Niger : Abdourahamane Tiani intensifie ses critiques contre la France, le Bénin et la Côte d’Ivoire

Dans un entretien fleuve accordé à la télévision nationale ce 12 février 2026, le Président de la République du Niger, Général de Brigade Abdourahamane Tiani, s’est exprimé sur l’ensemble des grands dossiers de la nation. De la tournée nationale historique d’octobre-novembre 2025 aux défis sécuritaires, en passant par les questions économiques, diplomatiques et la vision pour l’avenir du pays et de la Confédération des États du Sahel (AES), Abdourahamane Tiani a livré un discours sans concession, marqué par une volonté affirmée de souveraineté et d’indépendance.

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Niger : Abdourahamane Tiani intensifie ses critiques contre la France, le Bénin et la Côte d’Ivoire
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Dans un entretien fleuve accordé à la télévision nationale ce 12 février 2026, le Président de la République du Niger, Général de Brigade Abdourahamane Tiani, s’est exprimé sur l’ensemble des grands dossiers de la nation. De la tournée nationale historique d’octobre-novembre 2025 aux défis sécuritaires, en passant par les questions économiques, diplomatiques et la vision pour l’avenir du pays et de la Confédération des États du Sahel (AES), Abdourahamane Tiani a livré un discours sans concession, marqué par une volonté affirmée de souveraineté et d’indépendance.

D’abord, Abdourahamane Tiani est revenu en détail sur la tournée effectuée entre octobre et novembre 2025, qui l’a conduit aux quatre coins du pays. Cette tournée, menée en deux phases, avait pour objectif de mesurer « le degré d’adhésion et de prise de conscience de l’ensemble des Nigériens par rapport aux défis qui nous sont opposés ».

De Tillabéri à Zinder, en passant par Dosso, Tahoua, Agadez et Maradi, le chef de l’État a parcouru 4 083 kilomètres, de jour comme de nuit, sans qu’aucun incident ne soit enregistré. « Nous sommes arrivés à certains endroits à minuit, 1h30 du matin, et nous avons trouvé des foules immenses », a-t-il souligné, avant d’ajouter : « Le peuple nigérien est sorti et il nous a transmis un message. Le peuple nigérien est debout. Le peuple nigérien est plus que jamais déterminé à poursuivre le combat de la dignité, le combat de la souveraineté. »

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Au cours de cette tournée, Abdourahamane Tiani a également recensé les préoccupations des populations locales. À Dosso, il s’est engagé sur la création d’une grande raffinerie et d’un complexe pétrochimique. À Tahoua, il a promis un hôpital de référence. À Assamaka, il a pris la décision immédiate de créer un collège pour permettre aux élèves de poursuivre leur scolarité sans avoir à parcourir 374 kilomètres.

L’attaque de l’aéroport, un acte commandité

L’attaque de l’aéroport international Diori Hamani et de la base aérienne 101, survenue dans la nuit du 28 au 29 janvier 2026, a été au cœur de l’entretien. Pour Abdourahamane Tiani « cette attaque s’inscrit dans un agenda de déstabilisation maladive orchestré par Emmanuel Macron et les forces françaises. » Selon le chef de l’État nigérien, les préparatifs de cette attaque ont été suivis depuis avril 2025. « Du 15 au 19 juillet 2025, cinq agents français se sont réunis à Yablé pour planifier cette attaque. L’objectif était de détruire nos capacités aériennes », a-t-il révélé, ajoutant que l’attaque a coûté 300 millions de FCFA aux sponsors.

Abdourahamane Tiani a insisté sur le professionnalisme des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) nigériennes : « En moins de 20 minutes, nos forces ont repris le contrôle et ont engagé les mercenaires, les détruisant dans la profondeur. » Il a également dénoncé la complicité de certains pays de la sous-région, sans les nommer explicitement dans un premier temps, avant de citer le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Nigéria.

