Madagascar : de nombreux mineurs placés en détention préventive faute de moyens
Un séminaire national axé sur la justice des mineurs s’est tenu pendant trois jours à Antananarivo. Y ont participé des magistrats, des responsables du ministère de la Justice et des représentants d’associations engagées auprès des jeunes.

Les chiffres officiels présentés lors des travaux montrent qu’environ un tiers des mineurs renvoyés devant les tribunaux ou attendant un procès se retrouvent en détention. Or, la Convention internationale des droits de l’enfant, ratifiée par Madagascar, considère l’emprisonnement comme une solution de dernier recours.
Les intervenants ont pointé plusieurs freins à l’application de peines alternatives. En première ligne : le manque de professionnels — travailleurs sociaux, éducateurs, psychologues — capables d’accompagner les jeunes hors de l’enfermement et de suivre les mesures non privatives de liberté.
La loi malgache prévoit pourtant d’autres réponses (liberté surveillée, travaux d’intérêt général…), mais sur le terrain ces options peinent à s’imposer, notamment dans des régions comme Boeny, Diana, Sava et Analamanga où la mise en détention demeure encore majoritaire.
Près d’un millier de mineurs détenus en attente de jugement
Les autorités estiment qu’environ 1 000 adolescents, âgés de 13 à 18 ans, sont aujourd’hui privés de liberté à Madagascar, pour la plupart à titre provisoire en attendant leur jugement. Des acteurs associatifs rappellent que des alternatives existent légalement mais restent insuffisamment mobilisées.
Selon des responsables d’ONG, transformer la prise en charge des jeunes passe par un suivi éducatif et psychologique durable : accompagnement individualisé, travail avec les familles, insertion sociale et scolaire — des approches qui, affirment-ils, réduisent davantage la récidive que l’enfermement.
Du côté du ministère de la Justice, la magistrate référente pour l’enfance a indiqué que 33 % des enfants en conflit avec la loi sont placés en détention au niveau national, un taux qui, selon elle, a toutefois connu une baisse marquée au cours des deux dernières années.
La principale difficulté citée par les juges pour prescrire des mesures alternatives reste la disponibilité d’éducateurs et de travailleurs sociaux : sans ces ressources humaines affectées aux tribunaux, la liberté surveillée ou d’autres peines non privatives de liberté restent difficiles à mettre en œuvre. Le ministère vise à déployer du personnel dans l’ensemble des juridictions, mais ce déploiement prendra du temps.
Par ailleurs, certaines magistrates présentes au séminaire ont souligné un facteur supplémentaire : la crainte, pour un juge, d’être accusé de corruption pousse parfois à opter pour la détention plutôt que pour des solutions alternatives perçues comme plus risquées sur le plan de l’image ou du contrôle.
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