France – Tchad : rupture publique spectaculaire suivie d’une réconciliation discrète
Après une rupture spectaculaire à l’automne 2024, les relations diplomatiques entre la France et le Tchad entrent début 2026 dans une phase de rapprochement discret. La visite du président Mahamat Déby Itno à l’Élysée en janvier 2026 entérine un « partenariat renouvelé », témoignant d’une volonté commune de tourner la page. Cette accalmie succède à une crise déclenchée notamment par un scandale financier (900 000 € de costumes présidentiels) et par des désaccords sur les dossiers régionaux (guerre au Soudan, insurrections au Sahel).

Après une rupture spectaculaire à l’automne 2024, les relations diplomatiques entre la France et le Tchad entrent début 2026 dans une phase de rapprochement discret. La visite du président Mahamat Déby Itno à l’Élysée en janvier 2026 entérine un « partenariat renouvelé », témoignant d’une volonté commune de tourner la page. Cette accalmie succède à une crise déclenchée notamment par un scandale financier (900 000 € de costumes présidentiels) et par des désaccords sur les dossiers régionaux (guerre au Soudan, insurrections au Sahel).
Après l’annonce fin novembre 2024 d’une rupture unilatérale de l’accord de défense, la sortie des dernières troupes françaises et plus d’un an de froid diplomatique, Emmanuel Macron a reçu le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno à l’Élysée le 29 janvier 2026. La présidence française a salué l’ouverture d’un « partenariat renouvelé » fondé sur le « respect mutuel et des intérêts partagés ». Cette réconciliation officieuse marque un tournant après des mois de tension entre les deux capitales.
Plusieurs griefs ont alimenté les tensions. D’abord, une affaire judiciaire française a fait grand bruit. Un reportage révélait fin 2023 que la présidence tchadienne avait dépensé près de 900 000 € en vêtements de luxe (chemises, costumes) achetés en France, entraînant une enquête préliminaire pour « détournement de fonds » lancée début 2024. Ce scandale des « costumes du président » a profondément irrité N’Djamena.
Par ailleurs, N’Djamena s’est attiré les critiques de Paris pour sa diplomatie au Soudan et ses nouvelles alliances régionales. Le Tchad a resserré ses liens avec les Émirats arabes unis et soutenu discrètement les Forces de soutien rapide du général Hemedti (alliées des Émirats), provoquant la méfiance française. Enfin, Mahamat Déby estime que la France l’a accueilli « sans grand enthousiasme » après l’élection présidentielle contestée de mai 2024, signe d’un malaise diffus. L’ensemble a contribué à faire de la France, pour certaines opinions locales, un partenaire « radioactif » auquel on reproche de ne défendre que des intérêts stratégiques.
Rupture diplomatique (fin 2024) et retour au calme
La crise a débouché sur une rupture formelle. Le 28 novembre 2024, le gouvernement tchadien a annoncé la fin des accords de coopération militaire avec la France, provoquant le retrait des soldats français du pays. L’Élysée a vivement réagi à ce « coup de théâtre », jugeant l’annonce brutale et précipitée. Malgré la gravité de la décision, les deux camps ont ensuite cherché à désamorcer la crise. En janvier 2026, lors de la visite de Déby Itno à Paris, Emmanuel Macron a insisté sur le pragmatisme et la continuité des échanges. Le communiqué commun a confirmé que Paris et N’Djamena entendaient poursuivre leurs discussions pour redynamiser un « partenariat revitalisé », tout en abordant les dossiers économiques et sécuritaires régionaux (Soudan, etc.).
Le rôle de la France dans les événements de 2021 est souvent souligné. Lorsque le maréchal Idriss Déby Itno est mort brusquement en avril 2021, son fils Mahamat Déby a pris le pouvoir via un Conseil militaire de transition. Le président Macron avait alors implicitement validé cette succession, permettant une transition sans effusion de sang majeure. De plus, la France avait déjà joué un rôle décisif pour entraver les rebelles : en 2019, ses avions de chasse avaient intercepté et détruit une colonne rebelle tchadienne venue de Libye.
Ces interventions militaires et logistiques, combinées au soutien politique explicite de Paris, ont été jugées déterminantes pour faire accepter au pays la montée du fils Déby. Aujourd’hui encore, dans un contexte de recomposition régionale (guerre au Soudan, insurrections internes), l’expertise française reste appréciée pour la sécurité tchadienne. Des analystes notent que le retour de la coopération pourrait aider N’Djamena à stabiliser les frontières et à prévenir de nouvelles rébellions, face auxquelles le « savoir-faire français » en matière de renseignement et de soutien logistique serait sans équivalent.
Recourir à la France n’est pas nouveau au Tchad. En 1969, alors que son pouvoir était menacé par une insurrection, le président Ngarta (François) Tombalbaye avait lui aussi fait appel à Paris. La France était intervenue militairement en exigeant en contrepartie des réformes politiques et sociales, signifiant un réexamen des liens post-coloniaux. Quelques années plus tard, Tombalbaye lança son programme d’« authenticité » : il changea son prénom de François à Ngarta et rebaptisa la capitale Fort-Lamy en N’Djamena en avril 1973 pour marquer la rupture avec l’héritage colonial. Cet épisode prouve le dilemme récurrent des dirigeants tchadiens car la souveraineté nationale appelle parfois à renverser la table, mais la stabilité intérieure se trouve souvent consolidée par le soutien français.
Inquiétudes de l’opposition tchadienne
Dans l’opposition, on observe une vive méfiance face à ce recentrage franco-tchadien. De nombreux responsables dénoncent un « basculement vers une diplomatie transactionnelle » où les intérêts stratégiques l’emporteraient sur les principes démocratiques. Le sort de l’opposant Succès Masra en est emblématique : l’ancien Premier ministre a été condamné en août 2025 à vingt ans de prison, dans un procès que nombre d’observateurs jugent politique.
Les acteurs de l’opposition craignent que l’urgence de la « stabilité sécuritaire » ne conduise Paris à fermer les yeux sur les violations des droits et à ignorer les demandes de libération de figures comme Masra.
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