Le Togo, l’épine dans le pied de la CEDEAO ?
Le fossé semble se creuser de plus en plus au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) entre les différents membres. Un sommet de l’institution sous-régionale, censé clôturer ses cinquantenaires et qui devait se tenir au Togo, à Lomé, la capitale, a été annulé. Officiellement, les raisons de cette décision n’ont pas été dévoilées, mais plusieurs sources estiment qu’elle est due à un contexte politique tendu, tant à l’intérieur du Togo que dans l’espace CEDEAO au sens large.

Le fossé semble se creuser de plus en plus au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) entre les différents membres. Un sommet de l’institution sous-régionale, censé clôturer ses cinquantenaires et qui devait se tenir au Togo, à Lomé, la capitale, a été annulé. Officiellement, les raisons de cette décision n’ont pas été dévoilées, mais plusieurs sources estiment qu’elle est due à un contexte politique tendu, tant à l’intérieur du Togo que dans l’espace CEDEAO au sens large.
Selon l’analyste politique Rodrigue Ahego sur Tout TV Africa, l’annulation du sommet de la CEDEAO prévu au Togo en 2026 n’est pas un simple ajustement d’agenda, mais le symptôme d’une organisation en pleine crise existentielle. Après plusieurs reports successifs, cette décision met en lumière les fractures profondes qui fragilisent aujourd’hui l’unité ouest-africaine.
On peut, dans un premier temps, évoquer un isolement diplomatique croissant. Le Togo semble traverser une période de désamour avec ses voisins immédiats. Les relations se sont refroidies pour plusieurs raisons. D’abord, des tensions de voisinage : des points de friction majeurs existent avec le Ghana, dont les nouvelles autorités ont rompu avec les pratiques de l’ancien régime, ainsi qu’avec la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Nigeria.
Il y a aussi des accusations graves. Lomé a été cité pour avoir offert une protection à un putschiste fugitif après le coup d’État manqué du 7 décembre 2027 au Bénin, une accusation que les autorités togolaises n’ont jamais démentie. Il y a également cette affaire sensible portant sur l’extradition de Paul-Henry Sandaogo Damiba, qui a été très mal perçue par plusieurs États de la sous-région.
Le Togo est désormais considéré comme l’épine dans le pied de la CEDEAO, car au-delà des querelles bilatérales, c’est le rôle même de Faure Gnassingbé au sein de l’organisation qui pose question. On lui reproche un jeu trouble visant à défier l’autorité de la CEDEAO, notamment en lien avec le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger.
De plus, le contexte intérieur togolais pèse lourdement. Le passage à la Ve République et l’organisation d’un sommet à Lomé auraient été perçus comme un cautionnement d’un coup d’État constitutionnel opéré par le régime, en contradiction directe avec le protocole additionnel de la CEDEAO.
Le refus de l’alternance constitue également un point de crispation. Alors que la société civile pousse pour une limitation stricte des mandats des chefs d’État et de gouvernement, le Togo est perçu comme le mauvais élève qui freine cette évolution démocratique jugée nécessaire.
Enfin, on peut parler d’une organisation au carrefour de son destin. La CEDEAO se trouve aujourd’hui à un tournant historique : entre la nécessité de se réformer pour renaître ou le risque de périr sous le diktat d’un syndicat de chefs d’État. L’institution a donc choisi la prudence. Organiser une rencontre de haut niveau dans un climat aussi délétère au Togo aurait pu porter un coup fatal à une organisation déjà fragilisée. La délocalisation préalable de la rencontre des parlementaires de la CEDEAO était déjà un signe avant-coureur de ce désaveu.
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