Afrique du Sud: la dépendance aux carburants importés aurait coûté 76 milliards de rands
Entre 2021 et 2024, la facture pétrolière de l’Afrique du Sud aurait pu être inférieure de 76 milliards de rands si les produits raffinés n’avaient représenté que 25 % de ses importations pétrolières, selon une estimation publiée par la Banque de réserve sud-africaine.

La fermeture ou la conversion de plusieurs raffineries a changé la structure énergétique du pays. Les carburants raffinés importés couvrent désormais plus de la moitié de la demande intérieure. La Banque centrale estime aussi que la production manufacturière liée au pétrole a reculé d’environ 20 % depuis 2019 et qu’environ 5 400 emplois directs et indirects ont été affectés.
La capacité opérationnelle de raffinage est tombée autour de 250 000 barils par jour, contre une base installée qui dépassait 700 000 barils par jour avant la vague de fermetures. La Banque de réserve attribue ce recul à des installations anciennes et coûteuses, à des marges faibles et à une longue incertitude sur les investissements nécessaires pour respecter les nouvelles normes de carburants plus propres.
Le Central Energy Fund veut inverser une partie de cette tendance en reconstruisant SAPREF, près de Durban. Le plan présenté le 9 septembre prévoit d’abord l’utilisation des réservoirs existants pour les carburants importés, puis un redémarrage du raffinage autour de 400 000 barils par jour et, à plus long terme, une montée possible à 650 000 barils par jour sous réserve d’investissements et d’autorisations.
Les carburants importés transmettent plus vite les chocs extérieurs
Le basculement vers les produits finis importés coûte plus cher que l’achat de brut destiné à être transformé localement. La Banque de réserve estime que, sur la période 2014-2024, les produits pétroliers raffinés importés ont été en moyenne 12 % plus chers par unité que le pétrole brut. Son calcul des 76 milliards de rands correspond à un scénario dans lequel leur part aurait été limitée à 25 % des volumes importés entre 2021 et 2024.
Ce chiffre ne représente donc pas une dépense qui aurait pu être supprimée intégralement. Il mesure l’écart entre la facture réellement payée et celle qu’aurait donnée une structure d’importation davantage orientée vers le brut. La Banque centrale estime que la facture pétrolière aurait alors été inférieure de 6,1 % en moyenne sur les quatre années.
La dépendance aux carburants finis rend aussi le pays plus sensible aux variations du rand, aux prix internationaux du pétrole et aux perturbations maritimes. Le ministère sud-africain des Ressources minérales et pétrolières rappelait en mars que les deux raffineries de brut encore opérationnelles, NATREF et Astron Energy, ainsi que l’usine de liquéfaction du charbon de Secunda, restent tributaires de matières premières importées.
Cette vulnérabilité ne se traduit pas automatiquement par une pénurie. Le gouvernement indiquait encore en mars qu’il n’existait pas de risque immédiat de rupture d’approvisionnement. Elle augmente en revanche le nombre de chocs extérieurs susceptibles d’atteindre rapidement la balance commerciale et les prix à la pompe lorsque le pétrole mondial, le fret ou le rand se dégradent.
Relancer SAPREF ne suffira pas à recréer l’ancien modèle
Le projet de SAPREF répond directement à cette dépendance, mais le retour du raffinage local ne sera pas un simple rétablissement des capacités du passé. La Banque de réserve souligne que les fermetures ont aussi résulté de problèmes structurels. Les raffineries sud-africaines sont relativement anciennes et petites face aux grands complexes intégrés construits ailleurs en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie.
L’incertitude autour du programme Clean Fuels II a renforcé ces difficultés. Les échéances ont été repoussées à plusieurs reprises, tandis que les investissements nécessaires pour produire des carburants plus propres restaient élevés pour des installations déjà soumises à des marges faibles. Plusieurs opérateurs ont préféré convertir leurs actifs en terminaux d’importation ou de stockage plutôt que financer des mises à niveau lourdes.
CEF prévoit justement de conserver cette fonction d’importation pendant la reconstruction de SAPREF. Selon son plan, les réservoirs et les infrastructures de transfert du site doivent d’abord soutenir l’arrivée de produits finis avant le retour d’une capacité de raffinage. Cette séquence montre que les importations resteront une composante importante de l’approvisionnement pendant plusieurs années.
La taille annoncée du projet serait néanmoins suffisante pour modifier fortement l’équilibre actuel. S&P Global indique que le raffinage local ne couvre plus qu’environ 39 % de la demande sud-africaine. Une capacité de 400 000 barils par jour à SAPREF dépasserait à elle seule la capacité combinée actuelle des deux raffineries de brut encore en activité.
CEF n’a pas encore publié le coût du projet ni le calendrier détaillé de sa mise en œuvre. Le groupe public a indiqué que la phase finale pouvant porter SAPREF à 650 000 barils par jour dépendrait des investissements, des autorisations réglementaires et de l’avancement du projet.




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