Sénégal : polémique autour d’un emprunt «secret» pour rembourser la dette

Au Sénégal, l’annonce d’un emprunt de 650 millions d’euros réalisé l’an dernier au moyen d’un instrument financier peu connu suscite une vive controverse. Le véhicule en question, un Total Return Swap (TRS), est dénoncé par des voix de l’opposition et de la société civile pour son manque de clarté, tandis que l’exécutif assure avoir agi dans le cadre de la loi et pour diversifier ses sources de financement.

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Politique
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Sénégal : polémique autour d’un emprunt «secret» pour rembourser la dette
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Selon les explications données aux députés, ces opérations ont été engagées pour contribuer au financement d’un endettement public qui dépasse aujourd’hui les 130 % du produit intérieur brut, ont indiqué des sources à Dakar. Les emprunts, contractés en mai et en juin 2025, sont ainsi présentés par le gouvernement comme des outils complémentaires aux ressources classiques.

Pour plusieurs parlementaires non alignés, cette justification ne suffit pas. Le député Thierno Alassane Sall rappelle que ces engagements n’apparaissent ni dans les lois de finances 2025 ni dans celles de 2026, et estime qu’au vu de l’importance des sommes et des risques associés, ils auraient dû être soumis à l’avis et à l’autorisation de l’Assemblée nationale. Il réclame une information complète et détaillée sur les modalités et les conséquences de tels montages avant toute validation parlementaire.

Des observateurs extérieurs partagent ces réserves. Le think tank Legs Africa, dirigé par Ellimane Haby Kane, critique l’opacité entourant les procédures d’endettement et juge dangereux de recourir à des mécanismes peu transparents, en particulier dans un contexte où les citoyens s’inquiètent déjà de la charge financière nationale.

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Mécanisme financier coûteux et négocié à huis clos

Le Total Return Swap est un produit structuré qui permet à un investisseur d’obtenir l’exposition aux flux d’une dette sans en détenir directement les titres. Dans le cas sénégalais, Dakar a levé près de 650 millions d’euros auprès d’acteurs comme Africa Finance Corporation (basée au Nigeria) afin de prévenir un défaut de paiement immédiat.

Le principal reproche porté à ce type d’instrument tient à son coût : les conditions des TRS peuvent être nettement moins favorables que celles d’un emprunt traditionnel, parfois presque deux fois plus onéreuses qu’un financement classique sur certains marchés régionaux. De plus, ces opérations se négocient souvent en privé et risquent de rester en dehors des tableaux officiels de la dette, ce qui compromet la visibilité budgétaire.

Des responsables et économistes alertent aussi sur l’impact que cela peut avoir sur les relations avec les bailleurs internationaux. Abdoulaye Ndiaye, professeur d’économie, note que le Fonds monétaire international considère ces produits dérivés comme de la dette extérieure et a déjà exprimé sa réticence face à leur usage. Cette perception compliquerait l’aboutissement rapide d’un éventuel programme avec le FMI, pourtant jugé crucial pour restaurer la confiance des investisseurs.

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Le manque de transparence contribue, selon plusieurs intervenants, à un cercle vicieux : la défiance alimente des emprunts à des conditions plus lourdes, qui à leur tour affaiblissent la solvabilité et augmentent le coût du crédit. Les deux opérations mises en lumière par la presse internationale arrivent à échéance en 2028 ; un défaut intervenant avant cette date exposerait l’État sénégalais à des pénalités financières importantes si les clauses des TRS ne sont pas honorées.

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