Soudan : Minni Arko Minnawi plaide pour la fin de la guerre et dénonce les interventions étrangères

Invité à Paris par RFI, Minni Arko Minnawi — gouverneur du Darfour et chef de la faction Minnawi du Mouvement de libération du Soudan — a dressé un état des lieux sans détour de la crise qui ravage le pays. Au fil de l’entretien, il est revenu sur les responsabilités étrangères, les lignes de fracture internes et les conditions qu’il juge indispensables pour espérer un retour à la paix.

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Soudan : Minni Arko Minnawi plaide pour la fin de la guerre et dénonce les interventions étrangères
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Invité à Paris par RFI, Minni Arko Minnawi — gouverneur du Darfour et chef de la faction Minnawi du Mouvement de libération du Soudan — a dressé un état des lieux sans détour de la crise qui ravage le pays. Au fil de l’entretien, il est revenu sur les responsabilités étrangères, les lignes de fracture internes et les conditions qu’il juge indispensables pour espérer un retour à la paix.

Pour Minnawi, l’arrêt des combats ne peut rester un vœu : il faut des actes concrets. “Je voudrais que la guerre cesse dès maintenant”, a-t-il déclaré, en précisant toutefois que cette issue exige des changements préalables, notamment l’arrêt d’ingérences extérieures qui attisent le conflit.

Parmi ces ingérences, il pointe du doigt les Émirats arabes unis qu’il appelle à se retirer du dossier soudanais. Selon lui, si les principaux acteurs étrangers se désengageaient, les forces internes pourraient plus facilement trouver un terrain d’entente et lancer des négociations permettant de mettre fin aux hostilités.

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Sur la présence des Émirats au sein du Quartet formé par les États-Unis, l’Égypte et l’Arabie saoudite, Minnawi ne masque pas son désaccord : il juge incohérent qu’un État impliqué dans le conflit se présente comme médiateur, soulignant l’impossibilité d’être “à la fois juge et partie”.

Itinéraires d’armement, États impliqués et conséquences régionales

Il désigne ensuite des itinéraires et des relais régionaux : des responsables basés en Libye — notamment à Benghazi, qu’il associe à une influence émiratie — ainsi que le Tchad, seraient impliqués dans l’acheminement d’équipements vers les Forces de soutien rapide (FSR). Pour Minnawi, ces actions s’inscrivent dans un projet plus vaste visant à morceler le Soudan.

À propos du Tchad, il affirme que l’opinion publique, y compris au sein des cercles proches du pouvoir, rejette le financement d’une guerre au service d’intérêts étrangers. Il décrit des liens sociaux profonds entre le Darfour et le Tchad, et critique la politique de Mahamat Idriss Déby, qu’il tient responsable, selon lui, de destructions massives et d’exactions ayant provoqué déplacements et pertes humaines.

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Il accuse aussi l’Éthiopie d’avoir été le point de départ d’attaques perpétrées par des éléments alliés aux FSR, en précisant que ces constats ne reposent pas uniquement sur des sources soudanaises mais ont été confirmés par d’autres pays disposant de moyens techniques avancés.

La prolongation du conflit, bientôt trois ans, nourrit la crainte d’une partition organisée : les puissances étrangères qui ont attisé la guerre auraient d’abord voulu contrôler le pays dans son ensemble, puis, faute d’y parvenir, se rabattent sur la récupération du Darfour et de certaines zones du Kordofan. Minnawi assure toutefois que la population soudanaise — armée, forces conjointes et civils — reste mobilisée pour s’opposer à cette perspective.

Plutôt que d’être partie prenante des négociations internationales, le dirigeant du mouvement Minnawi réclame des pourparlers bilatéraux entre Khartoum et les Émirats pour régler les différends, remettre les relations sur des bases normales et organiser des échanges économiques et des investissements par des voies officielles, sans ingérences ni soutien aux milices.

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Sur l’implication américaine, il estime le rôle des États-Unis décisif et attend que les initiatives, comme celles conduites par Massad Boulos, soient formalisées et acceptables pour le gouvernement et la population soudanaise. Minnawi insiste sur la nécessité que toute proposition prenne en compte les souffrances causées par les FSR et l’intervention d’acteurs externes.

Enfin, il qualifie les Forces de soutien rapide de fléau : villes vidées de leurs habitants, crimes de masse et utilisation d’armements sophistiqués — drones et autres équipements attribués aux FSR et fournis selon lui par les Émirats. Pour Minnawi, ces groupes doivent être désignés pour ce qu’ils sont réellement, et il appelle l’armée et le gouvernement à reprendre le contrôle des zones occupées afin d’assurer la protection des civils.

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