Sierra Leone : le vice‑président Mohamed Juldeh Jalloh met l’accent sur l’autosuffisance
Après des décennies marquées par la guerre civile, l’épidémie d’Ebola puis la crise sanitaire liée au Covid-19, la Sierra Leone tente de tourner la page. Placé sous programme du Fonds monétaire international, l’État a engagé une série de réformes économiques qui commencent à porter leurs fruits. La croissance dépasse désormais les 4 % et l’inflation a tendance à se tasser.

Le pays sera mis en avant lors du sommet Africa Forward à Nairobi, où Paris souhaite illustrer de nouveaux formats de coopération avec le continent. Mais derrière ces signaux positifs, des fragilités persistent : plus de la moitié des Sierra-Léonais souffrent encore d’insécurité alimentaire, et le conflit au Moyen-Orient pèse sur la facture énergétique et sur la dette nationale.
Le vice-président Mohamed Juldeh Jalloh s’exprime sur ces sujets lors d’une interview accordée à Charlotte Cosset ; l’entretien a été réalisé avant les événements du 25 avril au Mali. Il détaille les priorités du gouvernement, depuis l’agriculture jusqu’à la coopération internationale.
Au cœur de la stratégie de Freetown se trouve le programme « Feed Sierra Leone », conçu pour renforcer la production agricole, réduire les importations et développer les chaînes de transformation locale. Selon la présidence, ces efforts ont déjà permis des avancées sur le riz et d’autres productions, tandis que des unités d’agro-industrie financées par des partenaires étrangers commencent à ouvrir des débouchés d’exportation vers la région.
Infrastructures, énergie et partenariats : les leviers pour accélérer
Le vice-président souligne cependant que l’expansion agricole bute encore sur des lacunes logistiques : routes vers les zones de production, accès aux marchés et infrastructures de transformation restent prioritaires. L’électrification est identifiée comme un facteur déterminant : après être passée d’un taux d’accès d’environ 16-18 % avant 2019 à près de 34 % aujourd’hui, la Sierra Leone vise une cible ambitieuse autour de 80 % d’ici 2030 pour soutenir l’agro-industrie.
Sur le plan diplomatique, Freetown cherche à consolider ses liens avec la France. Jalloh rappelle l’existence de relations personnelles et institutionnelles — des responsables s’étant formés en France — et évoque l’ouverture récente d’une antenne diplomatique française à Freetown, perçue comme une porte d’entrée vers des coopérations diplomatiques, économiques et sécuritaires.
Dans ce registre, la Sierra Leone se dit prête à contribuer à des missions internationales : l’exécutif a annoncé la préparation de contingents pour une opération en Haïti et prévoit d’envoyer des officiers suivre des formations en lutte contre le terrorisme en Côte d’Ivoire, dans le but, à terme, d’apprendre à former des troupes de maintien de la paix.
Sur le plan économique, les autorités accueillent favorablement le recentrage de l’aide française vers des modèles où l’appui public s’accompagne d’opportunités commerciales pour les entreprises. Pour Jalloh, l’essor durable passera par la capacité des pays africains à attirer des investissements productifs plutôt que de compter uniquement sur l’assistance classique.
La guerre au Moyen-Orient a des répercussions concrètes à Freetown : hausse des prix des carburants, renchérissement de l’électricité, et hausse des coûts des denrées alimentaires et du transport. Pour limiter l’effet sur les ménages, le gouvernement a mis en place des mesures temporaires — subventions ciblées sur les carburants et l’électricité, et aides au transport local — tout en discutant avec le FMI et la Banque mondiale pour trouver des fenêtres de financement compatibles avec les engagements macroéconomiques.
En interne, l’exécutif annonce aussi des économies budgétaires : réduction des déplacements officiels et mesures pour diminuer la consommation de diesel dans les services publics, afin de ménager la trésorerie tout en maintenant les soutiens indispensables aux populations.
Sur la scène ouest-africaine, la présidence de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) par le président Julius Maada Bio est mise à contribution pour tenter de résoudre la crise de gouvernance qui touche plusieurs États du Sahel. La Sierra Leone propose un « pacte de stabilité » visant à renouer le dialogue avec les pays membres qui ont quitté l’organisation et à promouvoir le retour à l’ordre constitutionnel afin de réintégrer pleinement ces États dans les instances régionales.
Le gouvernement indique vouloir combiner diplomatie et initiatives sécuritaires : il évoque la création éventuelle d’un dispositif régional de lutte contre le terrorisme et la formation de forces de maintien de la paix, appuyé par des échanges et des formations avec des partenaires internationaux. Freetown multiplie les contacts bilatéraux pour ramener au dialogue les autorités des pays concernés et renforcer l’intégration régionale comme réponse aux menaces communes.
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