Bénin : pourquoi Éric Houndété et les siens se battent-ils pour reprendre le parti Les Démocrates ?

Il a soutenu le candidat du pouvoir, été suspendu de son propre parti, puis débouté par la justice. Beaucoup pensaient qu’Éric Houndété avait joué et perdu. Pourtant, le voilà qui relance la bataille devant la Cour d’appel de Cotonou, avec une audience fixée au 18 juin 2026. Pourquoi s’obstine-t-il ? Que veut-il vraiment ? Et si Houndété prenait le contrôle des Démocrates, ce parti resterait-il dans l’opposition ou basculerait-il dans la mouvance du nouveau président Romuald Wadagni ? Les réponses à ces questions dessinent quelque chose de plus profond qu’une simple querelle de leadership. C’est l’âme même du principal parti d’opposition béninois qui est en jeu.

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Politique
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Bénin : pourquoi Éric Houndété et les siens se battent-ils pour reprendre le parti Les Démocrates ?
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Pour comprendre la crise, il faut revenir au début. Les Démocrates est un parti politique du Bénin, créé en 2019 à la suite d’une scission des Forces Cauris pour un Bénin émergent, et officiellement reconnu en 2020. En juillet 2019, après plusieurs dissidences qui lui avaient fait perdre la direction de son ancien parti, l’ex-président Thomas Boni Yayi avait fondé avec plusieurs autres « Les Démocrates » en opposition politique à la gestion du président Patrice Talon.

Dans cette formation politique, Éric Houndété occupait une place centrale. Président d’honneur lors de la création des Démocrates, Boni Yayi en était devenu le président effectif en octobre 2023, succédant à Éric Houndété. Autrement dit, Houndété avait d’abord dirigé le parti avant que Yayi ne reprenne les rênes.

Le tournant arrive début mars 2026. Thomas Boni Yayi annonce son retrait de la présidence des Démocrates, invoquant des raisons de santé. Un départ qui intervient dans un contexte difficile pour le parti qui n’a décroché aucun siège lors des législatives du 11 janvier et absent de la présidentielle du 12 avril 2026, après le rejet du dossier de son candidat. À la suite de cette démission, la direction collégiale du parti est confiée aux vice-présidents. Éric Houndété devient 1er vice-président en charge de l’intérim, aux côtés notamment de Nourénou Atchadé comme 2e vice-président et de Saliou Akadiri comme 6e vice-président.

Un acte qui change tout

Mais le calme ne dure pas. Le 22 mars 2026, lors d’un Conseil national, le parti remplace Houndété à la présidence intérimaire par Nourénou Atchadé. Une décision que Houndété refuse d’accepter. Il quitte les travaux, et avec plusieurs cadres, il pose un acte qui va tout faire exploser.

Le 26 mars 2026, le même jour où le parti venait à peine d’élire Atchadé, Houndété franchit le Rubicon. Le président intérimaire du parti Les Démocrates, Éric Houndété, prend officiellement part à la signature d’un Pacte républicain en soutien à la candidature de Romuald Wadagni, dauphin de Patrice Talon. L’événement se tient dans la salle Majestic de Cotonou, en présence de plusieurs acteurs politiques venus de différents départements. Pour justifier sa participation, Éric Houndété évoque un engagement politique fondé sur l’humain, s’appuyant sur des références religieuses, affirmant que son action politique a toujours été guidée par des valeurs sociales.

La riposte du parti est immédiate. Par un communiqué daté du 26 mars 2026, la formation politique annonce la suspension d’Éric Houndété ainsi que de 21 autres cadres. En cause, leur soutien affiché au duo de la mouvance Romuald Wadagni–Mariam Chabi Talata, jugé contraire aux textes du parti. La raison officielle est que la direction du parti avait fixé lors du Conseil national du 22 mars, une ligne de neutralité stricte, décidant de ne soutenir aucun candidat pour la succession de Patrice Talon.

