Zambie : Hakainde Hichilema favori mais sous pression avant le verdict des urnes
Près de 9 millions de Zambiens sont appelés aux urnes ce jeudi 13 août pour élire leur président et leurs députés. Cinq ans après son arrivée au pouvoir, Hakainde Hichilema part favori face à treize candidats, mais la hausse persistante des prix, la mobilisation incertaine des jeunes et les critiques sur les règles électorales pourraient compliquer sa réélection.

Le président sortant peut s’appuyer sur plusieurs indicateurs économiques favorables, notamment la restructuration de la dette extérieure, le recul de l’inflation et le renforcement des réserves de change. Mais ces améliorations macroéconomiques restent peu perceptibles pour une partie de la population, confrontée à des dépenses quotidiennes plus élevées.
« L’inflation a baissé, mais les prix restent élevés », résume Nicole Beardsworth, professeure à l’université du Witwatersrand, en Afrique du Sud, et spécialiste de la politique zambienne. Selon elle, la suppression des subventions sur l’électricité et les carburants a contribué à alourdir les charges des ménages, tandis que les salaires n’ont pas progressé au même rythme que le coût de la vie.
Élu en 2021 après six tentatives, Hakainde Hichilema avait incarné l’alternance et promis une rupture avec les pratiques de l’ancien pouvoir. Son parti, le Parti unifié pour le développement national (UPND), met aujourd’hui en avant la création de plus de 50 000 emplois dans la fonction publique, notamment dans la santé, l’éducation et la sécurité, ainsi que la gratuité de l’enseignement primaire, dont bénéficient plusieurs millions d’enfants.
Le bilan du président sortant comprend également des mesures présentées comme des avancées en matière de libertés publiques : abolition de la peine de mort, suppression du délit d’insulte au président et adoption d’une loi sur l’accès à l’information, attendue depuis près de vingt ans.
Brian Mundubile tente de réunir l’opposition
Face à Hakainde Hichilema, Brian Mundubile s’est imposé tardivement comme le principal candidat de l’opposition. Âgé de 55 ans, cet avocat et comptable a été ministre sous l’ancien régime du Front patriotique (PF), puis responsable de la discipline du groupe parlementaire gouvernemental entre 2019 et 2021. Après la défaite du PF, il avait également occupé la fonction de chef de l’opposition au Parlement.
Sa candidature bénéficie du ralliement d’une partie des structures du Front patriotique, après plusieurs années de luttes internes au sein de l’ancien parti au pouvoir. En mai, des factions du PF ont conclu un accord électoral avec la Tonse Alliance, permettant à Mundubile de renforcer sa présence dans plusieurs régions.
Le candidat cherche notamment à mobiliser les travailleurs du secteur informel et les mineurs artisanaux, dont certains se disent déçus par le bilan économique du gouvernement. Son discours s’inspire aussi de la manière de gouverner d’Edgar Lungu, l’ancien président du PF, sans toutefois reprendre ouvertement l’ensemble de son bilan.
Cette stratégie comporte un risque : Brian Mundubile doit s’appuyer sur la nostalgie de l’ancien pouvoir tout en évitant d’être associé à ses difficultés économiques et politiques. Son autre handicap tient au calendrier. Il ne s’est réellement affirmé comme le principal adversaire de Hichilema que trois mois avant le scrutin.
O’Brien Kaaba, enseignant en droit à l’Université de Zambie et spécialiste des questions électorales, estime que ce délai a limité sa capacité à acquérir une stature nationale. Dans certaines régions, explique-t-il, les électeurs pourraient même ne pas avoir pleinement intégré qu’il était candidat à la présidence.
Mundubile a néanmoins attiré d’importantes foules dans la Copperbelt, ainsi que dans les provinces de l’Est et du Nord. Ces territoires, avec Lusaka et la province centrale, figurent parmi les principales zones où l’opposition espère contester l’avance du président sortant.
La participation des jeunes au centre des incertitudes
Le niveau de participation pourrait peser autant que les rapports de force entre les candidats. À Lusaka, des travailleurs du secteur informel interrogés par Nicole Beardsworth s’interrogeaient sur l’intérêt de renoncer à une journée de revenus pour voter, alors que Hichilema est donné largement favori par les sondages. Dans les centres urbains, l’attente dans les bureaux de vote peut en outre durer plusieurs heures.
