Sénégal : record sur le marché UEMOA avec 627,91 milliards FCFA d’emprunts obligataires

La BRVM a admis à sa cote quatre emprunts obligataires souverains du Sénégal pour un montant total de 627,91 milliards de FCFA. Présentée comme la plus importante mobilisation réalisée par un État sur le marché financier de l’UEMOA, cette opération intervient dans un contexte de forte pression sur la dette sénégalaise et de recours accru au financement régional.

Océane Houessou (Stag.)
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Economie
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Sénégal : record sur le marché UEMOA avec 627,91 milliards FCFA d’emprunts obligataires
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La Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) a procédé mercredi 10 juin, à son siège d’Abidjan, à l’admission à sa cote de quatre lignes d’emprunts obligataires souverains émis par l’État du Sénégal, pour un montant global de 627,91 milliards de FCFA, soit environ 957 millions d’euros. L’institution a présenté l’opération comme la plus importante mobilisation de ressources réalisée par un État sur le marché financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

L’émission se répartit en quatre tranches assorties de taux d’intérêt nominaux compris entre 6,40 % et 6,95 %, pour des maturités allant de 2028 à 2035. Selon la BRVM, les souscriptions ont dépassé les prévisions du Trésor public sénégalais. L’opération a relevé de plus de 616 milliards de FCFA la capitalisation du compartiment obligataire de la place régionale. Le placement a été piloté par les arrangeurs Invictus Capital & Finance et ABCO Bourse.

Représentant le directeur général de la BRVM, le directeur du département des finances, Maxime Dessou, a relié cette levée au financement de l’agenda national « Sénégal 2050 », dont les ressources doivent être affectées à des projets d’infrastructures, d’agriculture et de santé. Les responsables de la place ont mis en avant l’intérêt des investisseurs pour la signature financière du Sénégal.

Un recours accru au marché régional

Cette cotation s’inscrit dans une mobilisation intensive du marché financier régional par Dakar. Après les révélations, en 2024 et 2025, d’une dette non déclarée sous l’administration précédente, l’accès du Sénégal aux marchés internationaux s’est fortement réduit, conduisant le gouvernement à concentrer ses émissions sur le marché de l’UEMOA. Pour 2026, l’État sénégalais prévoit d’y lever environ 4 132 milliards de FCFA, près de 6,3 milliards d’euros, selon les données d’UMOA-Titres relayées par la presse sénégalaise.

Plusieurs opérations ont précédé celle-ci. En décembre 2025, l’emprunt « Sénégal mo Woté », lancé en juin de la même année, avait été admis à la cote de la BRVM après avoir mobilisé 364 milliards de FCFA pour un objectif initial de 300 milliards. Sur les seuls mois de janvier et février 2026, le pays avait levé respectivement 366,7 et 378,7 milliards de FCFA sur le marché régional des titres publics.

Ce recours soutenu intervient alors que ce marché donne des signes de tension. Des analyses financières régionales ont relevé fin 2025 une hausse des rendements moyens pondérés et des taux de couverture en recul lors de certaines adjudications, signe d’un coût de financement croissant pour les émetteurs souverains.

Une dette publique sous tension

La situation budgétaire du Sénégal reste fragile. Le programme du Fonds monétaire international de 1,8 milliard de dollars demeure suspendu depuis les révélations sur les comptes publics. Les audits ont porté la dette publique dans une fourchette de 119 à 132 % du produit intérieur brut selon les sources, le FMI retenant 132 %, contre 73,6 % précédemment annoncés par l’administration sortante.

Les perspectives de croissance ont été révisées à la baisse, le ministère de l’Économie tablant sur 2,5 % en 2026 contre 6,7 % en 2025, le FMI retenant 2,2 %. Sur les marchés internationaux, les eurobonds sénégalais se sont négociés en décote marquée fin 2025, traduisant l’anticipation par les investisseurs d’un risque de crédit élevé. Le Premier ministre Ousmane Sonko a écarté à plusieurs reprises l’hypothèse d’une restructuration de la dette.

Le calendrier de remboursement reste l’enjeu central. Le pays fait face en 2026 à un besoin de financement estimé à 6 075 milliards de FCFA, environ 9,3 milliards d’euros, et à des échéances d’eurobonds concentrées sur l’année. Les maturités des titres admis mercredi à la BRVM, échelonnées de 2028 à 2035, allongent d’autant l’horizon de la dette intérieure régionale du Sénégal.

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