Pour beaucoup d’observateurs et analystes poilitiques, la question qui brûle les lèvres est simple : Houndété a-t-il négocié quelque chose en échange de son soutien à Wadagni ? Interrogé sur l’existence d’éventuelles contreparties, Éric Houndété insiste sur l’absence de deal politique. Il met en avant une démarche guidée par la conviction et l’intérêt général. La question des postes, selon lui, reste secondaire.

Sur Bip Radio, il va plus loin dans sa justification. Il rejette toute idée d’accord politique formel, évoquant une décision fondée sur une logique stratégique et sur la finalité même de l’engagement partisan . « On ne fait pas un parti politique pour prendre un abonnement à l’opposition. L’objectif de toute opposition est de gagner le pouvoir et de l’exercer », a t-il déclaré. Une formule qui résume bien son état d’esprit mais qui, pour ses adversaires au sein du parti, sonne comme un aveu de ralliement à la majorité.

La justice dit non… mais Houndété persiste

Le 29 avril 2026, le tribunal de première instance de Cotonou tranche. Après plusieurs audiences marquées par de vifs débats juridiques, la juridiction donne raison au camp de Nourénou Atchadé en confirmant sa légitimité à diriger la formation politique. Le différend entre les deux responsables remontait au 22 mars 2026, date à laquelle Nourénou Atchadé avait été désigné président du parti lors d’un Conseil national tenu au siège des Démocrates à Cotonou. Éric Houndété, qui occupait alors la fonction de président par intérim, avait immédiatement rejeté cette désignation, la jugeant contraire aux textes internes du parti.

Malgré la défaite judiciaire, les proches de Houndété avaient laissé entendre qu’ils examinaient l’opportunité d’un recours. Cette option est désormais actée. L’audience est fixée au 18 juin 2026 devant la Cour d’appel de Cotonou pour une nouvelle confrontation judiciaire.

Et c’est là que tout devient complexe. Si Houndété gagne en appel et reprend le contrôle du parti, quelle serait la ligne politique des Démocrates ? Un homme qui a signé un pacte de soutien au président élu peut-il encore crédiblement incarner l’opposition ?

La réponse officielle du camp Atchadé est nette. Le parti Les Démocrates a confirmé le 9 mai 2026, lors d’un Conseil national extraordinaire, son maintien dans l’opposition politique. Dans le communiqué final, le parti présidé par Nourénou Atchadé rappelle que son statut d’opposition est enregistré auprès du ministère de l’Intérieur depuis le 26 avril 2022, et réaffirme solennellement son appartenance à l’opposition politique.

Mais du côté de Houndété, les signaux envoyés pointent ailleurs. Le vice-président Saliou Akadiri avait justifié la prise de position en faveur de Wadagni par la clôture du cycle politique en cours, symbolisée par le départ de Patrice Talon, estimant que la transition à venir imposait une reconfiguration des alliances et une lecture renouvelée des enjeux politiques. En clair, pour le camp Houndété, l’ère Talon est terminée, et il faut s’adapter à la nouvelle réalité du pouvoir. Ce n’est pas exactement la posture d’une opposition qui prépare l’alternance.

Ce bras de fer judiciaire est donc bien plus qu’une dispute de personnes. Sans députés ni maires à l’issue des élections communales et législatives du 11 janvier 2026, et alors que les divergences internes ne cessent de s’accroître, l’avenir du parti semble plus que jamais s’écrire en pointillé. L’audience du 18 juin dira si Houndété peut reprendre la main. Mais la vraie question reste entière : même vainqueur devant les juges, pourra-t-il reconstituer un parti d’opposition crédible après avoir soutenu le président en place ? Ou les Démocrates, sous sa direction, glisseraient-ils progressivement vers une opposition de façade, voire vers la mouvance ? La réponse, les Béninois l’attendent mais aussi les militants qui ont cru, un jour, que ce parti était né pour changer les choses.

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