Mayotte : les Congolais de la RDC deviennent les premiers demandeurs d’asile

À Mayotte, département français de l’océan Indien, un basculement majeur s’opère dans les flux migratoires. Selon des données récentes, les ressortissants de la République démocratique du Congo (RDC) sont devenus, en 2024 et 2025, la première nationalité parmi les primo-demandeurs d’asile, dépassant pour la première fois les Comoriens, historiquement majoritaires.

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Mayotte : les Congolais de la RDC deviennent les premiers demandeurs d’asile
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À Mayotte, département français de l’océan Indien, un basculement majeur s’opère dans les flux migratoires. Selon des données récentes, les ressortissants de la République démocratique du Congo (RDC) sont devenus, en 2024 et 2025, la première nationalité parmi les primo-demandeurs d’asile, dépassant pour la première fois les Comoriens, historiquement majoritaires.

Cette évolution traduit un changement profond des dynamiques migratoires dans cette île déjà confrontée à une forte pression démographique et sociale.

En 2024, sur 2 463 premières demandes d’asile enregistrées à Mayotte, 52 % provenaient de ressortissants congolais de RDC, contre 25 % seulement de Comoriens. L’année suivante, la tendance s’est confirmée : en 2025, près de 800 demandes émanaient de ressortissants de la région des Grands Lacs (RDC, Burundi et Rwanda), représentant plus de la moitié des requêtes déposées sur l’île.

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Ces chiffres marquent une rupture avec les années précédentes, où les migrations comoriennes dominaient largement les statistiques de l’asile à Mayotte.

Pourquoi les Congolais fuient-ils vers Mayotte ?

La principale cause de cet exode est la dégradation persistante de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Depuis fin 2021, la reprise et l’intensification des combats impliquant le groupe armé M23, ainsi que d’autres milices, ont entraîné des déplacements massifs de populations, des violences ciblées et une crise humanitaire durable.

Pour de nombreux Congolais, Mayotte apparaît comme un refuge accessible, car territoire français offrant la possibilité de solliciter l’asile dans un cadre juridique européen, tout en étant perçue comme moins dangereuse que les routes migratoires vers la Méditerranée.

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Le parcours jusqu’à Mayotte est cependant long, coûteux et risqué. La plupart des migrants quittent l’est de la RDC par voie terrestre vers la Tanzanie, avant de poursuivre leur route vers les Comores, notamment l’île d’Anjouan. De là, ils tentent la traversée maritime finale d’environ 70 kilomètres vers Mayotte à bord de kwassa-kwassa, des embarcations de fortune souvent surchargées.

Ce trajet est facilité par des réseaux de passeurs, parfois bien structurés, qui exploitent la détresse des migrants. Quelques itinéraires alternatifs existent, notamment via Madagascar, mais l’axe RDC–Tanzanie–Comores–Mayotte demeure le plus emprunté ces dernières années.

Des conditions de vie extrêmement précaires

À leur arrivée, de nombreux demandeurs d’asile congolais vivent dans des conditions très difficiles. Des camps de fortune se sont formés, notamment à Tsoundzou 2, près de Mamoudzou. Les familles y survivent sous des bâches en plastique, avec un accès limité à l’eau potable, à la nourriture et aux sanitaires.

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Les délais de traitement aggravent cette précarité. L’enregistrement initial des demandes d’asile peut prendre plusieurs mois, en raison de la saturation des services et de tensions locales autour de l’immigration. Durant cette période, les demandeurs n’ont souvent ni hébergement stable ni ressources régulières.

Les taux précis d’acceptation des demandes congolaises à Mayotte ne sont pas systématiquement publiés. Toutefois, des données antérieures indiquaient qu’environ 48 % des demandes congolaises avaient abouti favorablement en 2022, un taux relativement élevé comparé à d’autres nationalités.

Les dossiers sont instruits par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). En raison de la saturation du dispositif d’accueil — avec environ 550 places d’hébergement pour plus de 4 000 demandeurs annuels —, même les personnes reconnues réfugiées peuvent se retrouver sans solution de logement, prolongeant leur vulnérabilité.

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