un concurrent.

Dans la pratique, ce mécanisme limite la capacité des entreprises de télécommunications à réduire librement leurs prix ou à maintenir certaines promotions. Un opérateur ne peut pas commercialiser durablement un forfait qui ne respecte pas les conditions et les seuils définis par le régulateur.

Selon les éléments ayant alimenté la polémique, l’encadrement tarifaire de la donnée serait désormais compris entre 1,2 et 3,1 FCFA par mégaoctet, selon les caractéristiques et la durée des forfaits. Sur cette base, 300 Mo pourraient être commercialisés dans une fourchette allant de 360 à 810 FCFA. Pour 500 Mo, le prix se situerait entre 600 et 1 250 FCFA. Un gigaoctet de données pourrait, selon la formule concernée, coûter entre 1 228 et 2 048 FCFA, alors que certaines offres promotionnelles permettaient auparavant d’obtenir ce volume autour de 500 FCFA.

La suppression simultanée des forfaits de 5 000 et 10 000 FCFA chez MTN et Moov Africa renforce néanmoins le sentiment d’une concurrence tarifaire limitée. Les grilles des deux opérateurs restent très proches, malgré l’arrivée de Celtiis sur le marché béninois en octobre 2022.

L’entrée de Celtiis, porté par la Société béninoise d’infrastructures numériques, devait notamment mettre fin au duopole historique formé par MTN et Moov Africa. Elle a effectivement modifié les parts de marché et renforcé la concurrence sur la couverture du réseau, les services numériques, le Mobile Money et la qualité de la connexion.

Cette ouverture n’a cependant pas entraîné une guerre durable des prix. Les offres courantes des trois opérateurs restent largement alignées, ce qui entretient chez les consommateurs le sentiment que la multiplication des acteurs n’a pas produit la baisse attendue du coût de la donnée. La concurrence semble désormais se jouer davantage sur la technologie, les débits, la couverture géographique et les services associés que sur le nombre de gigaoctets accessibles pour 500, 1 000 ou 5 000 FCFA.

Pour les ménages, la question du pouvoir d’achat reste pourtant centrale. Avec un salaire minimum interprofessionnel garanti fixé à 52 000 FCFA, un forfait mensuel de 15 100 FCFA représente environ 29 % du SMIG. Pour un salarié payé au minimum légal, un étudiant ou un jeune entrepreneur, le coût d’une formule Internet mensuelle devient ainsi comparable à certaines dépenses essentielles. À cette charge s’ajoutent les frais liés aux appels, au logement, à l’alimentation, au transport et à l’électricité.

Cette hausse intervient alors qu’Internet n’est plus un service secondaire. La connexion est désormais indispensable pour suivre des cours, rechercher un emploi, développer une activité commerciale, communiquer avec des clients, effectuer des paiements, accéder aux services financiers ou accomplir certaines démarches administratives.

Le précédent de 2018 ravive le mouvement #TaxePasMesMo

La colère actuelle rappelle directement la crise de 2018. Le décret n° 2018-341 du 25 juillet 2018 avait instauré une contribution de 5 % sur les communications électroniques ainsi qu’une taxe de 5 FCFA par mégaoctet consommé sur certaines plateformes de réseaux sociaux, notamment Facebook, WhatsApp, Twitter, Viber et Telegram.

La mesure avait provoqué une hausse brutale du coût de certains usages numériques et déclenché le mouvement #TaxePasMesMo. Une pétition avait recueilli plusieurs milliers de signatures, tandis que des organisations de la société civile et des internautes appelaient au retrait du dispositif. Face à la pression populaire, le gouvernement avait finalement annulé la mesure en septembre 2018. Huit ans plus tard, le rappel de ce hashtag illustre la persistance du sentiment de fragilité de l’accès à Internet au Bénin.

Le schéma de 2026 présente toutefois une particularité. La hausse est visible dans les grilles commerciales des opérateurs, mais son origine ne peut être réduite à une décision unilatérale de MTN ou de Moov Africa. Elle s’inscrit dans un cadre tarifaire défini par le régulateur et, plus largement, dans les orientations publiques appliquées au secteur des communications électroniques.

Cela ne dégage pas totalement les opérateurs de leur responsabilité. MTN, Moov Africa et Celtiis conservent une marge de manœuvre dans la conception des forfaits, les bonus, les durées de validité, les promotions, les volumes proposés et la qualité des services. Ils ont également l’obligation de communiquer clairement sur les conditions des offres dites illimitées, notamment sur les volumes initiaux, la réduction du débit et les limitations appliquées après consommation de l’enveloppe principale.

À ce stade, les plateformes officielles de MTN Bénin et de Moov Africa Bénin affichent les nouvelles grilles, sans expliquer publiquement les raisons précises de la disparition des forfaits à 5 000 et 10 000 FCFA.

L’Arcep Bénin n’a pas non plus, dans les éléments rendus publics autour de cette polémique, détaillé les critères ayant conduit à cette évolution ni précisé si la suppression des anciennes formules résulte directement d’une nouvelle décision tarifaire.

Pour les consommateurs, le débat dépasse donc les seuls opérateurs. Il porte désormais sur les règles imposées par le régulateur, les coûts réels supportés par les entreprises, la fiscalité appliquée au secteur et la place que les pouvoirs publics entendent accorder à l’accès à Internet dans un pays où le numérique est présenté comme un levier de développement économique et social.

Articles liés

Commentaires

Les commentaires se chargent lorsque vous arrivez ici.

Merci pour votre lecture — publicité
© 2026 BENIN WEB TV