Mauritanie : militaires maliens prétendument détenus, récit d’une évasion simulée
Après une série d’échanges publics tendus, Bamako et Nouakchott ont choisi d’apaiser les tensions et annoncent désormais leur volonté d’approfondir la « coopération bilatérale ». La Mauritanie a même proposé d’accueillir une commission d’enquête — malienne ou de l’Autorité de l’espace sahélo-saharien — après que le Mali eut affirmé, le dimanche 16 mars 2026, que deux soldats maliens retenus avaient réussi à s’évader, dans la nuit du 13 au 14 mars 2026, d’un camp de réfugiés situé en Mauritanie. Nouakchott a qualifié ces accusations d’infondées et dépourvues de preuves.

Selon une enquête publiée le 18 mars 2026, les deux militaires n’auraient en réalité pas fui depuis le territoire mauritanien : ils étaient détenus sur le sol malien par le groupe jihadiste JNIM et auraient été rendus à leurs familles après paiement d’une rançon. Le récit officiel de l’évasion apparaît donc, d’après ces éléments, comme construit artificiellement.
Les détenus avaient été enlevés en octobre 2025 et se trouvaient dans la forêt du Wagadou, côté malien, à environ trente kilomètres de la frontière mauritanienne, entre les puits désignés localement Mahmudene et Mahmoud Moulana. Cette zone boisée est connue pour servir de base arrière aux groupes armés depuis une quinzaine d’années.
Des sources sécuritaires des deux pays et des autorités locales consultées expliquent que les soldats n’ont pas vaincu leurs ravisseurs : ceux-ci auraient négocié leur remise en liberté via des médiateurs, contre une somme d’argent versée par les familles des otages.
Une rançon évaluée entre 5 et 15 millions de francs CFA
Les modalités financières diffèrent selon les interlocuteurs : certains évoquent un montant global de 5 millions de francs CFA couvrant la libération des deux soldats et celle du préfet de Dioïla, lui aussi libéré durant la même opération. D’autres sources font état d’une somme totale proche de 15 millions, répartie en 9 millions pour le JNIM et 6 millions destinés aux intermédiaires locaux.
Le communiqué diffusé par l’armée malienne affirmait pourtant que les deux militaires et le préfet de Dioïla s’étaient tous échappés simultanément, depuis des secteurs différents — une coïncidence et une performance qui ont suscité les doutes d’observateurs et d’experts.
Selon le récit recueilli, la mise en scène aurait consisté à amener les deux soldats près de L’Mahale, à proximité du poste frontière de Fassala côté mauritanien, lieu fréquenté par de nombreux réfugiés maliens mais dépourvu d’un camp officiel. Là, un intermédiaire à moto les aurait pris en charge pour les remettre aux forces maliennes, lesquelles indiquent les avoir finalement pris en charge à Goundam, dans la région de Tombouctou.
Les sollicitations adressées à l’état-major malien et au ministère des Affaires étrangères du Mali sont, à ce jour, restées sans réponse.
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