Bénin : 50 journalistes ouest-africains appellent à la libération de Hugues Comlan Sossoukpè
Un an après l’arrestation de Hugues Comlan Sossoukpè en Côte d’Ivoire et son transfert vers le Bénin, la mobilisation autour du journaliste béninois ne faiblit pas. Cinquante journalistes ouest-africains appellent les autorités béninoises à le libérer, dans un contexte où Reporters sans frontières continue de dénoncer une détention arbitraire et une atteinte grave à la liberté de la presse.

Le journaliste béninois Hugues Comlan Sossoukpè, fondateur du média d’investigation Olofofo, reste au cœur d’une forte mobilisation médiatique et internationale. Selon des informations relayées par Confidentiel Afrique, 50 journalistes ouest-africains ont lancé un appel en faveur de sa libération, près d’un an après son arrestation à Abidjan et son transfert vers le Bénin.
Réfugié politique au Togo depuis 2021, Hugues Comlan Sossoukpè avait été arrêté dans la nuit du 10 au 11 juillet 2025 à Abidjan, alors qu’il participait à l’Ivoire Tech Forum, un événement organisé du 9 au 11 juillet. D’après la Fédération internationale pour les droits humains et l’Organisation mondiale contre la torture, il a été interpellé dans sa chambre d’hôtel, conduit à l’aéroport Félix Houphouët-Boigny, puis transféré vers le Bénin par avion privé.
À son arrivée à Cotonou, il a été placé en garde à vue avant d’être présenté à la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme. Il a ensuite été transféré à la prison civile de Ouidah. Selon l’ordonnance de placement en détention provisoire citée par la FIDH et l’OMCT, le journaliste est poursuivi pour « incitation à la rébellion », « incitation à la haine et à la violence », « harcèlement par voie électronique » et « apologie du terrorisme ».
Une mobilisation régionale autour d’un dossier sensible
L’appel des 50 journalistes ouest-africains s’ajoute aux prises de position déjà exprimées par plusieurs organisations de défense de la liberté de la presse. Reporters sans frontières a saisi, en avril 2026, la Cour de justice de la CEDEAO contre le Bénin et la Côte d’Ivoire dans ce dossier. L’organisation affirme que le journaliste a été victime d’un « enlèvement », d’une « séquestration », d’un « transfert forcé » et d’une « arrestation arbitraire ».
RSF estime que la Côte d’Ivoire aurait violé le droit de la protection des réfugiés en remettant Hugues Comlan Sossoukpè aux autorités béninoises, alors qu’il bénéficiait du statut de réfugié au Togo. L’organisation met également en cause le Bénin, qu’elle accuse d’avoir joué un rôle central dans l’opération ayant conduit à son incarcération.
Pour les signataires de l’appel relayé par Confidentiel Afrique, le maintien en détention du journaliste pose une question de principe : celle de la protection des professionnels des médias dans l’espace ouest-africain. Leur démarche intervient dans un climat régional marqué par une multiplication des pressions contre les journalistes, notamment ceux qui travaillent sur les questions politiques, sécuritaires ou judiciaires.
Hugues Comlan Sossoukpè dirigeait Olofofo, un média connu pour ses enquêtes et ses publications critiques. Selon la FIDH et l’OMCT, il avait quitté le Bénin après les élections législatives de 2019, organisées sans les principaux partis d’opposition, et avait obtenu le statut de réfugié au Togo en 2021.
Reporters sans frontières affirme également que le journaliste avait signalé des menaces répétées avant son arrestation, notamment en lien avec certaines publications sur la situation sécuritaire au Bénin. L’organisation soutient que la procédure engagée contre lui s’inscrit dans une dynamique de répression de voix critiques.
Depuis son incarcération, ses proches et ses soutiens dénoncent des conditions de détention difficiles. RSF indique qu’il a été soumis à un isolement strict jusqu’au début du mois de janvier 2026 et que les visites de ses proches n’ont été autorisées que tardivement, de manière limitée.
L’affaire a aussi pris une dimension régionale avec le cas d’Ali Moumouni, ancien journaliste de Canal 3, arrêté quelques jours après Hugues Sossoukpè. RSF affirme qu’il est soupçonné d’avoir collaboré avec Olofofo et demande également sa libération. Dans ses recommandations adressées au président Romuald Wadagni avant son investiture, l’organisation avait appelé les nouvelles autorités béninoises à libérer Hugues Comlan Sossoukpè, Ali Moumouni et Pascal Mitowadé.
Pour les défenseurs de la liberté de la presse, le dossier Sossoukpè dépasse désormais le seul cadre judiciaire béninois. Il est devenu un symbole des inquiétudes sur la protection des journalistes, le respect du statut de réfugié et l’usage de procédures antiterroristes ou numériques contre des professionnels des médias.
À travers leur appel, les 50 journalistes ouest-africains demandent aux autorités béninoises de poser un acte d’apaisement en libérant leur confrère. Leur prise de position relance le débat sur la place de la presse critique au Bénin et sur la responsabilité des États ouest-africains dans la protection des journalistes, y compris lorsqu’ils travaillent en exil.
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