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Aussi, l’ordonnance n°42 du 26 décembre 2025 portant mobilisation générale a suscité de nombreuses interrogations. Abdourahamane Tiani a tenu à clarifier que « la mobilisation générale est l’aptitude du peuple nigérien, avec toutes ses composantes, à basculer d’un temps de paix à un temps de guerre. C’est cette capacité de basculer en structure organisée, chacun sachant ce qu’il doit faire. »

En utilisant une métaphore du quotidien, Abdourahamane Tiani a comparé cette préparation au mois de Ramadan : « Vous attendez le premier jour pour commencer à assurer votre réserve de sucre ? Non. Vous préparez. C’est ça la mobilisation générale. » Il a ajouté : « Nous savons l’ampleur des défis, la détermination des sponsors à nous mettre à genoux, quitte à nous éliminer physiquement. Les jours à venir seront particulièrement difficiles. »

Gouvernance : rigueur et transparence

Face aux critiques sur le train de vie de l’État, Abdourahamane Tiani a opposé des chiffres concrets. « En 2022, la présidence de la République avait un budget de 220 milliards de FCFA. Aujourd’hui, nous sommes à 60 milliards. » Il a également révélé avoir supprimé près de 7 000 postes de conseillers et avoir plafonné les salaires des directeurs généraux.

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Sur les nominations et révocations, Abdourahamane Tiani a défendu une approche pragmatique : « Nous nommons après avoir vérifié les CV à travers trois structures : la gendarmerie nationale, la sécurité d’État et la police judiciaire. Nous observons l’exécution. Si les objectifs ne sont pas atteints, nous n’hésitons pas à démettre. » Concernant les changements fréquents au ministère du Pétrole et à la Direction générale des Douanes, il a insisté : « C’est l’intérêt national qui guide nos actions, pas le sentiment ni la familiarité. »

Abdourahamane Tiani a également brossé un tableau encourageant de l’économie nigérienne. « Nous avons une croissance de 6,9 %, un taux d’inflation maîtrisé à moins 4,4 %, et une dette publique à 43,2 % du PIB, bien en dessous du seuil d’alerte de 70 %. » Il a également souligné l’augmentation des recettes fiscales : « Nous sommes passés de 883 milliards à 1 113 milliards de FCFA, soit une hausse de 32,5 %. »

Sur le plan industriel, le bilan est également positif. Depuis juillet 2023, 92 unités industrielles ont été agréées, dont 64 en 2025. Ces projets ont généré des investissements de 787 milliards de FCFA et créé plus de 4 400 emplois. « L’État a consenti 140 milliards en exonérations fiscales pour accompagner ces entreprises », a précisé Abdourahamane Tiani.

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L’autosuffisance alimentaire et uranium

L’une des grandes réussites du régime, selon Abdourahamane Tiani, reste la politique de grande irrigation. « Nous avons réhabilité plus de 1 000 hectares et aménagé 8 000 hectares de sites nouveaux. L’objectif était d’atteindre l’autosuffisance alimentaire en cinq ans. Nous l’avons fait en deux ans. » Et les résultats sont tangibles sur les marchés. « Vous avez un sac de 25 kg de riz à 8 000 FCFA. Nous sommes loin des 20 000 FCFA qu’on nous avait infligés pendant l’embargo », s’est-il félicité. Le chef de l’État a également annoncé l’identification de 81 nouveaux sites d’aménagement hydro-agricole, dont 4 000 hectares sont en cours d’étude.

Sur la question de l’uranium, Abdourahamane Tiani a livré un long développement historique, remontant à la découverte du minerai en 1959. « Quand nous sommes arrivés le 26 juillet 2023, nous avons trouvé 156 231 tonnes d’uranium. La part qui revient aux Français est de 63,4 %. Pourtant, ils réclament la paternité de plusieurs milliers de tonnes. »

Il a dénoncé les manœuvres françaises pour saboter la production : « Ils ont retiré leur personnel, déconnecté les serveurs, arrêté tout investissement. Nous avons investi 24 milliards de FCFA pour continuer la production. » Le chef de l’État a affirmé : « L’uranium est nigérien et restera nigérien inchallah. »

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Concernant le pétrole, Abdourahamane Tiani a appelé les opérateurs économiques nigériens à s’organiser. « Nous avons des réserves à Bilma, au bloc 5, 6 et 7. Si des Nigériens s’organisent et s’entendent avec la SONIDEP, le premier baril sortira en 2026. C’est le financement qui pose problème, pas les réserves. »

