Maroc : menace de fermeture du marché sénégalais de Casablanca
Le marché de la solidarité africaine, surnommé « Souk Sénégal » ou « Africa Town », accolé à la muraille de l’ancienne médina de Casablanca, est menacé de disparition à mesure qu’avancent les démolitions du projet d’urbanisme de l’Avenue Royale, relancé en vue de la Coupe du monde 2030.

Le marché reste debout pour l’instant, à deux pas de Bab Marrakech, mais les pelleteuses opèrent à quelques dizaines de mètres, selon le constat dressé par l’hebdomadaire Maroc Hebdo dans son édition du 1er mai. Les quartiers voisins de Nazzala, Mouha Ousaïd, Derb Haddawi, Al-Funduq et Derb Khalifa ont été rasés ces dernières semaines, et les engins évacuent désormais les décombres.
Le marché de Bab Marrakech, mitoyen, a lui été intégralement démoli depuis janvier 2025. Ses commerçants ont été transférés dans un site provisoire, rue Boucraa, à proximité de la mosquée Hassan II, en attendant la reconstruction d’un nouveau souk sur deux niveaux avec parking souterrain.
Un projet d’urbanisme vieux de 35 ans
L’Avenue Royale est un projet de percée urbaine annoncé dès la fin des années 1980, censé relier la mosquée Hassan II au centre-ville de Casablanca sur un parc urbain d’environ 47 hectares. Doté d’un budget total de deux milliards de dirhams (environ 200 millions d’euros), il prévoit l’achèvement des travaux à l’horizon 2029-2030.
Le chantier suppose le relogement d’environ 16 000 familles et le déplacement d’environ 2 500 commerçants. La société publique Casablanca Iskane et Équipements, qui a succédé à la SONADAC, pilote l’opération avec la Caisse de dépôt et de gestion. Trois appels d’offres lancés en mars 2026 portent sur la démolition de 15 000 constructions, principalement des baraques de bidonvilles, pour un coût global de 20,7 millions de dirhams.
Selon un recensement officiel mené début 2024, plus de 1 730 habitations menaçant ruine étaient recensées sur le tracé. Les modalités d’indemnisation diffèrent entre habitants et commerçants. Les premiers bénéficient d’un relogement dans le quartier Ennassim ou en périphérie (Mohammedia, Sidi Maârouf, Errahma) avec un apport personnel de 70 000 à 100 000 dirhams. Les commerçants reçoivent une compensation financière sans relogement automatique dans une nouvelle boutique, selon les témoignages recueillis sur place.
Un projet de réhabilitation gelé
Un projet spécifique de rénovation du « Souk Sénégal » avait pourtant été engagé en 2022, avec une première phase de travaux financée par une aide de 200 000 dollars promise par le Fonds mondial des villes, qui relève du Conseil des maires pour la migration. L’institution avait confirmé son soutien en marge de la COP27.
Le conseil de la commune de Casablanca a toutefois gelé en 2024 la programmation de cette aide complémentaire, après l’avoir d’abord approuvée en février, suscitant l’incompréhension de plusieurs élus de l’arrondissement de Sidi Belyout, sur lequel est implanté le marché. Le projet de réhabilitation est resté en suspens depuis.
Un commerce subsaharien structuré depuis vingt ans
Le marché s’est développé à partir des années 2000 sur des étals abandonnés par les marchands ambulants marocains. Les commerçants subsahariens, principalement sénégalais à l’origine, exercent leurs activités au titre des accords bilatéraux entre le Maroc et le Sénégal qui leur reconnaissent le droit de commercer comme les nationaux.
Le marché regroupe aujourd’hui des commerces tenus par des Sénégalais, Ivoiriens, Guinéens, Nigériens, Camerounais, Béninois et Marocains, et est alimenté par un réseau logistique de cars reliant Dakar à Casablanca via Nouakchott. Restaurants, salons de coiffure, boutiques de cosmétiques, vente de produits alimentaires importés (attiéké, bissap, poisson fumé, pâte d’arachide, wax) y servent une clientèle communautaire mais aussi marocaine et touristique.
Les commerçants du marché n’ont à ce jour pas reçu communication officielle d’un calendrier de démolition ni d’un plan de relogement spécifique, selon les éléments recueillis par les médias marocains.
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