« Yayi Boni et moi, nous étions des amis. Et ce n’est pas de la blague », Pascal Todjinou

La politique a ses raisons que l’amitié ne connait pas toujours, ou du moins, pas sous l’angle des privilèges. C’est la leçon qui se dégage des confidences de Pascal Todjinou, ancien secrétaire général de la Confédération générale des travailleurs du Bénin (CGTB), au sujet de ses relations passées et présentes avec l’ancien président de la République, Boni Yayi.

Edouard Djogbénou
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« Yayi Boni et moi, nous étions des amis. Et ce n’est pas de la blague », Pascal Todjinou
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Entre souvenirs festifs, désillusions protocolaires et liberté de ton intacte, le syndicaliste livre un témoignage savoureux sur les coulisses du pouvoir et des vieilles complicités.

​Bien avant que Boni Yayi ne s’installe à la Marina, les deux hommes partageaient un cercle intime : « l’Amicale des Douze ». Un groupe d’amis soudés qui, chaque 31 décembre, célébrait la Saint-Sylvestre lors de fêtes tournantes au domicile de ses membres. Une proximité réelle, loin des projecteurs, que Pascal Todjinou rappelle avec une pointe de nostalgie amusée : « Yayi Boni et moi, nous étions des amis. Et ce n’est pas de la blague. […] Cela fait au moins trois fois qu’il a dansé chez moi. », a confié l’ancien syndicaliste à Soha web TV.

​Fort de cette camaraderie de longue date, l’ancien leader syndical ne cache pas qu’il nourrissait quelques attentes lorsque son ami d’hier a accédé à la magistrature suprême.

« Je pensais que lorsqu’il deviendrait président, il allait peut-être me donner quelque chose. Mais rien ! » s’amuse-t-il à relater.

Pas le moindre passe-droit, et encore moins un présent symbolique : « Il ne m’a même pas donné une bouteille de vin ! », affirme t-il avec humour.

​La liberté de ton au banc d’essai

​Pourtant, cette absence de retombées matérielles ou politiques n’aura pas été sans effet, mais pas là où l’on l’attendait. Loin de s’en trouver muselé, Pascal Todjinou a fait de son franc-parler sa marque de fabrique, n’hésitant pas à monter au créneau contre la gouvernance de son ancien camarade tout au long de ses deux mandats à la tête de l’État, puis bien après son départ.

​Une constance dans la critique qui a fini par intriguer l’ancien chef de l’État lui-même. L’ex-secrétaire général de la CGTB rapporte ainsi une interpellation directe de Boni Yayi après sa sortie du pouvoir :

« Pascal, qu’est-ce que je t’ai fait ? Tu m’as embêté pendant dix ans. Je suis sorti du pouvoir, je suis là, et pourtant tu continues de m’avoir dans ton viseur. », rapporte le média.

​La réplique, pleine d’ironie et fidèle à la gouaille du personnage, n’a pas tardé : « Mais tu ne m’as rien donné pendant que tu étais là-bas. Tu ne m’as même pas donné une bouteille de vin ! »

​Une sortie taquine qui a finalement détendu l’atmosphère, puisque l’ancien président l’aurait aussitôt invité à passer régler la note… autour d’un flacon partagé.

​Entre rigueur républicaine et constance syndicale

​Au-delà de l’anecdote et du sourire qu’elle suscitera dans les chaumières, cette mise au point illustre la complexité des trajectoires au sommet de l’État béninois. Elle rappelle qu’à travers les soubresauts de la vie publique, les amitiés d’avant les fonctions subissent l’épreuve des responsabilités et des divergences idéologiques.

​Pour Pascal Todjinou, la cause est entendue : les liens du cœur ne sauraient confisquer la liberté de critique d’un syndicaliste. Quant à la fameuse bouteille de vin, l’histoire ne dit pas si elle a enfin soldé les comptes d’une décennie de remous politiques, mais elle offre en héritage l’image d’un dialogue direct, brut et profondément humain.

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