Bénin – 4ᵉ journée des travaux de la Commission mixte du Parlement de la CEDEAO: les députés échangent avec les femmes du marché PK3 à Cotonou

Dans le cadre de la quatrième journée des travaux de leur réunion délocalisée au Bénin, les députés de la commission mixte du Parlement de la CEDEAO sont descendus sur le terrain ce jeudi 30 juillet 2026. L’objectif de cette démarche était d’échanger directement avec les femmes du marché moderne PK3 de Cotonou. Au cœur des discussions figuraient les tracasseries douanières, la libre circulation des personnes et des biens, ainsi que la formalisation des activités commerciales.

Romaric Déguénon
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Société
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Bénin – 4ᵉ journée des travaux de la Commission mixte du Parlement de la CEDEAO: les députés échangent avec les femmes du marché PK3 à Cotonou
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C’est une étape importante pour les parlementaires de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Présents dans la capitale économique béninoise depuis le début de la semaine pour plancher sur la formalisation et le financement des Micro, Petites et Moyennes Entreprises (MPME), les députés communautaires ont troqué les salons feutrés des centres de conférence pour les allées animées du marché de friperie de PK3 à Cotonou.

Cette immersion n’est pas le fruit du hasard. Le marché PK3, vitrine de la modernisation des infrastructures marchandes engagée par le gouvernement béninois, sert de véritable laboratoire à ciel ouvert pour la délégation régionale. En accueillant des milliers de commerçantes majoritairement issues du secteur informel, ce site offre un condensé des réalités, des défis et du potentiel économique des femmes d’Afrique de l’Ouest.

Les réalités du terrain exposées aux députés

Au cours de cette 4ème journée de travaux, les parlementaires sont allés à la rencontre des vendeuses et grossistes. Face aux parlementaires venus de plusieurs États membres, les commerçantes ont dressé un constat unanime : malgré les ambitions affichées par la CEDEAO en matière d’intégration régionale, les obstacles à la libre circulation demeurent nombreux. Prenant la parole au nom des femmes du marché PK3, leur présidente, Anasthasie Chodaton, a dénoncé le harcèlement et les tracasseries administratives qui compliquent les échanges commerciaux dans la sous-région. « Nous sommes des commerçantes qui exerçons nos activités dans toute la sous-région. Mais aujourd’hui, nous sommes confrontées à un problème majeur : le harcèlement et les tracasseries aux frontières », a-t-elle déclaré.

Selon elle, ces pratiques vont à l’encontre des principes fondateurs de la CEDEAO, censée garantir la libre circulation des personnes et des biens. « Nous demandons donc aux parlementaires de la CEDEAO de prendre ce problème à bras-le-corps afin qu’une solution durable soit trouvée. Les tracasseries douanières et les autres obstacles au commerce régional doivent être levés », a-t-elle plaidé. Au-delà des difficultés rencontrées aux frontières, la responsable des commerçantes a également insisté sur la nécessité pour les acteurs du secteur informel d’engager le processus de formalisation de leurs activités, estimant qu’il constitue une condition essentielle pour bénéficier pleinement des dispositifs d’accompagnement mis en place par les États et les institutions régionales.

Les commerçantes réclament des contrôles plus transparents

Même son de cloche chez Mme Alao, commerçante, qui estime que les contrôles frontaliers sont souvent davantage motivés par la recherche de gains illicites que par le respect des procédures. « Même lorsque tous vos documents sont en règle, ce qui les intéresse, c’est uniquement l’argent. Il faut vraiment trouver une solution à ce problème », a-t-elle regretté. . Les difficultés liées à la libre circulation ont également été illustrées par Mme Adjé Geneviève, présidente du Cercle de réflexion des opérateurs économiques du Bénin. Évoquant ses déplacements entre la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo et le Bénin, elle a dénoncé les multiples contrôles et les traitements parfois réservés aux voyageurs. « Comment peut-on parler de libre circulation des personnes et des biens lorsque de telles situations existent encore entre pays africains ? », s’est-elle interrogée.

Elle a notamment pointé du doigt les longues procédures auxquelles sont confrontés certains voyageurs aux postes frontaliers ghanéens, ainsi que les contrôles répétés qui ralentissent considérablement les échanges commerciaux. Pour la responsable des opérateurs économiques, la fraternité africaine devrait primer sur les lourdeurs administratives. « Nous sommes Africains. La fraternité africaine devrait primer sur les barrières administratives », a-t-elle insisté, appelant les États membres à harmoniser davantage leurs procédures douanières et leurs politiques d’importation.

Les parlementaires appellent à mieux utiliser les mécanismes existants

Face à ces préoccupations, les parlementaires ont tenu à apporter des éléments de réponse. Récemment nommé à la tête du département du Développement humain et des Affaires sociales de la Commission de la CEDEAO, Nassirou Bako-Arifari a invité les commerçantes à utiliser les mécanismes institutionnels existants pour faire remonter leurs préoccupations.

L’ancien ministre béninois a également rappelé que la carte nationale d’identité biométrique permet désormais aux citoyens de plusieurs États membres de voyager dans l’espace CEDEAO sans passeport. Il a encouragé les commerçants à se doter de ce document et à mieux s’informer sur les textes communautaires afin de faire valoir leurs droits. « Si vous ne connaissez pas les textes qui régissent ces questions, il vous sera difficile de faire valoir vos droits », a-t-il insisté.

Guy Marius Sagna plaide pour la modernisation et la digitalisation

Le député sénégalais Guy Marius Sagna a, pour sa part, salué le modèle du marché moderne PK3, qu’il considère comme un exemple à reproduire dans toute la sous-région. « Je félicite le gouvernement béninois pour cette initiative. Il faut la poursuivre, l’élargir et l’améliorer », a-t-il déclaré. Le parlementaire a souligné que la modernisation des marchés constitue un levier essentiel pour améliorer les conditions de travail des commerçantes africaines. Il a également appelé les opérateurs économiques à faire preuve de civisme fiscal afin de permettre aux États de financer durablement les infrastructures marchandes.

Abordant la question des tracasseries frontalières, Guy Marius Sagna a estimé que la digitalisation des procédures constitue l’une des principales réponses aux difficultés soulevées. « Le jour où les procédures seront entièrement numérisées et transparentes, les pratiques de corruption disparaîtront », a-t-il affirmé. il a assuré que les préoccupations exprimées par les commerçantes seront intégrées aux recommandations qui seront formulées à l’issue des travaux de la commission mixte.

Cette visite de terrain a permis aux députés de confronter les ambitions de l’intégration régionale aux réalités vécues quotidiennement par les acteurs économiques. Les données recueillies et les témoignages poignants de ces femmes de terrain serviront de matière première aux parlementaires. Ils seront intégrés au rapport de fin de mission ainsi qu’aux recommandations stratégiques que la commission transmettra aux chefs d’État de la communauté.

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