Algérie–Niger : normalisation diplomatique après dix mois de tensions
Le 12 février 2026, l’Algérie et le Niger ont officiellement annoncé le rétablissement de leurs relations diplomatiques, actant le retour réciproque de leurs ambassadeurs à Alger et à Niamey. Cette décision met un terme à une crise ouverte depuis avril 2025 et marque une étape significative dans la recomposition des équilibres diplomatiques au Sahel.

Le 12 février 2026, l’Algérie et le Niger ont officiellement annoncé le rétablissement de leurs relations diplomatiques, actant le retour réciproque de leurs ambassadeurs à Alger et à Niamey. Cette décision met un terme à une crise ouverte depuis avril 2025 et marque une étape significative dans la recomposition des équilibres diplomatiques au Sahel.
La rupture trouvait son origine dans un incident sécuritaire survenu le 31 mars 2025. L’armée algérienne avait abattu un drone militaire malien ayant pénétré son espace aérien. Cet événement avait provoqué une réaction coordonnée de l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Niger, le Mali et le Burkina Faso. En signe de protestation, ces trois pays avaient rappelé leurs ambassadeurs d’Alger le 6 avril 2025. L’Algérie avait immédiatement appliqué le principe de réciprocité en rappelant ses propres représentants diplomatiques, y compris celui accrédité au Niger, entraînant un gel quasi total des canaux politiques bilatéraux.
Au-delà de l’incident aérien, la crise révélait des divergences plus profondes sur les enjeux sécuritaires et les dynamiques d’influence au Sahel. Des accusations d’ingérence et des tensions liées à la gestion des frontières et à la lutte contre les groupes armés avaient alimenté un climat de méfiance. La fermeture temporaire de l’espace aérien algérien à certains pays de l’AES avait illustré la gravité des frictions régionales.
La normalisation intervenue le 12 février 2026 résulte d’une décision politique assumée au plus haut niveau. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a ordonné le retour immédiat de l’ambassadeur d’Algérie à Niamey, tandis que l’ambassadeur nigérien a simultanément repris ses fonctions à Alger. Le ministère algérien des Affaires étrangères a présenté cette démarche comme un geste de fraternité et un signal fort en faveur du renforcement de la coopération bilatérale.
Un levier stratégique
Du côté nigérien, cette évolution s’inscrit dans une stratégie de rééquilibrage diplomatique conduite par les autorités issues du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie, dirigé par le général Abdourahamane Tiani. Pour Niamey, la reprise du dialogue avec Alger constitue un levier stratégique, tant sur le plan sécuritaire qu’économique, dans un contexte régional marqué par l’isolement croissant de certains États sahéliens vis-à-vis de partenaires traditionnels.
Sur le plan opérationnel, cette normalisation ouvre la voie à une relance des mécanismes de concertation politique et sécuritaire. L’Algérie demeure un acteur central dans la gestion des crises sahéliennes, notamment en matière de médiation et de coopération antiterroriste. Le Niger, confronté à des menaces jihadistes persistantes dans ses zones frontalières, a intérêt à maintenir un canal fluide avec son puissant voisin du nord. Les deux pays partagent également des enjeux stratégiques en matière de contrôle des flux migratoires, de lutte contre les trafics transfrontaliers et de développement d’infrastructures régionales.
L’impact sur la stabilité du Sahel reste toutefois mesuré. Si la décrispation entre Alger et Niamey réduit les risques de fragmentation diplomatique au sein de l’espace sahélien, elle ne règle pas les tensions plus larges entre l’Algérie et l’ensemble des membres de l’AES. Les divergences doctrinales sur les partenariats sécuritaires et les orientations géopolitiques persistent, tout comme les défis structurels liés au terrorisme, aux coups d’État successifs et à la fragilité institutionnelle.
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