Bénin : Yassine Latoundji prend les commandes du ministère dédié à la Culture
Yassine Latoundji a officiellement pris la tête du ministère de la Culture, des Arts et du Patrimoine, désormais séparé du Tourisme dans l’architecture du gouvernement Wadagni. Artiste plasticien et haut cadre des finances publiques, il a placé son mandat sous le signe de trois fidélités : l’identité béninoise, les créateurs et le patrimoine, avec l’ambition de faire de la culture un levier de rayonnement mais aussi de revenus pour ceux qui la portent.

Yassine Latoundji a pris officiellement ses fonctions de ministre de la Culture, des Arts et du Patrimoine mardi 26 mai à la cité ministérielle à Cotonou, lors d’une cérémonie de passation de charges avec Shadiya Alimatou Assouma, qui assurait l’intérim du portefeuille culture au sein du ministère du Tourisme, de la Culture et des Arts sous Patrice Talon. La cérémonie s’est tenue en présence des cadres des deux ministères, des directeurs généraux d’agences et de plusieurs acteurs du secteur culturel. L’acte consacre une rupture structurelle : pour la première fois sous la Ve République béninoise, la culture dispose d’un ministère distinct du tourisme.
Dans son allocution, Latoundji a posé d’emblée le ton : « Je ne viens pas ici pour faire un discours, je viens prendre un engagement. » Il a annoncé trois orientations qu’il a qualifiées de « grandes fidélités » : une fidélité à l’identité béninoise à travers la promotion des langues, des rites, du Vodun et des patrimoines royaux ; une fidélité aux créateurs et artistes béninois, afin de structurer les filières, améliorer la protection des droits d’auteur et favoriser l’accès aux financements et à la formation ; une fidélité au patrimoine culturel comme « mémoire vivante, richesse économique et promesse pour demain ». Sur la relation entre culture et économie, il a formulé une mise en garde : « Une culture qui rayonne sans enrichir ceux qui la portent n’est qu’une vitrine. »
Shadiya Alimatou Assouma, qui avait brièvement assuré la transition sur le volet culturel, a dressé un panorama des défis hérités : réformes institutionnelles inachevées, projets muséaux et patrimoniaux en cours, et nécessité de structuration et de professionnalisation des filières du secteur.
Un peintre plasticien et directeur général des Finances à la tête de la Culture
Yassine Latoundji est né en 1980 à Besançon, de parents béninois. Son parcours est le plus atypique du gouvernement Wadagni : artiste peintre de formation, il a conduit simultanément pendant plus de vingt ans une carrière artistique internationale et une trajectoire de haut fonctionnaire au cœur des finances publiques béninoises. Formé à la peinture à Paris et en Côte d’Ivoire, son travail pictural — décrit par Bénin Web TV comme « une collection de visages et d’instants » explorant la complexité du lien social dans les sociétés africaines — a été exposé à Cotonou, Mexico, New York à la RogueSpace Gallery et à l’UNESCO à Paris. En parallèle, il avait gravi les échelons du ministère de l’Économie et des Finances jusqu’au poste de directeur général de la Coopération internationale, qu’il occupait au moment de sa nomination.
Sa désignation à la tête de la Culture est présentée par Triomphe Mag comme une première dans le paysage politique africain : « Pour la première fois au Bénin, c’est un artiste praticien qui prend la tête du département culturel. » Sa nomination a suscité des réactions favorables dans les milieux artistiques et culturels béninois, selon les médias locaux.
Un héritage chargé à prendre en main
Le ministère hérite d’un bilan substantiel construit sous le régime Talon, notamment à travers l’action de l’ex-ministre Jean-Michel Abimbola, que Latoundji a salué dans son discours. Le Bénin a ouvert en 2021 le musée de l’Épopée des Amazones et des Rois du Dahomey à Abomey, accompagné de la restitution par la France de 26 œuvres royales. Les Vodun Days se sont imposés comme l’un des événements culturels les plus visibles d’Afrique de l’Ouest — la dernière édition en janvier 2026 a réuni des milliers de participants à Ouidah. Un partenariat avec l’éditeur français MédiaParticipations a été lancé pour positionner le Bénin comme pôle africain de l’édition et du webtoon, dont une première cohorte a achevé sa formation en 2025. Le Festival des Masques de Porto-Novo est programmé les 25 et 26 juillet 2026.
La séparation du culturel et du touristique en deux ministères distincts — la culture relevant désormais de Latoundji, le tourisme et le commerce extérieur d’Olushegun Adjadi Bakari — traduit selon les analystes la volonté de Wadagni de donner à chacun des deux secteurs un pilotage propre, dans un pays où le tourisme culturel représente un axe de développement économique central depuis le lancement du programme « Bénin Révélé » sous Talon.
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