Bénin – Niger : Romuald Wadagni accueilli en grande pompe par Abdourahamane Tiani à Niamey
Romuald Wadagni a été accueilli mardi à Niamey par Abdourahamane Tiani pour une visite officielle à forte portée diplomatique. Première rencontre de ce niveau entre le Bénin et le Niger depuis le coup d’État de juillet 2023, ce déplacement ouvre une séquence décisive autour de la réouverture de la frontière, du pipeline Niger-Bénin, de la coopération sécuritaire et de la normalisation entre Cotonou et Niamey.

Le président béninois Romuald Wadagni est arrivé mardi 2 juin à l’aéroport international de Niamey pour une visite officielle, accueilli par son homologue nigérien Abdourahamane Tiani en personne. Les autorités nigériennes ont déployé un protocole de premier ordre pour marquer l’événement : les principaux responsables politico-administratifs du Niger s’étaient rassemblés au pavillon présidentiel dès la matinée, et les artères reliant l’aéroport au centre de la capitale ont été pavoisées aux couleurs des drapeaux nigérien et béninois côte à côte. C’est la première rencontre officielle entre un chef d’État béninois et les autorités nigériennes depuis le coup d’État du 26 juillet 2023.
La nature de l’accueil dit quelque chose que les mots ne disent pas encore. Le pavoisement des avenues et la présence de Tiani lui-même sur le tarmac constituent, dans la grammaire du protocole sahélien, un signal de considération maximale. Pendant trois ans, le général nigérien avait refusé tout contact officiel avec Cotonou. Il avait accusé le président Talon de complicité dans des tentatives de déstabilisation, expulsé des diplomates béninois, fermé la frontière terrestre en juillet 2023 – toujours close à l’heure actuelle -, et accusé Talon, Macron et Ouattara d’avoir soutenu l’attaque jihadiste de l’État islamique contre la Base Aérienne 101 en janvier 2026. Accueillir Wadagni comme il l’a fait ce mardi représente une inversion spectaculaire de posture.
Des séances de travail conjointes sont prévues dans la journée entre les deux chefs d’État. Aucun ordre du jour officiel n’avait été rendu public avant la tenue de ces entretiens. Selon des sources proches de la présidence béninoise, quatre dossiers sont au coeur des discussions : la coopération sécuritaire, la réouverture de la frontière terrestre à Malanville, le fonctionnement du corridor d’exportation pétrolière Niger-Bénin, et la normalisation diplomatique complète.
Les attentes des deux côtés
Pour Niamey, l’enjeu central est économique. Le Niger enclavé, depuis son départ de la CEDEAO en janvier 2025, n’a plus d’accès garanti aux marchés côtiers de la sous-région. Le pipeline Niger-Bénin, long de 1 980 kilomètres, relie les champs pétroliers d’Agadem au terminal de Sèmè-Kpodji, à l’est de Cotonou – le seul débouché atlantique viable à court terme. L’accord signé le 18 mai entre Niamey et la CNPC pour la reprise des exportations pétrolières ne peut produire ses effets que si les relations avec Cotonou sont suffisamment stabilisées pour garantir le passage du pipeline. Selon des sources proches des négociations, Niamey pourrait proposer un calendrier de réouverture progressive de la frontière, en échange d’engagements béninois sur la question des forces spéciales françaises stationnées dans le pays.
Pour Cotonou, l’enjeu est triple : rouvrir un corridor commercial vital pour le port autonome de Cotonou et les exportateurs du nord du Bénin, rétablir une coopération sécuritaire transfrontalière dans les zones d’Alibori et d’Atacora exposées aux infiltrations jihadistes, et normaliser des relations diplomatiques dont la dégradation avait endommagé l’image du Bénin dans la sous-région.
Ouagadougou dans l’après-midi
Après Niamey, Wadagni doit se rendre dans l’après-midi à Ouagadougou pour rencontrer le capitaine Ibrahim Traoré. La séquence Tiani-Traoré dans la même journée – après le Nigeria hier, avec le Togo et la Côte d’Ivoire encore à venir dans les prochains jours – confirme que la tournée sous-régionale de Wadagni est pensée comme un tout, et non comme une série de gestes isolés. Parler à Tiani et Traoré dans la même journée, en évitant que l’un soit reçu avant l’autre dans un ordre qui pourrait créer une hiérarchie symbolique, relève d’un calcul diplomatique délibéré.
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