Madagascar : cinq membres de la Gen Z arrêtés, la société civile dénonce un recul des droits civils

Quatre jeunes membres du mouvement Gen Z ont été appréhendés dans des conditions controversées dimanche 12 avril à Antananarivo, provoquant une vive émotion au sein de l’opinion. Parmi les interpellés figure Herizo Andriamanantena, personnalité emblématique du collectif, qui avait appelé à une manifestation le vendredi précédent.

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Madagascar : cinq membres de la Gen Z arrêtés, la société civile dénonce un recul des droits civils
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Les quatre personnes ont d’abord été placées en garde à vue à la Brigade criminelle d’Anosy avant qu’un jugement de mise en détention provisoire ne soit prononcé. Deux d’entre elles ont recouvré la liberté dans la soirée d’hier, mais le principal animateur du mouvement reste, lui, sous le coup d’une détention.

Les autorités reprochent aux mis en cause des faits qualifiés notamment d’atteinte à la sûreté de l’État, d’association de malfaiteurs et de trouble à l’ordre public. En droit malgache, le chef d’« atteinte à la sûreté de l’État » peut entraîner une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison.

La manifestation de vendredi, qui a rassemblé une petite centaine de personnes selon plusieurs témoins, visait à dénoncer ce que les protestataires qualifient de pratiques mafieuses et à réclamer la dissolution de certaines institutions, dont l’Assemblée nationale.

Des méthodes « arbitraires » et des atteintes aux libertés

Maître Maromanana Aliarivelo, avocat de plusieurs prévenus, assure que l’absence d’autorisation de la manifestation est l’argument principal retenu par les poursuites. « Ils sont poursuivis parce que la manifestation n’aurait pas été autorisée », explique-t-il en substance, tout en contestant la procédure.

Le conseil signale par ailleurs des allégations de violences lors des interpellations. L’un des jeunes, selon son avocat, aurait été arrêté vers 23 h par des individus cagoulés et présente des traces de blessures, dont un hématome à l’œil. Une demande d’examen médical a été formulée pour constater ces lésions.

Sur le plan procédural, la défense évoque des manquements. Elle affirme ne pas avoir été informée que des auditions avaient eu lieu dès le samedi soir et déclare envisager de soulever ces éléments devant le tribunal lors de l’instruction du dossier.

Une source proche de l’enquête parle même d’« enlèvements », assurant que plusieurs jeunes auraient été embarqués dans des véhicules aux vitres teintées par des militaires qui, selon elle, n’étaient pas habilités à procéder à ces arrestations.

Le député Antoine Rajerison, qui a joué un rôle important dans les mobilisations populaires l’an dernier, a fustigé ces pratiques. Il a rappelé que la Constitution garantit le droit de manifester et le droit d’expression, et mis en garde contre une atmosphère répressive qui pourrait exacerber les tensions.

Interrogée sur l’affaire, la Présidence malgache a renvoyé la responsabilité au pouvoir judiciaire, affirmant respecter le principe de séparation des pouvoirs et n’entendant pas s’immiscer dans le traitement du dossier.

Mardi soir, un vaste collectif d’acteurs de la société civile — au nombre de 69, selon leurs représentants, et comprenant notamment le collectif ROHY ainsi que l’antenne locale de Transparency International — a publié une déclaration condamnant ce qu’il qualifie d’arrestations arbitraires et s’inquiétant d’un recul des engagements pris en matière de droits civils et politiques.

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