Après le Venezuela, l’AES a-t-elle du souci à se faire face à Trump ?
L’intervention militaire américaine au Venezuela, visant à « capturer » le président Nicolás Maduro, a ravivé de nombreuses interrogations bien au-delà de l’Amérique latine. En Afrique de l’Ouest, et plus particulièrement dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel (AES), cet épisode alimente un climat de suspicion face à la politique étrangère de Donald Trump, marquée par une rhétorique musclée et des décisions unilatérales.

L’intervention militaire américaine au Venezuela, visant à « capturer » le président Nicolás Maduro, a ravivé de nombreuses interrogations bien au-delà de l’Amérique latine. En Afrique de l’Ouest, et plus particulièrement dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel (AES), cet épisode alimente un climat de suspicion face à la politique étrangère de Donald Trump, marquée par une rhétorique musclée et des décisions unilatérales.
Avant l’opération au Venezuela, Washington avait déjà mené des frappes ciblées au Nigeria, officiellement pour neutraliser une colonne terroriste soupçonnée de préparer des attaques contre des chrétiens. Cette action, conduite sans concertation publique préalable, avait suscité des crispations régionales. Au Niger, les autorités avaient réagi en appelant à une mobilisation générale contre toute agression extérieure, signe d’une nervosité accrue dans un contexte sécuritaire déjà dégradé.
Ces derniers jours, l’AES a décidé d’interdire l’entrée de son espace communautaire aux ressortissants américains, en réponse aux restrictions imposées par l’administration Trump. Cette mesure politique, hautement symbolique, s’inscrit dans une dynamique de rupture progressive avec les partenaires occidentaux, amorcée après les coups d’État militaires dans la région et le départ de certaines forces étrangères.
Dès lors, une question s’impose : ces tensions peuvent-elles pousser Washington à chercher des prétextes pour agir contre les dirigeants sahéliens, à l’image de ce qui s’est produit au Venezuela ?
« Les dangers pour l’Amérique ne sont pas véritablement en Afrique »
Pour éclairer ce débat, Enjeux d’Afrique a interrogé le professeur Ousmane Sène, spécialiste des études américaines et directeur du West Africa Research Center (WARC), basé à Dakar.
Selon lui, les pays de l’AES ne présentent pas, à ce stade, de menace stratégique majeure pour les États-Unis. « Que ce soit sur le plan militaire, politique ou économique, ces États ne génèrent pas des enjeux qui rendraient le reste du monde dépendant d’eux », estime-t-il. Même sur la question sensible de l’uranium, souvent citée pour le Niger, le professeur rappelle que « le Niger est un producteur important, mais il n’est pas le seul », et ne constitue en rien une menace directe pour l’intégrité ou la sécurité américaines.
Pour Ousmane Sène, la comparaison avec le Venezuela trouve rapidement ses limites. Contrairement à Nicolás Maduro, aucun dirigeant africain, y compris au sein de l’AES, n’affiche une hostilité ouverte et assumée envers Washington. « Il n’y a pas de président africain qui corresponde au profil d’ennemi juré des États-Unis », souligne-t-il, notant l’absence de prises de position frontales contre la politique américaine.
Même les frictions récentes, comme celles liées au retrait de bases militaires américaines ou au durcissement des conditions d’accès au territoire, relèvent davantage de choix souverainistes que d’une confrontation idéologique directe.
Mobilisation sécuritaire ou logique de consolidation interne ?
L’appel à la mobilisation générale lancé par les autorités nigériennes après les frappes américaines au Nigeria a toutefois alimenté les inquiétudes. Certains analystes y voient le signe d’une crainte réelle d’une intervention extérieure. Le professeur Sène invite à une lecture plus nuancée : « Un dirigeant issu d’un coup d’État a tout intérêt à alerter la population sur des menaces extérieures, réelles ou supposées, pour consolider sa légitimité interne. »
Selon lui, la mise en avant d’un danger américain peut aussi servir à souder l’opinion autour des régimes militaires et à justifier le renforcement de la coopération sécuritaire au sein de l’AES.
Enfin, s’agissant des réactions internationales à l’opération américaine au Venezuela — condamnations russes et chinoises notamment — Ousmane Sène relativise leur portée. Ces prises de position relèvent davantage de postures diplomatiques que d’une volonté réelle d’escalade susceptible d’embraser d’autres régions, dont le Sahel.
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