Côte d’Ivoire: une nouvelle réglementation pour les professionnels des arts vivants
En Côte d’Ivoire, les entrepreneurs de spectacle vivant sont désormais soumis à une licence obligatoire délivrée par le ministère de la Culture, dans le cadre d’une réforme qui suscite l’inquiétude d’une partie de la profession. Réunis en collectif, danseurs, comédiens, conteurs, diffuseurs et exploitants de salle dénoncent notamment le montant élevé de la caution exigée et appellent le gouvernement à plus de souplesse.

Le nouveau régime distingue trois catégories de licences, valables trois ans et renouvelables : la licence A pour les producteurs de spectacles vivants, la licence B pour les diffuseurs et promoteurs, et la licence C pour les exploitants de salle. Les demandes pour les licences B et C peuvent être déposées du 15 septembre au 15 octobre 2026 auprès de la Commission de délivrance des licences de spectacles vivants (Codeles), celles pour la licence A devant suivre dans une phase ultérieure.
Selon le collectif de professionnels, les frais peuvent atteindre jusqu’à 10 millions de francs CFA, environ 15 240 euros, selon les métiers concernés, un montant jugé disproportionné pour de nombreuses petites structures. « Si l’arrêté est appliqué en tant que tel, il y a beaucoup de disciplines qui vont disparaitre », alerte Adama Adepodju, président de la Fédération nationale de théâtre, qui plaide pour que même les artistes itinérants puissent obtenir leur carte professionnelle.
Face à ces inquiétudes, le gouvernement a choisi la voie de l’apaisement sans renoncer au texte. « Il y a probablement des précisions à mettre dans l’arrêté […] mais on ne reviendra pas sur l’arrêté parce que là, il y a urgence », a déclaré la ministre de la Culture, Françoise Remarck, invoquant une obligation de protéger le public. Le ministère s’est engagé à organiser prochainement des réunions de travail avec les membres du collectif.
Une réforme voulue depuis plusieurs années
Cette obligation de licence découle d’un décret du 20 octobre 2021 fixant le régime des spectacles vivants sur le territoire ivoirien, dont les modalités pratiques ont ensuite été affinées lors d’un groupe de travail réuni avec les acteurs du secteur en juin 2024. Les entrepreneurs concernés avaient jusqu’à la mi-octobre pour se mettre en conformité.
« Qu’on professionnalise sans nous lester »
Malgré les tensions sur le coût de la licence, plusieurs acteurs du secteur soutiennent le principe de la réforme. « Tous ces artistes créent de la valeur […] mémorielle, culturelle, de transmission, de cohésion, mais aussi de la valeur économique », estime Chantal Djédjé, membre du collectif et directrice de la Fabrique culturelle, un centre culturel multidisciplinaire d’Abidjan. Selon elle, un recensement précis du secteur permettrait aussi de mieux orienter le soutien de l’État, notamment en matière d’infrastructures.
« Je pense que toutes les faîtières sont d’accord pour dire qu’il faut professionnaliser, parce que ça va nous faire du bien à nous », ajoute-t-elle, tout en appelant à ce que la réforme ne pénalise pas financièrement les professionnels qu’elle entend structurer.
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