Au Sénégal, la traque des homosexuels s’intensifie
Au Sénégal, plusieurs arrestations récentes à Dakar ravivent les inquiétudes sur l’intensification de la répression visant les personnes homosexuelles. Entre procédures judiciaires controversées, pression des groupes religieux et discours politiques conservateurs, les défenseurs des droits humains décrivent un climat de peur grandissant.

Au Sénégal, plusieurs arrestations récentes à Dakar ravivent les inquiétudes sur l’intensification de la répression visant les personnes homosexuelles. Entre procédures judiciaires controversées, pression des groupes religieux et discours politiques conservateurs, les défenseurs des droits humains décrivent un climat de peur grandissant.
Entre le 4 et le 6 février 2026, douze hommes ont été interpellés à Keur Massar, en banlieue de Dakar, pour « actes contre nature », une infraction prévue par l’article 319 alinéa 3 du Code pénal sénégalais. Parmi eux figurent l’animateur Pape Cheikh Diallo et le chanteur Djiby Dramé. Ils sont actuellement détenus à la prison de Rebeuss et encourent une peine de 1 à 5 ans d’emprisonnement, assortie d’une amende comprise entre 100 000 et 1 500 000 francs CFA (environ 150 à 2 200 euros).
L’enquête aurait été déclenchée après les déclarations d’un homme séropositif accusé d’avoir transmis volontairement le VIH, via des échanges sur WhatsApp. Les avocats de la défense contestent la solidité du dossier, dénonçant des aveux obtenus sous contrainte et l’absence de flagrant délit.
L’article 319.3 du Code pénal, issu de la loi n°66-16 du 12 février 1966, punit les « actes impudiques ou contre nature » entre personnes de même sexe. Si l’un des protagonistes est âgé de 21 ans ou moins, la peine maximale de cinq ans est systématiquement appliquée.
Depuis 2024, des propositions de durcissement prévoyant des peines allant jusqu’à 10 ou 15 ans circulent dans le débat public, sans qu’un texte modificatif n’ait été adopté à ce jour.
Une multiplication des arrestations
En 2025, environ 48 arrestations liées à des soupçons d’homosexualité ont été recensées, selon des militants. Beaucoup de ces affaires reposeraient sur des dénonciations anonymes, des pièges via des applications de rencontre, des accusations relayées sur les réseaux sociaux. Plusieurs dossiers se soldent par des relaxes faute de preuves suffisantes, mais les interpellations et la médiatisation contribuent à entretenir un climat d’insécurité.
Des organisations comme Jamra et And Samm Jikko Yi mènent un lobbying actif pour un renforcement des sanctions, s’appuyant sur un discours centré sur la défense des « valeurs culturelles et religieuses ».
Le Premier ministre Ousmane Sonko est régulièrement cité dans ce contexte en raison de ses prises de position publiques. Dès 2022, il avait promis un durcissement de la législation s’il accédait au pouvoir. Depuis sa nomination en 2024 sous la présidence de Bassirou Diomaye Faye, il a réaffirmé son opposition à toute légalisation ou reconnaissance des droits LGBT, qu’il présente comme une influence occidentale contraire aux valeurs nationales.
Bien qu’aucune implication directe dans les arrestations de février 2026 ne soit établie, ses déclarations contribuent, selon les militants, à légitimer une ligne politique de fermeté. Un projet de loi visant à aggraver les peines a été relancé en juin 2024, sans aboutir à ce stade.
Dans ce contexte, les militants de collectifs comme Free Sénégal affirment opérer en quasi-clandestinité. Ils rapportent des menaces en ligne, des campagnes de dénonciation publique, des cas de chantage financier, des divulgations forcées d’orientation sexuelle ou de statut sérologique.
Depuis 2016, les espaces de plaidoyer public en faveur des droits LGBTQ+ se sont fortement réduits, limitant les mobilisations visibles.
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