Boko Haram : des cadres camerounais accèdent de plus en plus à des postes de commandement
Des combattants camerounais occupent un nombre croissant de postes de commandement au sein des factions armées issues de Boko Haram actives dans l’Extrême-Nord du Cameroun, selon une étude publiée le 3 août par l’Institut d’études de sécurité (ISS) et signée par le chercheur Célestin Delanga, basé à Maroua. Cette évolution, documentée depuis cinq ans, fait de cette région frontalière avec le Nigeria une zone de ravitaillement stratégique pour ces groupes, plutôt que l’épicentre du conflit, situé dans l’État nigérian de Borno.

Selon cette étude, au moins cinq commandants camerounais opèrent actuellement entre les localités de Ngoshé et de Sambisa, à la tête d’environ 1 000 combattants au total répartis dans les départements du Mayo-Sava et du Mayo-Tsanaga. Chaque commandant supervise en moyenne 400 combattants. Au niveau le plus élevé de la hiérarchie, Ali Ngulde, numéro deux de la faction JAS (Jama’tu Ahlis Sunna Lidda-awati wal-Jihad), dispose désormais d’un conseiller spécialisé dans les affaires camerounaises.
« Ce sont des enfants du terroir. Ils connaissent les routes, ils connaissent des personnes qui peuvent leur dire de ne pas passer par tel endroit à cause de la présence de militaires, ou leur indiquer où se trouve telle personne », a expliqué Célestin Delanga, cité par RFI, pour décrire l’avantage opérationnel que procûre aux factions le recrutement de cadres locaux connaissant parfaitement le terrain.
L’Extrême-Nord du Cameroun a enregistré le plus grand nombre d’attaques en 2025 parmi les huit régions touchées par le conflit dans le bassin du lac Tchad, avec 714 attaques recensées sur l’année, puis 227 entre janvier et juin 2026, même si les violences restent les plus meurtrières au Nigeria.
Vols de bétail, rançons et blanchiment d’argent
Ces cadres camerounais organisent le pillage de vivres, de récoltes et de bétail, ainsi que des enlèvements contre rançon, une activité facilitée par leur connaissance des ressources locales, notamment lors des récoltes d’oignons qui permettent aux populations de disposer de liquidités. L’étude de l’ISS documente également le trafic de bétail volé au Nigeria vers les marchés camerounais, le blanchiment de fonds destinés aux factions, ainsi que la formation de nouvelles cellules à proximité du parc national de Waza.
Dans les arrondissements de Kolofata et de Mora, les populations restent la cible récurrente de pillages nocturnes et de kidnappings, parfois sous-traités à des bandes criminelles locales qui revendent ensuite leurs victimes aux factions, chargées de négocier et de collecter les rançons.
Un programme de démobilisation ciblé à l’étude
Pour réduire ces incursions, Célestin Delanga suggère la mise en place d’un programme de reddition spécifiquement destiné aux combattants camerounais identifiés au sein des communautés locales, où l’identité et le rang de chacun sont généralement connus. Il s’inspire du modèle de l’opération « Sulhu », lancée par le Nigeria en 2019, qui combine mobilisation des réseaux familiaux et communautaires, incitations financières et formation professionnelle pour les candidats à la reddition.



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