Chine : baisse des prêts et recentrage des investissements en Afrique
Une étude de l’Observatoire de la finance du développement indique que, sur la dernière décennie, Pékin a perçu davantage de flux financiers en provenance d’Afrique qu’il n’en a accordé. Les crédits contractés il y a une dizaine d’années arrivent à échéance, ce qui a transformé la Chine d’un pourvoyeur de fonds en un créancier. Malgré cela, la puissance chinoise continue d’investir sur le continent tout en réajustant ses modalités de relation financière avec ses partenaires africains.

En 2024, les prêts accordés par la Chine à l’Afrique se sont élevés à un peu plus de 2 milliards de dollars, contre un pic voisin de 30 milliards en 2016. Ce recul n’est pas interprété comme un désengagement mais comme une modification de la nature des engagements. Selon Philippe Aguignier, chercheur à l’Institut Montaigne et enseignant de l’économie chinoise à l’Inalco, la Chine a tiré des leçons de la période précédente : la rapidité des opérations dans les années 2010 s’accompagnait d’un examen insuffisant de la qualité des projets, et aujourd’hui les dossiers sont instruits de manière plus rigoureuse et plus sélective.
On observe moins d’engagements dans des mégaprojets d’infrastructures au profit d’opérations plus ciblées, notamment dans les secteurs du transport et de l’énergie. Pékin accorde par ailleurs une attention accrue au profil des pays emprunteurs. La pandémie de Covid-19 a provoqué un ralentissement économique dans plusieurs États africains et des difficultés de remboursement, ce qui a contribué à la baisse des nouveaux crédits. D’après le Boston University Global Development Policy Center, seuls cinq États africains — Angola, RDC, Égypte, Kenya et Sénégal — ont reçu des prêts chinois en 2024. Selon Philippe Aguignier, certains principes persistent : la Chine finance majoritairement des projets qui servent ses intérêts, en particulier dans les secteurs liés aux ressources naturelles et aux infrastructures facilitant l’exportation des matières premières.
Une perception qui évolue
Le regard porté sur le partenariat Chine-Afrique a changé chez certains responsables et populations africaines. Magaye Gaye, économiste et ancien cadre de la Banque ouest-africaine de développement, constate que l’enthousiasme des années 2010 a laissé la place à une lucidité croissante : si les infrastructures sont visibles, leur retombée sur l’emploi industriel, la transformation locale et le transfert de compétences apparaît limitée. L’émergence de nouvelles générations politiques, souvent plus jeunes et attachées à la souveraineté, renforce cette exigence d’effets tangibles.
Pour l’économiste, le sentiment majoritaire n’est pas un rejet de la Chine mais une demande accrue de transparence, de bénéfices locaux et d’un partage plus équilibré des partenariats. Parallèlement, plusieurs pays africains diversifient leurs relations économiques : un nombre croissant d’industriels se tournent vers des pays tels que la Turquie, les Émirats arabes unis ou le Maroc, selon Magaye Gaye.
Pékin, de son côté, continue de valoriser son activité sur le continent. Selma Mihoubi, docteure en géopolitique à Sorbonne Université spécialisée sur l’influence chinoise en Afrique francophone, note que ces réalisations sont largement mises en avant par les médias internationaux contrôlés par les autorités chinoises : la construction d’une route par une entreprise chinoise au Sénégal ou au Niger est souvent présentée comme une action d’aide au développement, tandis que l’exploitation de ressources minières par des sociétés chinoises reçoit peu de visibilité dans ces médias.
Les médias internationaux chinois, comme la chaîne CGTN, sont également mobilisés pour contester le récit du « piège de la dette », avec des contenus qualifiés de vérifications visant à montrer que certains pays africains sont davantage endettés envers des partenaires occidentaux qu’envers la Chine. À l’occasion des 70 ans des relations sino-africaines, Pékin affirme vouloir maintenir l’Afrique comme un pilier durable de sa politique étrangère.
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