Un accord de 40 millions de dollars entre les États-Unis et l’Afrique pour le transfert de migrants provoque un scandale
Un réfugié originaire d’Afrique de l’Est, âgé de 28 ans, pensait bénéficier de la protection des États-Unis après plus d’un an passé en détention. Sa demande d’asile avait été refusée, mais un juge en Californie a estimé qu’il ne pouvait pas être renvoyé dans son pays d’origine en raison d’un risque de préjudice. Ce même homme affirme avoir été maintenu sous contrainte puis transporté par avion vers la Guinée équatoriale, un petit État d’Afrique centrale producteur de pétrole dont le bilan en matière de droits humains est largement critiqué.

Il relate qu’on lui avait dit qu’il était désormais protégé par la loi américaine et qu’il pouvait quitter le centre, travailler et rester sur le sol américain, mais que la réalité a été différente. Il figure parmi 29 migrants envoyés vers ce pays dans le cadre d’accords qualifiés par des organisations de défense des droits humains d’« expulsions vers un pays tiers », des dispositifs permettant aux autorités américaines de transférer des personnes vers des États autres que leur pays d’origine lorsque leur retour y est juridiquement empêché.
Des défenseurs des droits des détenus soutiennent que cette pratique affaiblit des garanties prévues par le droit national et international, notamment la Convention contre la torture des Nations unies, qui prohibe le renvoi vers des pays où les personnes risquent des atteintes graves.
Meredyth Yoon, directrice du contentieux chez Asian Americans Advancing Justice, a déclaré que cette approche contourne en pratique ces protections et laisse expulsés et expulsées confrontés à des choix impossibles, comme une détention prolongée sans accès à un avocat ou une expulsion forcée vers les pays qu’ils avaient fui.
Les personnes transférées vers la Guinée équatoriale seraient originaires de plusieurs pays, parmi lesquels l’Éthiopie, l’Érythrée, le Nigeria, le Ghana et la Géorgie. Des avocats impliqués dans ces dossiers indiquent que nombre d’entre elles disposaient d’ordonnances judiciaires interdisant leur renvoi vers leur pays d’origine.
Sept pays africains auraient conclu des accords comparables avec Washington, citant notamment le Rwanda, l’Ouganda et le Cameroun, ce qui suscite des interrogations sur l’implication croissante d’États africains dans l’exécution de politiques migratoires internationales.
Des transferts financés à hauteur de dizaines de millions de dollars interrogent sur le plan juridique et diplomatique
D’après une analyse réalisée par le personnel démocrate de la commission des affaires étrangères du Sénat, au moins 40 millions de dollars auraient été alloués à l’expulsion d’environ 300 migrants vers des pays tiers.
La Guinée équatoriale aurait reçu à elle seule 7,5 millions de dollars, un paiement vivement critiqué par des parlementaires américains. La sénatrice Jeanne Shaheen a qualifié cette dotation d’exceptionnelle et s’est interrogée sur sa cohérence avec les priorités de l’aide internationale.
Sur le terrain, le réfugié de 28 ans décrit sa détention dans un hôtel reconverti à Malabo, la capitale, et affirme que les conditions se sont dégradées. Selon lui, l’établissement est un vieil hôtel fermé, sans autres clients, et de nombreuses personnes ont été malades à la suite des repas servis.
Il précise que plusieurs détenus ont dû être hospitalisés, notamment pour des cas de paludisme, et que l’accès aux soins médicaux demeure limité.
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