France : L’État français condamné pour dissimulation après le massacre de Thiaroye
Le tribunal administratif de Paris a rendu, vendredi 27 mars 2026, une décision qualifiée d’historique. LÉtat français est reconnu responsable d’avoir laissé dans l’ombre les circonstances entourant la mort d’un tirailleur africain victime du massacre de Thiaroye en 1944.

Les juges estiment que les autorités n’ont pas utilisé tous les moyens possibles pour établir précisément les faits et retrouver le lieu d’inhumation du combattant. Dans les années qui ont suivi le drame, la famille avait en outre reçu des informations inexactes de la part des services de l’État.
L’événement remonte au 1er décembre 1944, lorsque des soldats français ont ouvert le feu à Thiaroye, près de Dakar, sur des tirailleurs originaires de plusieurs colonies d’Afrique de l’Ouest. Ces hommes, qui avaient participé aux combats aux côtés de la France, avaient fait valoir leur droit au paiement des soldes. Mais la répression qui s’ensuivit a laissé des zones d’ombre sur le bilan des victimes et les lieux d’enterrement.
Le souvenir de cette tragédie demeure profondément ancré au Sénégal et dans les pays d’origine des soldats — notamment le Mali (ancien Soudan français), la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Burkina Faso (ex-Haute-Volta). Fin novembre 2024, le président de la République, Emmanuel Macron, avait reconnu l’existence d’un « massacre » à Thiaroye, marquant une étape symbolique dans la reconnaissance officielle des faits (reconnaissance intervenue en novembre 2024).
Des renseignements erronés transmis aux proches
Le tribunal précise qu’il ne pouvait pas statuer sur la réalité juridique du décès lui‑même, la prescription empêchant toute réparation pour la mort en tant que telle. En revanche, il a jugé réparable le préjudice moral subi par l’absence d’enquête sérieuse sur les circonstances exactes du décès et a condamné l’État à verser 10 000 euros au fils du défunt.
Au cours des décennies qui ont suivi le massacre, l’administration avait communiqué à la famille des éléments mensongers — présentant le soldat comme un déserteur, affirmant que sa solde avait été réglée et défendant les tirs comme une réponse proportionnée à la situation. Ces allégations ont été partiellement infirmées par la suite : en 2019, les autorités ont admis qu’il ne s’agissait pas d’une désertion et, en 2024, elles ont reconnu que le combattant était « mort pour la France ».
Pour la juridiction administrative, les manquements dans la mise en œuvre des moyens nécessaires à la clarification des faits constituent une faute engageant la responsabilité de l’État. Les juges ont ainsi retenu que ces carences rendaient la puissance publique civilement responsable du préjudice causé aux proches de la victime.
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