Le 321e rapport de l’International Crisis Group porte sur le Jnim et son expansion au Sahel

Le 20 février 2026, l’International Crisis Group a mis en ligne son 321e rapport consacré à l’Afrique, centré sur le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) et les enjeux de son éventuelle progression au-delà du Sahel.

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Le 321e rapport de l’International Crisis Group porte sur le Jnim et son expansion au Sahel
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Le 20 février 2026, l’International Crisis Group a mis en ligne son 321e rapport consacré à l’Afrique, centré sur le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) et les enjeux de son éventuelle progression au-delà du Sahel.

À l’origine, ce mouvement était ancré dans une logique strictement régionale : rassembler des combattants pour repousser les forces françaises et leurs alliés présents au Sahel. Né en mars 2017 et d’abord cantonné au nord du Mali et du Burkina Faso, le Jnim s’est néanmoins implanté rapidement, étendant son influence sur de larges zones au Mali, au Burkina Faso et au Niger, perturbant des axes routiers majeurs et assiégeant plusieurs villes.

La capitale malienne, Bamako, figure parmi les agglomérations durement touchées : depuis septembre 2025, elle doit composer avec des pénuries de carburant liées à l’insécurité et aux difficultés logistiques. Les autorités burkinabè ont, pour leur part, relevé le niveau d’alerte après la désignation d’un vétéran jihadiste mauritanien, Abou Hamza Al‑Chinguetti, chargé d’ordonner des actions contre des centres urbains du pays.

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Niamey, encore marqué par l’attaque complexe menée contre son aéroport dans la nuit du 28 au 29 janvier 2026 et attribuée au groupe État islamique, ressent aussi la menace aux abords de la ville. Face à ces succès militaires et tactiques, l’inquiétude gagne désormais les États côtiers du golfe de Guinée, voisins du Sahel central.

Origines, leadership et trajectoire du Jnim

Le Jnim est né de la fusion de plusieurs formations jihadistes qui, avant l’arrivée au pouvoir des juntes, avaient déjà posé les jalons de ce que serait l’Alliance pour l’Entraide et le Soutien (AÉS). Ses fondateurs sont principalement maliens, parmi lesquels Iyad Ag Ghaly et Amadou Koufa tiennent une place prépondérante. Le groupe burkinabè Ansarul Islam, animé par Malam Dicko et actif dans la zone du Soum, se revendique également comme l’un des membres fondateurs, même si, après l’opération conjointe franco‑burkinabè « Panga » d’avril 2017, il a connu un repli et n’occupe à ce jour aucun siège au sein de la shura centrale du Jnim.

Conçu initialement pour pousser les forces françaises et la mission onusienne Minusma hors du Sahel, le Jnim a su tirer parti d’un contexte politique inédit : les coups d’État successifs entre 2020 et 2023 ont affaibli les États et permis à l’organisation de consolider et d’étendre son emprise, là où ses adversaires avaient espéré la contenir.

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Dans son rapport, l’ICG souligne que franchir la barrière géographique qui sépare le Sahel des littoraux du golfe de Guinée n’apparaît pas comme une évidence stratégique pour le Jnim. Une avancée trop rapide risquerait d’accroître les tensions internes et d’entraîner une fragmentation, scénarios que le groupe a jusqu’ici évités, contrairement à d’autres mouvements jihadistes comme AQMI ou Boko Haram.

Pourtant, la question de l’extension demeure centrale : des chefs locaux, qui perçoivent des intérêts immédiats dans l’expansion, défient parfois les directives du centre. L’exemple du Bénin est ici cité par l’ICG : malgré les consignes supposées d’Iyad Ag Ghaly, des cellules affiliées au Jnim y ont été impliquées, en l’espace de trois ans, dans plus de 600 incidents ayant causé près de 700 décès — une violence que des responsables régionaux, dont Ousmane Dicko au Burkina, présentent comme des représailles aux pressions exercées contre leurs combattants.

Face à cette dynamique, l’International Crisis Group avance trois recommandations pratiques : renforcer la collecte et l’analyse du renseignement pour mieux décrypter les dynamiques politiques locales et cartographier les risques ; privilégier le déploiement de forces de sécurité intérieure aux frontières plutôt que des unités militaires lourdes, qui peuvent alimenter les fragilités sur lesquelles prospèrent les groupes armés ; et enfin, privilégier des démarches coordonnées d’apaisement et de compromis avec certains acteurs armés, plutôt que des approches concurrentes entre États voisins.

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