Niger : drones, armée, terrorisme… Tiani s’envole pour Ankara chez Erdogan ce mercredi 03 juin

Le général Abdourahamane Tiani est attendu à Ankara du 3 au 5 juin 2026 pour une visite officielle auprès de Recep Tayyip Erdogan. Au cœur de ce déplacement, la consolidation du partenariat sécuritaire entre le Niger et la Turquie, désormais centré sur les drones, la formation militaire et la lutte contre le terrorisme dans un Sahel en pleine recomposition stratégique.

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Niger : drones, armée, terrorisme… Tiani s’envole pour Ankara chez Erdogan ce mercredi 03 juin
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Le général Abdourahamane Tiani effectuera du 3 au 5 juin 2026 une visite officielle en Turquie, à l’invitation du président Recep Tayyip Erdogan, selon une annonce de la présidence nigérienne. L’agenda prévoit un tête-à-tête entre les deux chefs d’État, des travaux officiels entre délégations et des entretiens portant sur la sécurité régionale, la lutte contre le terrorisme, le développement économique et la coopération bilatérale. La visite intervient le lendemain de la rencontre de Tiani avec le président béninois Romuald Wadagni à Niamey.

La relation Turquie-Niger s’est considérablement approfondie depuis le coup d’État du 26 juillet 2023. Après la rupture des accords de défense avec la France et les États-Unis, le CNSP s’est tourné vers de nouveaux partenaires, au premier rang desquels Ankara. La coopération sécuritaire turco-nigérienne est désormais portée, selon Pravda Niger, au plus haut niveau des deux États. En octobre 2025, Tiani et Erdogan avaient eu un entretien téléphonique au cours duquel ils avaient réaffirmé la dynamique bilatérale. En janvier 2026, l’ambassadeur turc à Niamey, Ozgur Cinar, avait été reçu par Tiani pour faire le point sur la coopération sécuritaire.

Cette coopération repose sur un socle matériel déjà en place : six drones Bayraktar TB2 ont été livrés au Niger le 22 mai 2022, en première tranche d’un contrat signé en novembre 2021 incluant également des avions légers et des véhicules blindés. Des formateurs militaires turcs sont présents au Niger pour accompagner l’utilisation de ces systèmes. La société militaire privée turque SADAT, active dans plusieurs pays sahéliens dont le Mali et le Niger, opère en parallèle avec l’agence de renseignement turc MIT.

La Turquie comme partenaire alternatif de premier plan au Sahel

La visite de Tiani à Ankara s’inscrit dans un mouvement plus large de réorientation stratégique de l’AES vers des partenaires non occidentaux. La Turquie occupe une position particulière dans ce paysage : membre de l’OTAN, elle dispose des capacités militaires normalisées de l’Alliance, mais elle conduit sa politique extérieure de façon autonome, sans les conditionnalités politiques attachées aux partenariats occidentaux. Cette configuration lui permet de nouer des accords militaires sophistiqués avec des régimes auxquels les États-Unis ou les pays européens ne peuvent légalement ou politiquement vendre des armes.

Baykar, le fabricant du Bayraktar TB2, compte désormais parmi ses clients africains l’Angola, le Burkina Faso, Djibouti, l’Éthiopie, le Kenya, le Mali, le Maroc, le Niger, le Nigeria, la Somalie, le Togo et la Tunisie, selon l’Africa Defense Forum. En janvier 2026, Erdogan avait reçu à Ankara le président nigérian Tinubu pour signer un Protocole de coopération militaire permettant à des experts turcs de former les forces spéciales nigérianes et de partager du renseignement satellitaire pour les opérations antiterroristes. Le même mois, il avait reçu le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed.

Une puissance montante sur le continent

Pour Ankara, la visite de Tiani s’inscrit dans une stratégie africaine cohérente qui mêle diplomatie de défense, investissements dans les infrastructures et présence culturelle via les réseaux scolaires liés à l’idéologie des Frères musulmans. La Turquie est passée de 12 ambassades en Afrique en 2009 à 44 en 2025 – un déploiement diplomatique sans précédent. Elle se positionne comme alternative crédible tant à l’influence française et américaine déclinante au Sahel qu’à la présence russe via Wagner, dans un contexte où les pays de l’AES cherchent à diversifier leurs partenariats sans dépendre d’un seul acteur externe.

La visite de Tiani arrive trois jours après la réception de Wadagni à Niamey et le départ pour la Turquie. Cette séquence – accueillir le président béninois le 2 juin, partir pour Ankara le 3 – illustre la capacité de Tiani à mener simultanément une politique d’apaisement régional sur certains fronts et un approfondissement des partenariats militaires alternatifs sur d’autres.

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