Zambie : après l’investiture d’Hakainde Hichilema, l’opposition dénonce un recul démocratique
Le président zambien Hakainde Hichilema a prêté serment pour un second mandat de cinq ans mardi 1er septembre, lors d’une cérémonie tenue au National Heroes Stadium de Lusaka, dans un climat de vive tension politique. Réélu avec 61,5 % des suffrages selon les résultats officiels de la Commission électorale de Zambie (ECZ), le chef de l’État doit désormais gouverner face à une opposition qui dénonce un recul démocratique, alors que son principal rival à la présidentielle, Brian Mundubile, est détenu et poursuivi pour trahison.

Devant un stade comble, Hakainde Hichilema a assuré que « ce mandat n’appartient pas à Hakainde Hichilema, mais au peuple zambien », fixant pour mot d’ordre « Grow Zambia » (« Faire grandir la Zambie ») pour les cinq années à venir. Après un premier mandat qu’il dit avoir consacré à la stabilisation économique du pays, il promet une phase de « croissance, d’expansion, d’opportunités et de prospérité », tout en reconnaissant que, pour de nombreuses familles, « le coût de la vie reste difficile » et que les bénéfices de cette stabilisation « ne se font pas encore sentir à tous les niveaux ».
Le président a annoncé vouloir développer les secteurs minier, agricole, touristique et énergétique, résumant son ambition par une formule : « La croissance économique doit avoir un sens à table ». La vice-présidente sortante, Mutale Nalumango, a prêté serment à ses côtés pour un second mandat, en présence de représentants de plusieurs pays, dont les États-Unis, la Chine, la Tanzanie, le Botswana, le Kenya et le Zimbabwe.
Selon l’ECZ, Hakainde Hichilema a recueilli 2 965 326 voix contre 1 856 217 pour Brian Mundubile lors du scrutin du 13 août, soit respectivement 61,5 % et 38,5 % des suffrages exprimés. La mission d’observation de l’Union européenne a qualifié le vote de « globalement pacifique », tout en estimant que le processus électoral s’était déroulé dans un environnement ayant limité les libertés fondamentales, citant des changements légaux tardifs et des conditions de campagne inégales.
Un principal opposant détenu pour trahison
L’investiture s’est déroulée sous très haute sécurité, la police zambienne évoquant des informations faisant état de manifestations prévues pour dénoncer l’arrestation de plusieurs responsables de l’opposition. Brian Mundubile a rejeté les résultats du scrutin et dénoncé de possibles falsifications des procès-verbaux, réclamant une enquête indépendante. Il a ensuite été arrêté fin août avec son colistier Makebi Zulu et inculpé de trahison, portant à dix-huit le nombre de personnes visées par cette procédure. Selon leur avocat, Milner Katolo, l’accusation doit encore réunir suffisamment de preuves devant les tribunaux.
Ces poursuites font suite à une opération de sécurité menée le 14 août au domicile de Brian Mundubile, où des armes de qualité militaire ont été retrouvées selon les autorités. Un ancien ministre membre de l’opposition, Mutotwe Kafwaya, a été tué par balle lors de cette opération. Les autorités affirment que les forces de sécurité ont essuyé des tirs, une version contestée par l’opposition. « Je voudrais vraiment savoir s’il a lui-même tiré, ou même s’il avait une arme », s’est interrogé Kapembwa Simbao, ancien ministre et président du parti d’opposition Zambia We Want, qui avait côtoyé Mutotwe Kafwaya au Parlement.
« Plus de 300 personnes sont en prison, notre secrétaire général est en fuite », a dénoncé Muhabi Lungu, membre de l’alliance de Brian Mundubile, qualifiant l’investiture de « simulacre ». L’accès aux principales juridictions du pays a par ailleurs été fermé pour raisons de sécurité le dernier jour du délai légal permettant de contester l’élection, une décision critiquée par des organisations de défense des droits humains.
Hichilema tend la main à ses opposants
Face à ces tensions, Hakainde Hichilema a consacré une partie de son discours d’investiture à l’unité nationale. « Celui qui a voté contre nous n’est pas notre ennemi. C’est notre frère, c’est notre sœur, ce sont nos compatriotes », a-t-il déclaré, promettant d’écouter les « critiques constructives » de l’opposition et assurant que ses adversaires « restent une partie importante de notre démocratie ».
Brian Mundubile et Makebi Zulu restent détenus dans l’attente de leur comparution devant la justice, tandis que plusieurs cadres de l’opposition zambienne demeurent en fuite ou en détention depuis l’élection du 13 août.
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