Ouganda : psychose dans la presse après l’arrestation du journaliste Arnold Mukose

En Ouganda, l’arrestation d’Arnold Mukose, journaliste engagé, a provoqué une vive émotion dans les milieux médias. Connu pour son combat en faveur de la liberté d’expression, il s’était illustré en contestant une législation controversée encadrant l’utilisation d’internet.

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Société
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Ouganda :  psychose dans la presse après l’arrestation du journaliste Arnold Mukose
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Agé de 41 ans et père de cinq enfants, Mukose s’est imposé comme une voix critique lors du débat autour du Computer Misuse Act. Le 17 mars dernier, la Cour constitutionnelle a invalidé plusieurs dispositions de cette loi après une mobilisation publique à laquelle il a pris part activement.

Jusqu’au 29 mars, il multipliait les interventions radiophoniques pour alerter l’opinion sur les conséquences de ce texte. À l’issue d’une émission ce jour-là, des individus en civil l’attendaient à la sortie et l’ont emmené de force, sans explication immédiate, laissant sa famille et ses proches dans l’incertitude pendant plusieurs heures.

Lors de la perquisition de son domicile, du matériel professionnel a été saisi — téléphones, ordinateur et tablettes — et il a finalement été localisé dans un commissariat de Kampala. Les autorités l’ont inculpé pour diffusion de fausses informations, une accusation qu’il réfute catégoriquement. Arnold Mukose a été placé en détention provisoire jusqu’au 14 avril

Accusations, réactions et climat d’intimidation

Selon les autorités, l’ONG liée à Mukose aurait relayé un message attribué à l’écrivain Kakwenza concernant l’état de santé de la Première dame, message qui aurait été interprété comme une annonce de son décès. Mukose nie avoir publié une telle information et conteste vigoureusement les faits retenus contre lui.

Des confrères voient dans cette arrestation une conséquence directe de son activisme contre la loi sur l’usage d’internet. Le journaliste Kenneth Lukwago affirme que de tels incidents modifient profondément les pratiques professionnelles. On hésite désormais sur les invités à inviter, les thèmes à aborder, et certains médias s’auto-restreignent par crainte de représailles.

De son côté, Ronald Kabuye, de l’Association des journalistes ougandais, rappelle que l’abrogation partielle de la loi n’a pas fait disparaître les poursuites. Il cite des cas où des critiques de responsables publics se retrouvent encore poursuivis, soulignant que l’environnement demeure propice aux procédures judiciaires contre les voix dissidentes.

La détention de Mukose est décrite par sa famille comme pénible : cellule humide et froide, absence de matelas et de couverture, et conditions matérielles rudimentaires. Son père, Moses Mukose, insiste sur son engagement pour les droits humains et son souci du bien-être des autres, expliquant que c’est probablement cette implication qui fait de lui une cible.

Pour la profession tout entière, l’affaire dépasse la situation individuelle de Mukose et est perçue comme un signal d’alarme sur l’état de la liberté de la presse dans le pays.

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