Guinée équatoriale : marchés sans contrat, fonds introuvables… un scandale ébranle l’institut de la sécurité sociale

Le gouvernement de Guinée équatoriale a lancé une enquête formelle sur la gestion de l’Institut national de la sécurité sociale (INSS) après la remise d’un audit externe réalisé par le cabinet Deloitte pour l’exercice 2025, qui fait état d’irrégularités financières dépassant les 7 milliards de francs CFA. La décision, prise lors d’une réunion présidée par le vice‑président Teodoro Nguema Obiang Mangue au Palais du Peuple à Malabo, comprend l’ouverture d’une enquête judiciaire par la gendarmerie et l’imposition d’un délai de trois mois à la nouvelle direction pour mettre en place des mesures correctives.

Ousmane Traoré SambaVoir tous ses articles
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Guinée équatoriale : marchés sans contrat, fonds introuvables… un scandale ébranle l’institut de la sécurité sociale
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L’INSS, organisme public chargé de la gestion des retraites, de l’assurance maladie, des prestations familiales et des accidents du travail, a été au centre des échanges. L’audit externe a été présenté aux autorités afin d’évaluer l’utilisation des cotisations sociales et des fonds publics et d’identifier d’éventuelles failles dans les procédures internes.

Le rapport décrit un fonctionnement interne fragilisé par l’absence de dispositifs de contrôle efficaces, une documentation comptable jugée insuffisante et une gestion budgétaire désorganisée. Selon le document, ces carences ont créé un environnement propice à des pratiques financières irrégulières et à une faible traçabilité des dépenses.

Détail des anomalies financières et des défaillances administratives

Le rapport Deloitte liste plusieurs opérations problématiques. L’attribution de marchés à la société Yeda Construcciones pour un montant supérieur à 1,28 milliard de francs CFA aurait été effectuée sans contrat formel. Parallèlement, l’audit signale des paiements mensuels de 5 millions de francs CFA à JPN Abogados y Consultores pour des prestations juridiques qui, d’après les auditeurs, auraient pu être assurées par les services internes, ainsi que des versements supplémentaires évalués à 160 millions de francs CFA sans justification claire.

Les dépenses d’équipement soulèvent également des interrogations. L’achat programmé de 28 véhicules, initialement budgété à 280 millions de francs CFA, aurait finalement coûté 1,381 milliard de francs CFA, sans pièces établissant l’inscription de ces véhicules à l’actif de l’institut. De même, l’acquisition d’une unité mobile dotée de matériel médical, facturée 328 millions de francs CFA, ne peut être localisée plus d’un an après son achat selon l’audit.

Le rapport fait état d’achats de médicaments pour un total de 3,152 milliards de francs CFA sans justificatifs probants. Les auditeurs relèvent aussi la multiplication des comptes bancaires — environ une trentaine ouverts au nom de l’institution — situation qui complique la centralisation et le contrôle des flux financiers.

Sur le plan des ressources humaines, des employés ont été identifiés sans contrat conforme ou sans qualification correspondant aux postes occupés. Du point de vue technique, l’audit note que, malgré des investissements consacrés à un système d’interconnexion des données, plusieurs services continuent d’exploiter des procédures manuelles ou des tableurs, rendant le suivi opérationnel et comptable plus complexe et davantage sujet aux erreurs.

À l’issue de la présentation, le vice‑président Teodoro Nguema Obiang Mangue a demandé l’ouverture d’une enquête par la gendarmerie et a fixé un délai de trois mois à la nouvelle direction pour engager des mesures correctives, estimant que « la situation est inacceptable. Les citoyens cotisent pour bénéficier de services de qualité, et non pour financer une gestion inefficace », exigeant que « toutes les ressources soient utilisées au profit des assurés ».

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