Chine – Massacre de Tiananmen: les blindés ont « roulé sur les corps à de nombreuses reprises, faisant comme une ‘pâte' »

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Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, les manifestations place Tiananmen étaient réprimées dans le sang. Ces événements, qui ont dessiné la Chine d’aujourd’hui, officiellement, ne se sont pas produits. Le pouvoir impose une amnésie collective. Comment en est-on arrivé-là au printemps 1989 ?

Combien de personnes ont-elles péri lors de la répression survenue place Tian-An-Men dans la nuit du 3 au 4 juin 1989 ? En raison du silence imposé par les autorités chinoises, les estimations sont variables. Il est rarissime que le gouvernement chinois fasse la moindre allusion à ces événements tragiques, qui ont été littéralement effacés d’internet et de la littérature en Chinois. En effet, tout est parti de sept longues semaines de manifestations pour réclamer des réformes démocratiques.

Une demande de réformes politiques et démocratiques

Le 15 avril 1989, les premières manifestations ont lieu sur la Place Tiananmen. Selon plusieurs experts, le déclenchement des manifestations est dû, en partie, à la mort de l’ancien secrétaire général du Parti communiste, Hu Yaobang. Ce dernier a été évincé du gouvernement en 1987, car il avait une volonté de réforme trop importante pour l’aile plus conservatrice du parti. Lorsque sa mort est annoncée, le 15 avril 1989, un rassemblement de manifestants a lieu sur la Place Tiananmen. Ces premières manifestations regroupent, en majorité, des étudiants et des intellectuels qui crient des « slogans favorables à la démocratie et dénoncent la corruption du pouvoir politique ».

Les premières manifestations d’avril 1989 sont pacifiques, mais plus le gouvernement chinois tente de freiner le mouvement, plus il prend de l’ampleur. Ce mouvement s’étend à la plupart des grandes villes de Chine et aboutit dans la capitale, à une série de grandes manifestations et de grèves de la faim organisées sur la Place Tiananmen. D’ailleurs, les rassemblements sont d’une telle envergure que les autorités chinoises déclarent l’état de siège à la fin du mois de mai 1989. Le gouvernement chinois n’accepte pas de négocier avec les manifestants, il tente d’arrêter toute manifestation à l’aide de l’armée; mais celle-ci est repoussée par les protestataires.

Une répression sanglante sur la place Tiananmen à Pékin

À la suite de ces manifestations sans précédent, le gouvernement chinois proclame l’État de siège le 20 mai 1989 et, quelques jours après, l’armée s’abat sur les manifestants chinois. Le 4 juin marque la fin de ces manifestations, mais aussi ce que l’on appelle aujourd’hui le massacre de la Place Tiananmen.

Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, après 7 semaines de manifestations, les chars de l’armée chinoise écrasent la révolte : le gouvernement ordonne la répression et donne l’autorisation aux militaires d’utiliser la force afin de supprimer tout mouvement contestataire. L’écrasante victoire des forces chinoises sur les manifestants est maintenant connue sous le nom du massacre de la Place Tiananmen.

Il y aurait eu 10 000 morts

Le bilan des morts et des blessés sur la Place Tiananmen est encore un objet de débat, vingt ans après. Le 30 juin 1989, un rapport du gouvernement chinois fait état de «3000 civils blessés et plus de 300 morts». Du côté de la Croix-rouge chinoise, le bilan est plutôt de 10 000 blessés et 2600 morts, alors qu’Amnesty international rapporte plutôt le nombre de morts à 1000. Les États-Unis et plusieurs autres organisations, comme les Nations unies, demandent encore aujourd’hui à la Chine de donner un bilan complet et transparent du massacre de la Place Tiananmen

Une archive britannique, sortie de l’ombre en 2017, avance un bilan terrifiant, faisant état de dix mille morts. Rendu public par les Archives nationales britanniques, ce document du représentant de Londres, Alan Donald, livre sa version des faits, au lendemain même de la répression sanglante. Il évoque des cadavres écrasés par les blindés et des manifestants achevés à la baïonnette par l’armée chinoise.

Une fois les militaires arrivés place Tian-An-Men, écrit-il, « les étudiants ont cru comprendre qu’ils avaient une heure pour évacuer, mais après seulement cinq minutes, les blindés ont attaqué ». Ils « ont été taillés en pièces », et les blindés ont ensuite « roulé sur les corps à de nombreuses reprises, faisant comme une ‘pâte’ avant que les restes soient ramassés au bulldozer. Restes incinérés et évacués au jet d’eau dans les égouts ».

Alan Donald, qui cite pour source une personne dont le nom est caché mais qui a obtenu ses informations d’un « ami proche, actuellement membre du Conseil d’État », rapporte une « estimation minimale » de 10 000 morts civils. Soit dix fois plus que les évaluations admises communément à l’époque, qui faisaient généralement état de plusieurs centaines à plus d’un millier de morts.

Toujours pas de justice pour le massacre

32 ans après la répression du mouvement prodémocratie, les commémorations sont toujours interdites, y compris à Hong Kong et à Macao. Le gouvernement chinois devrait reconnaître les faits et assumer la responsabilité du massacre de manifestants prodémocratie en juin 1989, a déclaré Human Rights Watch, aujourd’hui. Les autorités devraient immédiatement autoriser les événements commémorant le 32ème anniversaire du massacre, que ce soit en Chine continentale, à Hong Kong ou à Macao.

Le gouvernement chinois n’a jamais assumé sa responsabilité pour ce massacre, et personne n’a dû répondre des meurtres devant la justice. Le gouvernement a refusé de mener une enquête sur les événements, ou de publier des données, quant au nombre de personnes tuées, blessées, disparues de force ou emprisonnées.

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