Éthiopie : le parti d’Abiy remporte 90 % des sièges, sept groupes armés s’allient

Sept groupes armés éthiopiens, dont le TPLF, les Fano et l’OLA, ont annoncé le 20 septembre une alliance visant à écarter le gouvernement d’Abiy Ahmed et à mettre en place une administration de transition.

Christian Mbeumo
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Éthiopie : le parti d’Abiy remporte 90 % des sièges, sept groupes armés s’allient
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La coalition réunit aussi l’Ogaden National Liberation Front, l’Afar Revolutionary Democratic Unity Front, le Benishangul People’s Liberation Movement et le Gumuz People’s Democratic Movement. Le chef fano Zemene Kassie doit la présider, selon les responsables cités lors de l’annonce.

Le rapprochement survient trois mois après les législatives de juin. Le Prosperity Party d’Abiy Ahmed a remporté 438 sièges, environ 90 % de ceux dont les résultats avaient été annoncés, alors que 274 suffisaient pour la majorité absolue. Le vote n’a toutefois pas eu lieu au Tigré et a été interrompu ou annulé dans plusieurs circonscriptions d’Amhara et d’Oromia pour des raisons de sécurité.

La crise du Tigré s’était déjà aggravée avant la naissance de l’alliance. En janvier, l’Union africaine avait appelé les parties à préserver l’accord de cessation des hostilités signé à Pretoria en novembre 2022. En mai, le TPLF a restauré l’ancienne administration régionale, une décision que Washington a ensuite citée parmi les actes menaçant le processus de paix. En juillet, le parti tigréen a déclaré l’accord de Pretoria « effectivement mort ».

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Les combats n’ont pas disparu ailleurs. Les forces fédérales affrontent l’Oromo Liberation Army en Oromia et les milices Fano en Amhara. Lors des élections de juin, 143 bureaux de vote n’avaient pas ouvert pour des raisons de sécurité. L’avis de voyage américain actualisé fin août classe le Tigré et l’Amhara parmi les zones à ne pas visiter en raison des conflits armés.

Une alliance peut multiplier les fronts sans créer une armée unique

Le principal changement tient à la géographie. Jusqu’ici, le pouvoir fédéral gérait des foyers distincts, avec le Tigré au nord, les Fano en Amhara et l’OLA en Oromia. Une coordination réelle entre ces forces pourrait obliger l’armée à répartir davantage ses hommes, ses drones, sa logistique et son renseignement sur plusieurs théâtres au même moment.

Cette pression ne signifie pas que les sept organisations disposent d’une capacité militaire comparable. Le TPLF, les Fano et l’OLA possèdent l’expérience de combats prolongés contre les forces fédérales, alors que plusieurs partenaires plus petits ont une implantation et des moyens plus limités. Le spécialiste Kjetil Tronvoll estime qu’une coordination militaire pourrait imposer quatre à cinq fronts au gouvernement, tout en soulignant l’avantage d’Addis-Abeba dans l’emploi des drones.

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Le défi ne se mesure pas seulement au nombre de combattants. Les Fano ont déjà réussi à tenir ou contester des zones rurales en Amhara, tandis que l’OLA impose depuis plusieurs années une présence armée dans des parties d’Oromia. Pour les forces fédérales, des opérations simultanées dans plusieurs régions augmenteraient le coût des rotations, de la surveillance aérienne, de la sécurisation des routes et du maintien d’administrations locales fonctionnelles.

Le contraste avec les élections de juin est donc central. Le Prosperity Party domine très largement le Parlement, mais cette majorité a été obtenue dans un scrutin qui n’a pas couvert tout le territoire. L’absence de vote au Tigré et dans certaines zones d’Amhara montre que la force institutionnelle du pouvoir ne correspond pas partout à une maîtrise politique et sécuritaire équivalente.

Les ennemis d’hier restent séparés par des contentieux profonds

L’alliance rassemble aussi des acteurs qui se sont combattus ou opposés directement. Les Fano avaient soutenu les forces fédérales contre le TPLF pendant la guerre du Tigré entre 2020 et 2022. Les nationalistes amhara et les autorités tigréennes continuent en outre de revendiquer des territoires disputés dans l’ouest du Tigré, ce qui rend toute coopération durable plus complexe qu’un simple accord contre Abiy Ahmed.

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Le rapprochement formalise ainsi une convergence tactique sans régler les causes des conflits précédents. La guerre du Tigré avait précisément recomposé les alliances entre Addis-Abeba, les forces amhara et l’Érythrée, avant que ces relations ne se dégradent. Le nouveau front anti-gouvernemental associe maintenant des acteurs qui n’ont pas la même lecture du fédéralisme, des frontières régionales ni du partage du pouvoir.

Les objectifs politiques ne sont pas davantage identiques. Le TPLF cherche à restaurer son influence au Tigré, l’OLA porte une contestation enracinée en Oromia et les autres groupes défendent des intérêts régionaux distincts. Leur déclaration commune prévoit une administration de transition, une charte et un dialogue national, mais elle ne détaille ni le partage du pouvoir, ni le règlement des litiges territoriaux, ni une chaîne de commandement militaire commune.

Au 21 septembre, aucune opération conjointe ni aucun calendrier militaire n’avaient été annoncés par l’alliance. Le gouvernement fédéral n’avait pas non plus rendu publique de réponse officielle à sa création.

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