Crise sans précédent à la CPI: le procureur général Karim Khan officiellement destitué
La Cour pénale internationale (CPI) fait face à la crise institutionnelle la plus grave de son histoire. Réunis en session extraordinaire au siège des Nations unies à New York, les États parties au Statut de Rome ont relevé de ses fonctions le procureur général Karim Khan.

Cette décision historique survient après des accusations d’agressions et de harcèlement sexuel formulées par une avocate malaisienne de son équipe.
En poste depuis 2021, le magistrat britannique avait déjà été suspendu en juin dernier dans l’attente des conclusions politiques. Cette éviction définitive constitue un séisme pour la justice internationale, intervenant alors que le procureur figurait au cœur d’une vive tempête géopolitique.
Origine des accusations et motifs de la décision
L’affaire a éclaté en octobre 2024 et a progressivement paralysé le sommet du parquet de La Haye. Bien que Karim Khan ait fermement contesté les faits et se soit mis temporairement en retrait pour préparer sa défense, la pression institutionnelle est devenue intenable.
Pour plusieurs États membres, son maintien risquait d’entacher la crédibilité et l’autorité morale d’une juridiction censée incarner le plus haut niveau d’intégrité face aux crimes internationaux les plus graves. L’assemblée extraordinaire des États parties a estimé que les conditions de confiance nécessaires à la poursuite de son mandat de neuf ans n’étaient plus réunies.
La défense dénonce des manœuvres politiques et des pressions internationales
Du côté des conseils de l’ex-procureur, la lecture des évènements diffère radicalement. Ses avocats soutiennent que les rapports d’enquête internes ne contiennent aucun élément probant étayant les accusations et dénoncent une manœuvre politique visant à écarter un procureur devenu gênant.
Durant son mandat, Karim Khan s’était attiré les foudres de plusieurs superpuissances à travers des décisions marquantes :
En mars 2023, il émettait un mandat d’arrêt contre le président russe Vladimir Poutine pour l’expulsion illégale d’enfants ukrainiens.
En mai 2024, il demandait et obtenait des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité dans la bande de Gaza.
Ces initiatives avaient provoqué de vives répliques diplomatiques, allant jusqu’à des sanctions financières directes imposées par l’administration américaine contre Karim Khan et des cadres de son bureau.
Un avenir incertain pour la juridiction de La Haye
Cette destitution intervient dans un contexte particulièrement fragile pour la Cour. Quelques heures plus tôt, le Venezuela officialisait son retrait de la CPI, emboîtant le pas aux pays de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) qui accusent l’institution de partialité.
Désormais privé de son procureur en chef, le bureau du parquet doit organiser une direction par intérim. L’interrogation majeure au sein des chancelleries internationales repose sur la ligne que tiendra son successeur concernant les dossiers sensibles liés à Gaza et à l’Ukraine, ou si la Cour s’orientera vers un repli diplomatique pour préserver sa propre stabilité
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