Coton au Bénin : les microalgues, une piste verte pour restaurer les sols et améliorer les rendements
Des recherches menées à l’Université Mohammed VI Polytechnique du Maroc mettent en évidence le potentiel des microalgues dans la fabrication de biostimulants, de biofertilisants et de produits de biocontrôle. Pour le Bénin, ces solutions pourraient contribuer à restaurer les sols cotonniers, renforcer la résistance des plants aux aléas climatiques et réduire progressivement la dépendance aux intrants chimiques. Leur déploiement nécessiterait toutefois des essais adaptés aux conditions agricoles nationales.

Le Bénin pourrait s’appuyer sur la biotechnologie des microalgues pour rendre sa production cotonnière plus durable. Cette perspective a été présentée le 14 juillet 2026 au cours d’un webinaire réunissant des journalistes béninois et des chercheurs de l’Université Mohammed VI Polytechnique, au Maroc.
Le professeur Hicham El Harroussi y a exposé les applications agricoles développées à partir de ces organismes microscopiques capables de transformer le dioxyde de carbone en biomasse grâce à la lumière. Les recherches conduites par l’UM6P ont notamment débouché sur des biostimulants, des biofertilisants et des produits de biocontrôle destinés à améliorer la croissance et la résistance des cultures.
Ces solutions présentent un intérêt particulier pour la filière cotonnière béninoise, confrontée à l’appauvrissement progressif des sols, à la variabilité des pluies, au stress hydrique et au coût des intrants. Les produits issus des microalgues pourraient être utilisés en complément des engrais classiques afin d’améliorer leur efficacité et de restaurer progressivement l’activité biologique des terres cultivées.
Des gains de rendement observés au Maroc
Les biostimulants n’apportent pas directement les principaux éléments nutritifs aux plantes. Ils activent plutôt leurs mécanismes naturels, améliorent l’absorption des nutriments et renforcent leur capacité à résister à la sécheresse, à la salinité ainsi qu’à certaines maladies.
Les biofertilisants sont, pour leur part, élaborés à partir d’espèces de microalgues riches en azote, en phosphore, en potassium et en autres éléments utiles aux cultures. Ils peuvent contribuer à améliorer la fertilité des sols, tandis que les produits de biocontrôle visent à limiter le recours aux pesticides chimiques.
Selon les résultats présentés par l’UM6P, les expérimentations réalisées au Maroc ont permis d’obtenir des augmentations de rendement comprises entre 15 % et 30 %, selon les cultures et les conditions de production. Les chercheurs rapportent également des effets favorables sur la récupération des terres dégradées.
Ces performances ne peuvent cependant pas être transposées automatiquement au coton béninois. Les variétés cultivées, la composition des sols, les régimes de pluie et les pratiques agricoles diffèrent d’un territoire à l’autre. Des essais agronomiques locaux seraient donc nécessaires pour mesurer l’efficacité des formulations, déterminer les doses appropriées et évaluer leur coût pour les producteurs.
L’intérêt de cette technologie intervient alors que le Bénin cherche à relancer sa production cotonnière. Pour la campagne agricole 2026-2027, les autorités ont fixé un objectif d’au moins 700 000 tonnes de coton-graine, soit une progression attendue de 20 %. Cette ambition repose notamment sur l’accès aux intrants, les semences performantes, la mécanisation, la maîtrise de l’eau et le renforcement du conseil agricole.
Le gouvernement continue parallèlement de soutenir financièrement les intrants. Pour la campagne en cours, l’État a maintenu des prix subventionnés pour les engrais, les herbicides et les insecticides, tout en fixant un prix d’achat plus élevé pour le coton biologique que pour le coton conventionnel.
Les solutions à base de microalgues pourraient s’insérer dans cette stratégie sans entraîner une suppression immédiate des engrais minéraux. Leur rôle serait d’abord de réduire progressivement les quantités nécessaires, d’améliorer l’assimilation des nutriments et de limiter la dégradation des terres provoquée par certaines pratiques intensives.
Les microalgues présentent également l’avantage de pouvoir être cultivées dans des bassins ou des photobioréacteurs, parfois avec de l’eau salée et sur des espaces non agricoles. Leur production n’entrerait donc pas nécessairement en concurrence avec les cultures alimentaires pour l’occupation des terres ou l’utilisation de l’eau douce.
Une adoption au Bénin supposerait néanmoins la mise en place d’une coopération entre les chercheurs de l’UM6P, les institutions béninoises de recherche agricole, les structures de la filière coton et les producteurs. Elle nécessiterait également une homologation des produits, une évaluation de leur innocuité et la création de capacités locales de fabrication ou d’approvisionnement.
Au-delà du coton, les chercheurs estiment que les biostimulants et biofertilisants issus des microalgues pourraient être expérimentés sur le maïs, le riz, le soja, les cultures maraîchères et les arbres fruitiers.
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