Église du Christianisme Céleste : quarante ans après Oschoffa, la succession qui divise toujours
Soixante-dix-huit ans après sa fondation à Porto-Novo, l’Église du Christianisme Céleste (ECC) traverse l’une des périodes les plus délicates de son histoire. Depuis la mort de son fondateur, le prophète Samuel Bilehou Joseph Oschoffa, en 1985, la question de la succession spirituelle n’a jamais été clairement tranchée. Une faille originelle qui continue de fragiliser l’unité de cette Église née d’une révélation divine et aujourd’hui présente sur plusieurs continents.

Soixante-dix-huit ans après sa fondation à Porto-Novo, l’Église du Christianisme Céleste (ECC) traverse l’une des périodes les plus délicates de son histoire. Depuis la mort de son fondateur, le prophète Samuel Bilehou Joseph Oschoffa, en 1985, la question de la succession spirituelle n’a jamais été clairement tranchée. Une faille originelle qui continue de fragiliser l’unité de cette Église née d’une révélation divine et aujourd’hui présente sur plusieurs continents.
Le prophète Oschoffa, figure charismatique et mystique, fonde l’Église du Christianisme Céleste en 1947 après une révélation spirituelle survenue lors d’une éclipse solaire. Son autorité repose moins sur des structures administratives que sur une reconnaissance spirituelle car, visions, miracles, guérisons et discipline religieuse façonnent l’identité de l’ECC. Durant près de quarante ans, le fondateur incarne à lui seul l’autorité suprême, sans jamais instituer un mécanisme universel et consensuel de succession.
À sa mort, le 10 septembre 1985 à Imèko, au Nigeria, l’Église se retrouve face à une question cruciale. Comment transmettre une autorité fondée sur la révélation du Saint-Esprit ? La « Constitution Bleue », document de référence de l’ECC, existe, mais son interprétation varie selon les courants. Très vite, les divergences apparaissent, ouvrant la voie à une fragmentation progressive de l’Église.
Une succession bloquée, des divisions durables
Depuis plus de trois décennies, l’ECC fonctionne sans direction unanimement reconnue. Plusieurs branches émergent, chacune revendiquant une légitimité spirituelle, doctrinale ou historique. Cette absence d’arbitrage clair plonge de nombreux fidèles dans la confusion, affaiblit la gouvernance de l’Église et nourrit des rivalités parfois ouvertes entre responsables religieux.
En janvier 2023, la crise franchit un cap institutionnel au Bénin lorsque des cadres de l’ECC saisissent la Cour constitutionnelle. Ils dénoncent des modifications unilatérales des textes fondamentaux et une gestion contestée des biens de l’Église. Si la Cour estime que ces différends relèvent du domaine confessionnel interne, elle met néamoins en lumière un « état de désorganisation » préjudiciable aux fidèles et à la paix sociale.
Aussi, la question successorale se complique davantage avec l’implication des fils biologiques du prophète fondateur. Contrairement à d’autres traditions religieuses, la filiation familiale ne suffit pas à conférer une autorité spirituelle automatique au sein de l’ECC. Pourtant, leurs positions et décisions ont un poids symbolique considérable.
Emmanuel Mobiyina Friday Oschoffa, basé à Imèko et membre du Sacré Collège, est aujourd’hui l’un des leaders les plus visibles. Début 2026, il exclut le pasteur Justin Akha, représentant ivoirien du Conseil Supérieur de Transition (CST), ravivant les tensions internes, notamment en Côte d’Ivoire.
À l’inverse, Olatosho Mathieu Oschoffa, autre fils du fondateur et représentant du Nigeria au sein du CST, choisit de se retirer. Le 28 janvier 2026, il démissionne en invoquant des « raisons de conscience », sa fidélité à la Constitution Bleue et aux enseignements du Saint-Esprit. Dans sa lettre, il exprime son malaise face à l’absence du vénérable S. O. Banjo, dernier survivant des rédacteurs originels des textes fondateurs, et craint que le processus de transition ne s’éloigne de l’esprit du prophète.
Ces divergences familiales démontrent une réalité plus large que même au sein de la lignée du fondateur, la succession spirituelle reste une question ouverte et profondément sensible.
Le CST, tentative de réparer une succession manquée
Face à l’enlisement de la crise, l’État béninois décide d’intervenir comme médiateur. Sous l’égide du président Patrice Talon, des rencontres inédites sont organisées à Cotonou à partir de février 2025, réunissant des dignitaires de l’ECC venus du Bénin, du Nigeria, de la Côte d’Ivoire et du Togo. Ces discussions débouchent sur la création du Conseil Supérieur de Transition (CST), officiellement installé le 26 avril 2025 pour une durée de douze mois.
Composé de quinze membres, le CST est chargé de relire les textes fondateurs, d’uniformiser les rites, de restructurer l’administration de l’Église et de préparer l’émergence d’une gouvernance unifiée. Pour ses promoteurs, il s’agit d’une chance historique de refermer la parenthèse des divisions. Pour ses détracteurs, le CST incarne au contraire le risque d’une institutionnalisation excessive d’une Église fondée sur la révélation divine.
Dès sa mise en place, le CST fait face à de vives critiques, notamment en Côte d’Ivoire. Les jeunesses célestes, menées par le vénérable Douho Donald, dénoncent la composition du Conseil, l’exclusion de figures influentes et le choix de Cotonou comme siège de la transition, au détriment de sites historiques comme Porto-Novo ou Imèko. Certains redoutent que le processus en cours ne « plante une autre Église », éloignée de celle instituée par le prophète Oschoffa.
Des contestations qui traduisent une méfiance persistante envers toute tentative de réforme qui ne réglerait pas clairement la question centrale de qui détient, aujourd’hui, l’autorité spirituelle suprême au sein de l’ECC.
Une crise révélatrice d’un défi plus large
Le 2 février 2026, le Saint-Siège de l’Église du Christianisme Céleste, basé à Porto-Novo, publie un communiqué appelant à la retenue, au dialogue et à la prière. Il salue les efforts du CST et rappelle son attachement aux résolutions des États généraux de décembre 2024, censées ouvrir la voie à une gouvernance mondiale harmonisée puis exhorte les responsables à privilégier l’intérêt supérieur de l’Église.
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