Sénégal : pourquoi la Section de recherches a tenté d’interpeller Cheikh Bara Ndiaye à l’Assemblée

Des éléments de la Section de recherches ont tenté d’interpeller le député Pastef Cheikh Bara Ndiaye dans l’enceinte de l’Assemblée nationale, quelques minutes après l’élection d’Ousmane Sonko au perchoir ce mardi 26 mai. L’intervention, avortée après l’exfiltration du parlementaire par ses collègues, intervient dans un climat politique explosif, sur fond d’accusations publiques visant le ministre des Finances Cheikh Diba et de débat sur l’immunité parlementaire.

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Sénégal : pourquoi la Section de recherches a tenté d’interpeller Cheikh Bara Ndiaye à l’Assemblée
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Des éléments de la Section de recherches (SR) de la gendarmerie nationale sénégalaise ont fait irruption à l’Assemblée nationale mardi 26 mai 2026, quelques minutes après l’investiture d’Ousmane Sonko à la présidence de l’institution, pour tenter d’interpeller le député Pastef Cheikh Bara Ndiaye, selon des informations relayées par Senenews et plusieurs autres médias sénégalais. Des collègues parlementaires se sont interposés avant d’exfiltrer Ndiaye à l’intérieur de l’hémicycle, où il s’est réfugié. Aucun communiqué officiel de la gendarmerie ou du parquet ne confirmait ou ne précisait les charges à la base de cette tentative d’interpellation au moment de la publication.

L’intervention de la SR s’inscrit dans le contexte des accusations graves formulées publiquement par Cheikh Bara Ndiaye contre le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, qu’il a accusé dans une intervention sur Walf TV de détenir « plusieurs centaines de milliards de FCFA touchés indûment ». Le parlementaire avait également mis en cause le président Faye, affirmant que ce dernier aurait eu connaissance de ces fonds présumés, voire en aurait couvert l’existence. Ces déclarations avaient immédiatement suscité des réactions en chaîne dans la classe politique sénégalaise.

Ecobank Sénégal a pour sa part formellement démenti l’authenticité des documents bancaires et administratifs attribués à Cheikh Diba qui circulaient sur les réseaux sociaux en lien avec ces accusations, précisant dans une note officielle que les pièces graphiques estampillées de son logo « n’émanent en aucun cas de la traçabilité de ses services internes ». Ni Cheikh Diba ni la présidence de la République n’avaient, à la connaissance des sources disponibles, répondu publiquement aux accusations du député avant la plénière du 26 mai.

Un député aux prises de position répétées contre la présidence

Cheikh Bara Ndiaye, né le 8 mars 1987 à Touba, est député Pastef depuis le 2 décembre 2024. Il siège à la commission des lois, de la décentralisation, du travail et des droits humains. Depuis son entrée à l’hémicycle, il s’est distingué par une série de prises de position critiques à l’endroit du président Bassirou Diomaye Faye, souvent présentées comme une expression de la ligne souverainiste proche de Sonko.

En mars 2026, ses propos à l’Assemblée lors du débat sur la loi contre les actes contre nature où il avait qualifié Faye de « bébé de l’année »avaient déclenché des demandes de sanctions disciplinaires de la part d’organisations citoyennes et une observation formelle du Conseil national de Régulation de l’Audiovisuel (CNRA) à l’encontre de Walf TV pour diffusion de « propos d’une rare violence » contre le chef de l’État. Cheikh Bara avait rejeté ces accusations et défié le CNRA d’agir. En avril 2026, une altercation physique l’avait opposé à sa collègue Pastef Félicité Bougane Sarr dans l’hémicycle. En mai 2026, il s’était abstenu lors d’un vote portant sur la modification du règlement intérieur, contestant le mécanisme permettant de retirer le mandat d’un député pour absences répétées.

La question du flagrant délit comme fondement juridique possible

La tentative d’interpellation d’un député en session soulève une question constitutionnelle précise. Selon l’article 61 de la Constitution sénégalaise, « aucun député ne peut, pendant la durée des sessions, être poursuivi ou arrêté en matière criminelle ou correctionnelle qu’avec l’autorisation de l’Assemblée ». Toutefois, le même article prévoit une exception : un député « pris en flagrant délit ou en fuite après la commission des faits délictueux » peut être arrêté sans autorisation préalable du Bureau de l’Assemblée. C’est cette exception que semble avoir invoquée, implicitement, l’envoi de la SR. La question de savoir si des propos tenus dans les jours précédents sur un plateau de télévision constituent un flagrant délit au sens constitutionnel était au cœur du débat juridique suscité par l’incident.

La tentative d’interpellation a échoué : Cheikh Bara Ndiaye est resté dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Sa situation judiciaire et l’éventualité d’une demande formelle de levée de son immunité parlementaire n’avaient pas fait l’objet de précisions officielles au moment de la publication. La présomption d’innocence s’applique à l’ensemble des personnes mises en cause dans cette affaire.

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