Soudan: des officiers déserteurs des FSR décrivent un Hemedti isolé et sous contrôle étranger
Le général Moussa Ali Ahmad, alias « Khamsine », a fait défection des Forces de soutien rapide (FSR) le 20 août 2026 pour rejoindre l’armée soudanaise, avec plus de 300 hommes sous ses ordres et une cinquantaine de véhicules armés, selon plusieurs médias soudanais et panarabes. Son ralliement porte à plusieurs dizaines le nombre d’officiers ayant quitté les rangs des paramilitaires depuis le début de l’année, dans une guerre qui oppose depuis avril 2023 l’armée régulière aux FSR du général Mohamed Hamdan Dagolo, dit Hemedti.

Accueilli à Khartoum par le général Al-Nour al-Qobba, lui-même transfuge depuis avril, Khamsine justifie sa décision par sa déception envers le « projet des FSR pour établir un nouvel État », selon des propos rapportés par plusieurs médias. Il avait auparavant combattu au Darfour du Nord, où il a pris part au siège d’El-Fasher, tombée aux mains des paramilitaires en octobre 2025 au prix de centaines de civils tués, d’après Human Rights Watch et les Nations unies.
Les défections touchent aussi l’appareil politique des FSR. Fares al-Nour, conseiller d’Hemedti et « wali » de facto de l’État de Khartoum au sein du gouvernement parallèle Tasis, a annoncé mi-juin sa démission avant de gagner l’Arabie saoudite, selon Dabanga Radio et Sudan Tribune. D’autres conseillers du chef des FSR ont quitté leurs fonctions ces derniers mois.
Ces ralliements, obtenus en échange d’une amnistie et parfois d’argent selon plusieurs sources, doivent être appréciés avec prudence: les officiers concernés ont intérêt à prouver leur valeur à leurs nouveaux alliés. Leurs témoignages, recoupés par plusieurs médias, donnent néanmoins un aperçu inédit du fonctionnement interne des paramilitaires.
Un chef affaibli et sous tutelle étrangère, selon des déserteurs
Le colonel Ali Rizkallah, dit « al-Savana », qui a fait défection en mai avec plusieurs centaines de combattants via le Soudan du Sud, est allé le plus loin dans ses révélations. Ancien responsable du secteur aérien dans les zones tenues par les FSR, il affirme qu’Hemedti a été blessé au début de la guerre près du quartier général militaire de Khartoum et qu’il vit aujourd’hui isolé, partagé entre Nyala, les Émirats arabes unis et le Kenya.
Dans un entretien à la chaîne al-Jazeera, cet officier assure qu’Hemedti « n’a plus aucun pouvoir de décision » et que les choix stratégiques des FSR sont désormais dictés par des « acteurs extérieurs ». Selon lui, Mohamed Abdel-Rahmane Hasabou, ancien deuxième vice-président du Soudan sous Omar el-Béchir entre 2013 et 2018, emprisonné après la révolution de 2019 puis de nouveau arrêté en 2021, joue aujourd’hui le rôle de principal intermédiaire entre les FSR et Abou Dhabi.
Al-Savana affirme également que plusieurs cadres critiques envers la direction des FSR ont été éliminés, dont Abdallah Hussein, Hamid Ali Abu Bakr et Rahma Allah al-Mahdi, tué selon lui par une frappe de drone. Deux autres commandants, Othman Mohamed Hamid et Issam Saleh Fadil, seraient assignés à résidence aux Émirats arabes unis. Ces accusations n’ont pas pu être vérifiées de façon indépendante.
Des routes d’approvisionnement qui passent par les pays voisins
Un autre déserteur, le commandant Dayfallah Adam, premier officier de terrain des FSR à avoir fait défection dans l’État du Nil Bleu, en juin, a détaillé sur la chaîne saoudienne al-Arabiya les routes empruntées par les paramilitaires pour acheminer armes et renforts vers cette région frontalière de l’Éthiopie, via le Tchad puis l’aéroport d’Assossa. Il affirme que les FSR y disposent aussi d’un hôpital.
L’armée soudanaise et plusieurs experts accusent régulièrement le Tchad et l’Éthiopie de laisser transiter une partie de l’aide militaire fournie aux FSR par les Émirats arabes unis, ce que ces pays démentent. Abou Dhabi, allié de Washington dans la région, nie tout soutien aux paramilitaires soudanais malgré un embargo sur les armes visant le Darfour depuis plusieurs décennies.
Une impunité qui suscite la controverse
Le 10 juin, Human Rights Watch a appelé les autorités soudanaises à ne pas laisser l’amnistie accordée aux officiers déserteurs effacer leur éventuelle responsabilité dans des crimes de guerre. « Les responsables de crimes internationaux graves ne bénéficient pas d’un passe-droit parce qu’ils changent de camp », a déclaré Mohamed Osman, chercheur de l’organisation sur le Soudan, qui réclame la coopération de Khartoum avec les enquêtes internationales, dont celle de la Cour pénale internationale.
Malgré cette vague de défections, les FSR conservent une capacité de mobilisation significative: début août, elles ont repris la ville stratégique de Kurmuk, dans l’État du Nil Bleu, et poursuivent leurs offensives au Kordofan du Nord, selon plusieurs médias régionaux.



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