Investiture à Cotonou : « On aura un président qui n’en sera pas un » selon Bertin Koovi
La décision d’organiser l’investiture du président élu Romuald Wadagni à Cotonou le 24 mai prochain, une première dans l’histoire démocratique du Bénin depuis 1990, continue de susciter une vive polémique. Pour Dr Bertin Koovi, la question dépasse largement le cadre constitutionnel.

Reçu dans la rubrique Interview Matinale sur Guérita TV Monde, Dr Bertin Koovi, acteur politique, a déclaré qu’investir le nouveau président élu à Cotonou plutôt qu’à Porto-Novo le prive de la solennité de son élection. Tout en déplorant cette rupture des traditions républicaines, l’acteur politique interviewé par Latifath Kowenou lance un appel aux sages et aux anciens présidents d’institutions du pays.
« Prêter serment, ce n’est pas seulement un acte constitutionnel. C’est d’abord un acte spirituel », a d’emblée posé l’acteur politique. Selon lui, c’est à Porto-Novo que « les manes de nos ancêtres et même les dieux attendent le nouveau président ». Il rappelle notaemment que depuis le premier président de la République du Bénin, toutes les investitures se sont tenues dans la capitale politique. Une tradition ininterrompue qu’il estime ne pas pouvoir être rompue impunément.
Dr Koovi va plus loin en avertissant sur les conséquences d’une telle décision : « Il sera président sur le plan constitutionnel, c’est sûr. Mais sur le plan spirituel, il lui manque quelque chose. » Et de conclure sur une formule qui a fait réagir son interlocutrice : « On aura un président qui n’en sera pas un. »
Les justifications officielles jugées insuffisantes
L’acteur politique balaie sans ménagement les motifs avancés pour expliquer la délocalisation, notamment les travaux de réfection en cours à Porto-Novo. « Le président Talon est un homme tellement organisé qu’il ne se laisse jamais surprendre par quoi que ce soit. On savait bien qu’on allait prêter serment le 24, mais qu’est-ce qui urge pour lancer ces travaux-là ? Ça ne tient pas la route. »
Il écarte également l’argument lié à la rénovation du bâtiment abritant un buste de Charles de Gaulle, rappelant que « ce n’est pas Charles de Gaulle qui compte, c’est la terre de Porto-Novo », et qu’il existe au parlement des espaces suffisants pour accueillir la cérémonie, même en comité restreint.
Portant ensuite sa casquette d’acteur politique, Dr Koovi laisse entendre que des considérations non avouées pourraient être à l’œuvre. « Nous autres hommes politiques, nous avons toujours un agenda caché derrière, et c’est ça qu’on ne nous dit pas réellement », a-t-il glissé, sans développer davantage.
Il souligne par ailleurs que Romuald Wadagni, élu avec 94 % des suffrages et un taux de participation de 64 %, dispose d’une légitimité populaire exceptionnelle qui rend d’autant plus regrettable, selon lui, toute atteinte à la solennité de son investiture. « C’est un taux soviétique qu’on n’a jamais eu », a-t-il relevé en précisant que même le président sortant Patrice Talon n’avait pas atteint un tel score.
Un appel aux sages de la République
En guise de sortie, Dr Koovi formule une proposition concrète. Celle que l’acte formel de prestation de serment soit accompli à Porto-Novo, devant le parlement, fût-ce en présence d’une centaine de personnes seulement, avant que les festivités se tiennent à Cotonou. « L’acte de prêter serment ne demande pas qu’on ait beaucoup de monde. C’est l’acte spirituel qui va prendre le pouvoir. Après ça, on vient faire la fête à Cotonou. »
Il interpelle nommément les figures tutélaires de la vie politique béninoise — Adrien Houngbédji, Karim da Sylva, les familles Azonbakin et Batoko — ainsi que les anciens présidents d’institutions, les exhortant à prendre la parole sur une question qu’il juge « sensible et préjudiciable ». « Il y a des sages dans ce pays. Ils devraient tous ensemble dire non. », a t-il indiqué.
Interrogé sur l’investiture prévue en l’absence des membres du Sénat, dont l’installation n’est pas encore effective, Dr Koovi a botté en touche, estimant que cette question est secondaire au regard de l’enjeu principal : le lieu de la cérémonie.