La démobilisation éventuelle des jeunes sera particulièrement surveillée. En 2021, cette catégorie d’électeurs avait fortement soutenu la promesse de changement portée par Hakainde Hichilema. Leur présence dans les files d’attente permettra de mesurer l’ampleur de l’enthousiasme qui avait accompagné l’alternance.
La Copperbelt, cœur minier de la Zambie et ancien bastion du Front patriotique, sera un autre point d’attention. Le mécontentement lié à la situation économique y est observé avec vigilance, tout comme à Lusaka et dans les provinces centrale et orientale.
La campagne y a parfois été moins visible qu’attendu. Pour Nicole Beardsworth, cette discrétion peut refléter une certaine désaffection politique, même si elle ne permet pas, à elle seule, de prévoir le niveau de participation ou le résultat du scrutin.
Des critiques sur l’équité du processus électoral
La campagne a également été marquée par des contestations concernant les conditions dans lesquelles l’élection est organisée. Fin juin, la Commission électorale a instauré un calendrier coordonné attribuant aux candidats de l’opposition certains jours et certaines provinces pour leurs rassemblements. L’objectif officiel était de limiter les affrontements entre militants.
Selon Nicole Beardsworth, ce dispositif était inédit et ne s’appliquait pas de la même manière au parti au pouvoir. Plusieurs organisations de la société civile dénoncent, plus largement, des restrictions visant les réunions de l’opposition et un traitement inégal des formations politiques par certaines institutions publiques.
Une autre controverse concerne la manière de marquer les bulletins. La Commission électorale a indiqué qu’un bulletin pouvait être considéré comme valide si l’intention de l’électeur était clairement identifiable, même en l’absence d’une croix. Or, un règlement électoral prévoit explicitement que la case correspondant au candidat doit être marquée d’un « X ».
Pour Linda Kasonde, avocate et figure de la société civile, cette clarification tardive a alimenté la confusion. La principale loi électorale ne préciserait pas la forme du marquage, tandis que le règlement impose l’utilisation d’une croix.
Le débat a pris une dimension politique après que l’UPND a répété pendant la campagne avoir « coché » plusieurs engagements pris auprès des électeurs. Certains observateurs ont établi un rapprochement entre cette formule et la décision de la Commission électorale. Linda Kasonde souligne toutefois que ce lien relève de l’hypothèse et ne permet pas d’établir une intention particulière de l’autorité électorale.
La société civile fait aussi état d’un rétrécissement de l’espace civique, de l’utilisation des lois sur la cybersécurité contre des voix critiques et de restrictions imposées aux rassemblements de l’opposition. Ces organisations s’interrogent par ailleurs sur l’utilisation de programmes publics pendant la campagne.
Elles citent notamment l’augmentation récente des allocations de logement accordées aux étudiants de l’Université de Zambie et la gestion des transferts sociaux. Une marche d’étudiants jusqu’à la présidence, organisée pour remercier Hakainde Hichilema après la hausse de leur allocation, a notamment suscité des interrogations sur l’avantage politique que le pouvoir pourrait en tirer. Aucune conclusion indépendante ne permet toutefois d’établir que ces mesures ont été prises à des fins électorales.
Une avance dans les sondages, mais une Assemblée incertaine
Les enquêtes citées par Nicole Beardsworth placent Hakainde Hichilema en tête. Elles montrent aussi qu’une partie des électeurs auparavant indécis ou favorables à l’opposition se serait regroupée derrière Brian Mundubile. Les autres candidats restent, selon ces données, nettement distancés.
L’avance du président sortant ne garantit pas nécessairement une victoire dès le premier tour. Elle ne préjuge pas non plus de la composition de la future Assemblée nationale. Hakainde Hichilema serait en effet plus populaire que son parti et ses élus : seulement 30 % des personnes interrogées souhaiteraient voir leur député reconduit, selon les enquêtes mentionnées par la chercheuse.
Ce résultat pourrait favoriser un renouvellement important du Parlement, même en cas de réélection du chef de l’État. Il souligne également l’écart entre la popularité personnelle de Hichilema et l’appréciation du bilan de la majorité parlementaire.
Pour Nicole Beardsworth, le pouvoir reste conscient du risque politique malgré son avance dans les sondages. La Zambie a déjà connu des alternances contre des gouvernements qui se pensaient assurés de l’emporter. Le niveau de participation, la capacité de l’opposition à transformer ses soutiens locaux en vote national et la confiance accordée au processus électoral seront donc déterminants.
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