En fin de mission au Bénin, l’ambassadeur américain Brian Shukan dresse son bilan et fait ses adieux

En fin de mission après près de quatre années passées à la tête de la représentation américaine à Cotonou, l’ambassadeur des États-Unis au Bénin, Brian Shukan, a rencontré la presse le 10 février 2026. L’occasion pour le diplomate de dresser un bilan détaillé de la coopération bilatérale, d’analyser les transformations du Bénin sur trois décennies et de tracer les perspectives des relations entre Washington et Cotonou.

Paul Arnaud DEGUENONVoir tous ses articles
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En fin de mission au Bénin, l’ambassadeur américain Brian Shukan dresse son bilan et fait ses adieux
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En fin de mission après près de quatre années passées à la tête de la représentation américaine à Cotonou, l’ambassadeur des États-Unis au Bénin, Brian Shukan, a rencontré la presse le 10 février 2026. L’occasion pour le diplomate de dresser un bilan détaillé de la coopération bilatérale, d’analyser les transformations du Bénin sur trois décennies et de tracer les perspectives des relations entre Washington et Cotonou.

Arrivé en mai 2022, Brian Shukan affirme avoir supervisé une intensification significative du partenariat sécuritaire entre les deux pays. Selon lui, plus de 30 millions de dollars d’assistance ont été mobilisés au profit des forces de défense et de sécurité béninoises.

Ces financements ont permis des dons d’équipements militaires et policiers, ainsi que la mise en œuvre de programmes de formation au profit des Forces armées béninoises, de la Police républicaine, de l’Administration pénitentiaire et du ministère de la Justice. Un centre de formation pour les policiers a notamment été achevé durant son mandat.

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L’ambassadeur insiste sur un point central que « c’est le Bénin qui dirige cette lutte. Ce n’est pas à un pays étranger de le faire. » Pour lui, l’appui américain vise avant tout à renforcer les capacités nationales dans un esprit de souveraineté et de partenariat.

Sur le plan institutionnel, la coopération a également évolué avec l’installation d’un bureau de coopération militaire directement à l’ambassade des États-Unis à Cotonou, désormais dirigé par un officier américain. Auparavant, la gestion de ces dossiers relevait de l’ambassade américaine à Accra, au Ghana. Un responsable dédié à la coordination des programmes de lutte contre le terrorisme est également basé à Cotonou.

Face à la menace des groupes extrémistes dans la sous-région, Brian Shukan plaide pour une approche régionale et intégrée. « Ce n’est pas un problème qui peut être résolu seulement avec les armements », souligne-t-il, évoquant la nécessité d’agir également sur les vulnérabilités sociales, notamment dans les zones marginalisées du nord du pays.

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Santé, infrastructures et développement économique

Au-delà de la sécurité, la mission américaine a poursuivi son engagement dans les secteurs sociaux et économiques. Plus de 3 000 relais communautaires sont aujourd’hui soutenus à travers des programmes américains dans le domaine de la santé, notamment pour la vaccination, la santé maternelle et la lutte contre le paludisme.

Malgré la fermeture de la mission locale de l’USAID dans le cadre d’une réorganisation décidée à Washington, l’ambassadeur assure que plus de 50 millions de dollars de programmes sanitaires continuent d’être mis en œuvre au Bénin.

La coopération s’étend également aux infrastructures. Le Millennium Challenge Corporation (MCC) a contribué à l’amélioration du réseau électrique béninois à travers un précédent compact dédié à l’énergie. Un nouveau programme régional axé sur le transport prévoit notamment la réhabilitation du corridor Bohicon–Dassa, ainsi que des réformes visant à renforcer la sécurité routière.

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Le Corps de la Paix demeure actif, avec 32 volontaires actuellement déployés dans les secteurs de l’agriculture, de l’éducation et de la santé. Depuis 1968, près de 2 500 volontaires américains ont servi au Bénin.

Un regard de témoin privilégié

La particularité de Brian Shukan tient à sa connaissance ancienne du pays. Diplomate au Bénin en 1996, il a été témoin de l’élection présidentielle de cette année-là, quelques années après la Conférence nationale. « Être témoin des débuts d’une nouvelle démocratie m’a profondément marqué », confie-t-il.

Trente ans plus tard, il observe une transformation structurelle notable. Le Bénin, autrefois principalement exportateur de produits bruts, s’oriente désormais vers la transformation locale et la création de valeur ajoutée. Il cite notamment la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) et les avancées dans les filières coton et textile.

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Pour le diplomate, cette orientation stratégique vers l’industrialisation et la transformation constitue un levier essentiel pour la création d’emplois et la consolidation de la croissance.

Commerce, visas et dialogue politique

Sur le plan économique, Brian Shukan appelle à un approfondissement des échanges commerciaux entre les deux pays. « Il y a beaucoup plus de choses que nous pouvons faire pour ouvrir le commerce », estime-t-il.

Interrogé sur les restrictions de visas et les nouvelles politiques migratoires américaines, l’ambassadeur rappelle que chaque État dispose d’un droit souverain de protéger ses frontières. Il évoque des taux élevés de dépassement de séjour pour certains types de visas — plus de 12 % pour les visas touristiques et plus de 36 % pour les visas étudiants — justifiant, selon lui, les ajustements en cours. Un dialogue est engagé avec les autorités béninoises pour renforcer la coopération en matière migratoire.

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Sur le plan politique, Brian Shukan réaffirme l’attachement des États-Unis aux principes démocratiques, notamment la liberté d’expression et de la presse, tout en soulignant le respect de la souveraineté béninoise. « Nous restons disponibles pour accompagner le gouvernement du Bénin dans un esprit de partenariat, de respect mutuel et de coopération constructive », conclut-il.

Un attachement personnel au Bénin

Au-delà des chiffres et des programmes, l’ambassadeur quitte Cotonou avec un attachement personnel au pays. Cycliste passionné, il dit avoir parcouru plusieurs milliers de kilomètres à travers le territoire. Il se réjouit également des progrès de la Fédération béninoise de cyclisme, dont des athlètes ont concouru aux États-Unis pour la première fois durant son mandat.

« Le Bénin est un pays très spécial pour ma famille et moi », confie-t-il. Conscient des défis sécuritaires et socio-économiques à relever, Brian Shukan assure qu’il restera « un fervent soutien du Bénin » après son départ.

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