Nigeria : 15 500 milliards de nairas d’investissements bloqués par les anciens budgets

Au Nigeria, environ 15 500 milliards de nairas prévus pour de nouveaux investissements en 2026 n’auraient encore reçu aucun décaissement, alors que l’exercice entre dans son dernier trimestre. Un responsable du Budget Office cité par Vanguard anticipe déjà un nouveau report.

Publié le à · Mis à jour le
Nigeria : 15 500 milliards de nairas d’investissements bloqués par les anciens budgets
Publicité
4 min de lecture
Lire en anglais
Google NewsCommenter

Le budget fédéral promulgué le 17 avril s’élève à 68 320 milliards de nairas, dont 32 200 milliards pour les dépenses d’investissement. Selon les données réunies par Vanguard, environ 16 800 milliards de cette enveloppe correspondent encore à des engagements hérités de 2024 et 2025, laissant près de 15 500 milliards pour les nouveaux projets de 2026.

Ce chevauchement devait pourtant disparaître cette année. En décembre 2025, Bola Tinubu avait promis que toutes les obligations d’investissement antérieures seraient financées et clôturées au 31 mars, avant le retour à un budget unique à partir d’avril. Le Parlement a ensuite prolongé une nouvelle fois la composante d’investissement du budget 2025 jusqu’au 30 septembre.

Le retard ne repose pas uniquement sur les calculs de Vanguard. Le Centre for Social Justice affirmait le 9 septembre qu’aucun fonds n’avait encore été libéré pour le budget fédéral d’investissement 2026 et que la plupart des ministères et agences avaient reçu moins de la moitié des ressources nécessaires pour solder les projets reportés de 2025.

Publicité

Les tensions sont déjà visibles dans plusieurs ministères. En février, le ministre de la Santé, Muhammad Ali Pate, avait indiqué que son département n’avait reçu que 36 millions de nairas sur 218 milliards prévus pour les investissements 2025. Vanguard rapporte également que, pour huit ministères examinés lors des auditions budgétaires, les décaissements recensés atteignaient 9,13 milliards de nairas sur 1 218 milliards inscrits.

La promesse d’un budget unique bute sur les engagements anciens

Le problème dépasse le simple retard administratif. Tant que les projets des exercices précédents absorbent la trésorerie disponible, l’État doit arbitrer entre achever des engagements déjà contractés et ouvrir de nouveaux chantiers. Dans le budget 2026, les 16 800 milliards de nairas hérités des années antérieures représentent un peu plus de la moitié de l’enveloppe d’investissement citée par Vanguard.

Cette situation réduit la portée économique du chiffre de 32 200 milliards de nairas affiché dans la loi de finances. Sur le papier, l’investissement représente près de la moitié des dépenses fédérales. Dans l’exécution, une partie importante de cette enveloppe sert d’abord à apurer des obligations anciennes, tandis que les nouveaux projets attendent des décaissements.

Publicité

Le problème est déjà ancien. Lors de la présentation du budget 2026, Tinubu avait reconnu que seulement 3 100 milliards de nairas, soit 17,7 % du budget d’investissement 2025, avaient été libérés à la fin du troisième trimestre de cette année-là. La réforme annoncée pour 2026 devait précisément empêcher que ce décalage ne se reproduise.

La composante d’investissement 2025 a pourtant déjà obtenu trois prolongations successives, d’abord jusqu’au 31 mars 2026, puis au 30 juin et enfin au 30 septembre. Chaque extension maintient juridiquement les anciens crédits en vie, mais repousse aussi le moment où les administrations peuvent concentrer leurs procédures et leur trésorerie sur les nouveaux projets.

Le budget 2026 consacre en parallèle 15 800 milliards de nairas au service de la dette. Ces paiements obéissent à des échéances contractuelles, alors que les investissements peuvent être décalés par la procédure budgétaire, ce qui expose davantage les dépenses en capital lorsque la trésorerie disponible ne suffit pas à couvrir simultanément tous les engagements.

Publicité

Les nouveaux projets deviennent la variable d’ajustement de la trésorerie

Les retards touchent directement les infrastructures et les programmes qui dépendent d’un financement public initial. Le cas de la Santé montre qu’un faible décaissement peut aussi bloquer des financements extérieurs lorsque l’État doit verser une contrepartie avant de mobiliser l’argent d’un partenaire.

Le gouvernement avait pourtant présenté le budget 2026 comme un instrument de relance par l’investissement. Le ministère des Finances expliquait en février que l’« investment budgeting » devait accélérer les infrastructures, soutenir la croissance et faire du budget un outil d’exécution économique plutôt qu’un simple document comptable.

Le décalage entre cette ambition et les décaissements devient donc central. Si la composante nouvelle de l’investissement reste sans financement jusqu’à la fin de l’année, les projets 2026 entreront à leur tour dans le stock des engagements à reporter, avec des coûts supplémentaires liés aux retards, aux révisions de prix et aux calendriers de passation.

Publicité

La loi d’extension actuellement en vigueur laisse aux ministères et agences jusqu’au 30 septembre 2026 pour achever l’exécution de la composante d’investissement du budget 2025. À cette date, le gouvernement devra soit solder les engagements restants, soit prolonger encore leur durée, alors que les crédits nouveaux de 2026 attendent toujours leur mise en œuvre.

Publicité

Articles liés

Commentaires

Les commentaires se chargent lorsque vous arrivez ici.