Frontière fermée avec le Bénin : le Niger a perdu 117 milliards de FCFA de recettes publiques
Pendant près de trois ans, la fermeture de la frontière terrestre avec le Bénin a bouleversé les échanges commerciaux du Niger. Si le pays a trouvé des solutions alternatives pour assurer son approvisionnement, celles-ci ont eu un coût. Selon le Fonds monétaire international (FMI), cette situation s’est traduite par un manque à gagner de 117 milliards de francs CFA pour les finances publiques nigériennes en 2024.

117 milliards de francs CFA. C’est le montant que le Niger n’a pas réussi à mobiliser dans ses recettes publiques à fin septembre 2024, selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI). Les recettes de l’État se sont établies à 656,1 milliards de francs CFA, contre 773,1 milliards initialement attendus, soit un écart représentant environ 1 % du produit intérieur brut (PIB) du pays, a rapporté Jeune Afrique.
Pour le FMI, cette baisse est en grande partie liée aux effets de la fermeture de la frontière terrestre avec le Bénin. L’arrêt des échanges sur cet axe commercial a réduit les recettes issues des droits de douane, de la TVA sur les importations et des autres taxes prélevées sur le commerce extérieur.
Avant la crise diplomatique de 2023, le Niger dépendait largement du corridor Cotonou-Malanville-Niamey pour son commerce international. Entre 70 % et 80 % de ses importations transitaient par le port autonome de Cotonou, considéré comme la principale porte d’entrée des marchandises destinées à ce pays enclavé.
Avec la fermeture de la frontière, les opérateurs économiques ont été contraints de revoir leurs circuits d’approvisionnement. Une partie du trafic a été redirigée vers les ports de Lomé, au Togo, et de Lagos, au Nigeria. Si ces itinéraires ont permis d’éviter une rupture des importations, ils se sont révélés plus coûteux et parfois moins performants. Les délais de livraison se sont allongés et les charges logistiques ont augmenté pour les entreprises.
Le secteur pétrolier a, quant à lui, continué de soutenir l’économie nigérienne. Les exportations de brut par l’oléoduc reliant Agadem au terminal de Sèmè-Kpodji, au Bénin, n’ont pas été interrompues malgré les tensions diplomatiques. En 2025, elles ont rapporté plus de 1 140 milliards de francs CFA. Toutefois, le projet reste en deçà de ses objectifs de production, en raison des tensions entre les autorités nigériennes et la compagnie chinoise CNPC, mais aussi des attaques répétées visant l’oléoduc.
La fermeture de la frontière a également compliqué l’acheminement de certains équipements destinés au développement du champ pétrolier d’Agadem. Des matériels qui arrivaient autrefois par le port de Cotonou ont dû emprunter d’autres itinéraires, voire être transportés par voie aérienne, augmentant les coûts pour les exploitants.
Malgré une hausse des recettes douanières en 2025, celles-ci restent inférieures aux attentes des autorités. Elles ont atteint 187 milliards de francs CFA, contre 144,4 milliards un an plus tôt, mais demeurent en dessous de l’objectif fixé à 223 milliards.
Alors que Cotonou et Niamey se sont accordés sur le principe d’une réouverture prochaine de leur frontière terrestre, les acteurs économiques espèrent que cette normalisation permettra de fluidifier les échanges, de réduire les coûts logistiques et de redonner un nouvel élan au commerce entre les deux pays. Pour le Niger, l’enjeu est également de retrouver un niveau de recettes fiscales plus conforme à son potentiel économique.
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