Soudan : trois ans déjà d’une guerre dévastatrice
Le 15 avril 2026 marque le troisième anniversaire du conflit soudanais qui oppose les forces régulières, dirigées par le général Abdel Fattah al-Burhan, aux milices des Forces de soutien rapide commandées par le général Mohamed Hamdan Hemedti. Selon l’ONU, cette guerre a engendré la crise humanitaire la plus grave au monde

Des millions de Soudanais ont été contraints d’abandonner leur foyer, et le bilan humain s’élève à plusieurs dizaines de milliers de morts. Si Khartoum est en grande partie revenue sous le contrôle des autorités, les combats se poursuivent sur d’autres fronts et les FSR tentent d’imposer leur administration dans les territoires qu’ils occupent.
Selon des éléments de RFI, La capitale, quand on la traverse aujourd’hui, ressemble à une ville meurtrie. Nombre d’immeubles sont carbonisés ou éventrés par les frappes, les façades et les routes portent encore les stigmates des combats. Le palais présidentiel — cadeau architectural venu de Chine — et le siège de l’armée, symboles du pouvoir d’avant-guerre, sont lourdement endommagés. Le système de santé est à genoux et près de neuf établissements hospitaliers sur dix ne sont plus opérationnels. Les écoles tentent de rouvrir, et l’électricité revient progressivement, mais les coupures restent fréquentes.
Une partie des personnes déplacées ont regagné Khartoum et l’ONU estime qu’environ 1,5 million de déplacés internes sont déjà revenus dans la capitale, en grande partie parce que les combats y ont cessé dans plusieurs quartiers. Mais la catastrophe humanitaire reste massive. Au niveau national, les chiffres des déplacés internes s’approchent de la dizaine de millions. Les plus chanceux relogent chez des proches ; les autres vivent dans des camps où l’accès à l’eau, à la nourriture et à des installations sanitaires de base est insuffisant.
Les autorités soudanaises, incarnées par le Conseil de souveraineté présidé par le chef de l’armée, exercent par ailleurs une forte pression pour accélérer ces retours et restaurer une vie ordinaire — une politique que des observateurs qualifient parfois de forcée.
Explosifs, traumatismes et tombes improvisées
Dans les rues de Khartoum et des villes voisines, les engins non explosés et les champs de mines continuent de faire des victimes. À Omdurman, près du marché Libya, un mécanicien, Baderaldeen Abdahramane, a été gravement mutilé en manipulant un explosif qu’il avait voulu retirer d’un véhicule. Les équipes de déminage recensent plusieurs zones sensibles dans la capitale — Bhari, Kudaru et le nord de Khartoum parmi elles — et travaillent quotidiennement sur des champs de mines encore actifs. Les autorités locales affirment avoir neutralisé plus de 60 000 artefacts explosifs dans la ville, mais le besoin reste immense.
Les séquelles psychologiques et physiques chez les survivants sont profondes. Des témoignages en provenance d’El-Fasher décrivent des violences sexuelles massives et des actes de barbarie commis par des éléments des FSR pendant leur offensive : viols collectifs, mutilations et humiliations systématiques ont laissé des cicatrices durables chez les victimes. Des structures d’accueil, comme le centre fondé par Mamma Nour pour mères célibataires, reçoivent désormais en majorité des femmes ayant subi ces violences. Les professionnels qui les accompagnent rapportent des crises de panique, des cauchemars et des signes de traumatisme profond, ainsi que des blessures physiques visibles.
Parmi ces survivantes figure Shima, 23 ans, qui a été séquestrée et torturée pendant des mois avant d’être relâchée alors qu’elle était enceinte. Elle se prépare aujourd’hui à un mariage qui, pour elle, symbolise l’espoir d’un nouveau départ — tandis que l’enfant qu’elle a mis au monde et qui a deux ans, Hassan, a été confié au refuge et adopté par ses responsables faute de soutien familial.
Au-delà des blessés et des survivants, la ville s’efforce de faire face à un lourd stock de morts. Sur le campus de l’université internationale d’Afrique, des équipes ont exhumé un vaste champ funéraire où se trouvaient plusieurs milliers de corps — entre 3 000 et 4 000 selon les responsables locaux —, parmi lesquels figuraient des enfants et des familles entières. Pendant l’occupation, des enterrements publics étaient interdits ; beaucoup de proches ont enterré clandestinement leurs défunts dans des mosquées, des écoles ou des cours de maisons.
Les services médico-légaux sont débordés. L’équipe du directeur de la médecine légale tente d’identifier les dépouilles, d’organiser les transferts et de procéder aux autopsies nécessaires, alors que les moyens matériels font défaut : ambulances, sacs mortuaires, cercueils et chambres froides sont insuffisants. Sur les cinq morgues de Khartoum, une seule fonctionne correctement, obligeant les médecins légistes à travailler à cadence élevée et parfois à adapter leurs interventions à l’état des corps. Les autorités estiment que des milliers de tombes improvisées subsistent encore dans les rues de la capitale.
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