Relations avec les voisins : accusations graves

Abdourahamane Tiani n’a pas épargné certains pays voisins. Concernant le Bénin, il a accusé Patrice Talon de complicité avec la France. « Le Bénin héberge des bases de déstabilisation. Ils ont commandé des drones qui ont été distribués aux terroristes. Les forces spéciales françaises expulsées de notre territoire se sont retrouvées au Bénin la même semaine. »

Il a également révélé des détails sur un prétendu financement des terroristes : « En décembre 2024, Patrice Talon a versé 90 millions de FCFA dans le cadre d’un montant global de 300 millions destiné aux terroristes opérant dans le W et la Pendjari. Le 31 décembre, le contrat est arrivé à terme. Le 8 janvier, il y a eu une attaque qui a fait une dizaine de morts. »

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Au sujet du Nigéria, Abdourahamane Tiani a mis en garde les autorités d’Abuja contre leur collaboration avec la France. « Du 2 au 3 janvier 2026, une équipe d’agents français a organisé une rencontre dans le Zanfara avec les terroristes pour reprendre les hostilités contre le Niger. Quand tu mets un scorpion dans ta bouche, il faut savoir où garder ta langue. »

Enfin, concernant la Côte d’Ivoire, Abdourahamane Tiani a rappelé le sacrifice des soldats nigériens pendant la crise ivoirienne. « J’ai fait des opérations à l’intérieur de la Côte d’Ivoire de 2004 à 2006. Les Nigériens ont sécurisé Ouattara à l’hôtel du Golf. Aujourd’hui, c’est ce même pays qui conspire contre nous. » Il a ensuite livré une série de dates et de lieux de rencontres présumées entre responsables français, ivoiriens et béninois.

La Confédération AES : « Nous n’avons peur de personne »

Face aux questions sur l’avenir de la Confédération des États du Sahel, Abdourahamane Tiani s’est montré catégorique. « La Confédération n’a peur de personne ni de rien. Toute décision qui mérite d’être prise, la Confédération la prendra. » Il a balayé d’un revers de main les interrogations sur la monnaie : « Poser cette question suppose une méconnaissance totale de notre détermination. » Sur les négociations avec la CEDEAO, il a été tout aussi direct. « La CEDEAO ne voudra jamais de négociations sincères parce qu’il y a toujours des génies qui leur font croire qu’un de nous va tomber. Mais c’est méconnaître le peuple de la Confédération. Ce retour est irréversible. »

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Il a rappelé les réalisations de l’AES en 15 mois à savoir l’opérationnalisation de la force unifiée de 6 000 hommes, la création de la Banque d’investissement, les organes de presse communs. « En moins de deux ans, nous avons accompli cette prouesse de mettre en place une force qui va ramener la paix sur l’ensemble de notre espace. »

Dans un moment fort de l’entretien, Abdourahamane Tiani a aussi livré une véritable leçon d’histoire sur le Niger et ses peuples. Remontant au Paléolithique supérieur, il a rappelé que des traces humaines vieilles de 2 à 3 millions d’années ont été retrouvées au Niger. « Il y a 10 000 ans, il y avait déjà une vie organisée sur notre territoire. En France, la première organisation sociale remonte à 481. Le Niger n’est pas un petit pays. »

Il a ensuite détaillé l’histoire des grands royaumes et empires qui se sont succédé sur le territoire nigérien : le Kanem-Bornou (784-1900), le plus long règne connu au monde en dehors de l’Égypte ; le Damagaram, le Gobir, l’Aïr, le Katsina, le Maouri, l’Ader, et bien d’autres. « Nous sommes un peuple ancien. Nous ne sommes pas n’importe qui et n’importe qui ne peut pas nous piétiner. »

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Ce rappel historique avait un objectif de renforcer l’unité nationale. « Aujourd’hui, je défie quiconque de citer ses dix grands-pères sans trouver un croisement. Il n’y a pas un peuple sur ce territoire qui n’a pas vécu au moins 300 ans de vie commune avec les autres. Certains c’est 2 000, 3 000 ou 4 000 ans. Comment pouvez-vous dire que vous êtes le meilleur ? »

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